Séjours de Non-Rupture : une redécouverte de soi et de l’autre

Séjours de Non-Rupture : une redécouverte de soi et de l'autre

Le séjour de rupture dans le cadre de l’Aide à la Jeunesse a récemment fait l’objet d’une certaine attention. Mais qu’en est-il de l’existence du séjour de « non-rupture », moins connu et surtout moins médiatisé ? Organisé au départ de l’institution où séjourne le jeune, il tend lui aussi à proposer une alternative face à l’impasse.

Dernièrement une mise en lumière a été faite sur l’existence de services spécialisés dans les projets de rupture, ainsi que les initiatives de travailleurs de terrain qui permettaient l’éclosion de ces expériences enrichissantes. De par l’importance accordée à la dimension relationnelle de telles aventures, les séjours de rupture revêtent un enjeu de ré-accrochage au monde et aux personnes qui le composent. C’est aussi dans cette idée que Sébastien, anciennement éducateur en institution d’hébergement, envisage les séjours de non-rupture qu’il a portés à plusieurs reprises avec ses collègues de l’époque.

Origine

L’idée de mettre en place des séjours de non-rupture émane du constat qu’en allant à la rencontre de services spécialisés dans les projets de rupture, les jeunes doivent s’engager dans une nouvelle relation qui nécessite parfois un certain temps d’accroche. Il arrive que ce temps de rencontre soit plutôt insécurisant, notamment pour les jeunes dont le parcours de vie justifie que le lien ne s’inscrive que dans des relations de confiance établie dans la durée avec l’adulte.

A la lumière de la thérapie institutionnelle

Emargeant du concept de Thérapie Institutionnelle, il s’agit d’envisager, pour des jeunes en grande difficultés, une perspective qui puisse tenir compte de l’impasse relationnelle éprouvée tant par le jeune que par l’équipe qui l’accompagne, et de se donner une autre voie pour interagir. L’idée n’est donc pas de couper le lien, mais bien de le renforcer ! D’ailleurs, c’est justement parce que ce lien est mis à mal dans l’institution qu’on décide de le faire vivre en dehors des murs de l’hébergement : dans l’impasse, jamais ne rompt !

Pour les plus récalcitrants

Les voyages tels que Sébastien les envisage sont destinés à ceux qui vivent le plus de difficultés individuelles et dont les symptômes rejaillissent de façon problématique sur le collectif. Ainsi, plus le jeune adopte des comportements « antisociaux » dans l’institution, plus l’équipe l’éveille à la possibilité de participer à un séjour de non-rupture. Par le lien, propre au travail institutionnel, et les positions variées des différents membres de l’équipe, l’adhésion du jeune à ce projet devient petit à petit réalité.

Contrainte physique et psychologie

Le principe est ici le même que pour les séjours de rupture : l’expérience a été organisée de telle sorte « que s’inscrivent dans la mémoire du jeune des expériences physiques, émotionnelles et relationnelles nouvelles qu’il pourra réactiver (ou que l’équipe éducative pourra réactiver) à son retour dans son milieu de vie habituel et dans sa vie future ». Dans cette idée, Sébastien a organisé des voyages en Europe francophone « pour qu’ils aient les mêmes repères (en termes de codes culturels) tout en rencontrant des gens qui ont eux-mêmes eu des expériences compliquées ». Au travers de ces rencontres, les adolescents peuvent intégrer une leçon de vie : « Même si tu as un parcours difficile, tu n’es pas obligé d’y répondre en te faisant du mal ou en faisant aux autres ». Qu’il s’agisse de la manière d’être au monde ou même des activités quotidiennes, l’objectif principal de ces voyages est de mettre en lumière « d’autres possibles. »

Sortir du carcan « professionnel »

La rencontre avec des « non-professionnels », quitte de toute tentation d’analyse et de jugement « spécialisé », est une donnée importante du projet. En passant plusieurs jours avec des personnes ayant parfois un parcours proche du leur, ils arpentent d’autres chemins de traverse que ceux qu’ils empruntent habituellement. Aucun professionnel ne remplacera jamais les expériences positives partagées par le langage (verbal ou non) que seuls les cabossés, les abîmés qui se reconnaissent entre eux peuvent comprendre… Par contre, il peut en permettre l’émergence.

L’expérience de Berdine

Berdine est un village qui accueille des adultes ayant traversé de grandes difficultés personnelles, principalement liées aux assuétudes. C’est là que Sébastien et ses collègues ont décidé de se rendre avec trois garçons placés dans l’institution et dont les symptômes de délinquance ne cessaient de susciter l’impuissance des adultes. Pendant une dizaine de jours, ces derniers ont appris à travailler de leurs mains, à se lever tôt pour participer à la vie du village et à aller à la rencontre de ceux qui « par ce choix, ont fait l’expérience du contact avec la nature, et donc du ressenti positif d’un travail manuel artisanal et qui savent que l’éloignement physique de son milieu ou de l’environnement délétère est une des clés majeures pour sortir des problématiques de délinquance ou de toxicomanie. »

L’aventure survit, bien au-delà du voyage

Aujourd’hui encore, certains jeunes reparlent de leur expérience avec Sébastien, et bénéficient de l’écho d’un adulte qui l’a vécue avec eux. Là où les séjours de rupture peuvent apparaître comme une parenthèse bénéfique pour le jeune, ceux de non-rupture impliquent quant à eux un tournant dans des relations déjà existantes. Cette donnée non-négligeable offre ainsi la possibilité au jeune de réintégrer son milieu de vie en pouvant partager une expérience vécue avec des éducateurs et d’autres adolescents qu’ils continuent à côtoyer au-delà de l’expérience à l’étranger.

Oser l’alternative et initier le mouvement !

L’expérience de Sébastien montre qu’il est possible de créer des projets dans le cadre d’une institution qui n’est, initialement, pas destinée à cela. Par la force de l’ambition, de l’espoir, mais aussi de l’équipe, des aventures comme celle de Berdine ont pu voir le jour, et laisser à l’esprit de dizaines d’adolescents et leurs éducateurs des souvenirs aussi utiles qu’impérissables. Si un investissement majeur et des disponibilités pratiques sont forcément nécessaires, ils ne sont certainement pas des empêcheurs d’y arriver alors… A vos mappemondes !

Pour tout renseignement complémentaire sur les séjours de non-rupture, contactez Sébastien Jacques, désormais éducateur à la Maison de Quartier du Dries (Service de Prévention et de Cohésion sociale de Watermael-Boisfort) : sjacques@wb.irisnet.be

Une assistante en psychologie

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