Une année de pandémie : témoignage d'un infirmier en psychiatrie

Une année de pandémie: témoignage d'un infirmier en psychiatrie

La pandémie a modifié, parfois profondément, les pratiques professionnelles des travailleurs de la santé et du social. Face à cette crise sanitaire qui s’éternise, il a fallu faire preuve d’adaptation, d’innovation mais également de résilience. Alors que le coronavirus est entré dans nos vies depuis près d’un an, le Guide Social a décidé de revenir sur cette année mouvementée avec une série d’acteurs du secteur psycho-médico-social. Jean François, infirmier en psychiatrie, revient sur cette année 2020 pour livrer son témoignage.

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Jean François est infirmier en psychiatrie depuis 1996. Ce qui était au départ un choix d’étude par défaut, est devenu au fur et à mesure des études un choix évident. Prendre soin des autres, les soigner et surtout le côté profondément humain du métier, voilà les quelques points qui séduisent Jean-François à l’époque. Travaillant maintenant de nuit, il a un autre regard sur son service, sur son métier.

Le temps de l’organisation familiale

« Le principal problème pour moi a été la question de l’organisation familiale à partir du mois de mars. Les métiers du soin ne se sont pas arrêtés de fonctionner et les écoles ont fermé, donc il a fallu s’arranger. Travaillant de nuit et ayant une famille, je laisse imaginer le stress pour l’organisation et la prévention. C’est une problématique personnelle mais qui, je pense, était commune à beaucoup de personnes du métier. Ensuite, il y a eu l’encrassement de la société dans la pandémie et les inquiétudes liées aux mesures. Il y a eu ce flou total sur les mesures, sur la pandémie, ce qui rend l’organisation de la vie difficile. Il a fallu jongler pendant plusieurs semaines. Lorsque j’allais travailler, mes enfants me sortaient des phrases comme si j’étais un super-héros, je voyais quand même en eux une forte inquiétude, la même que celle de la population qui nous a soutenue durant ce premier confinement. »

L’organisation au travail

« Au niveau de mon travail, rien n’a vraiment changé. Dans notre service, étant un service cloîtré, on a eu très peu de malades au niveau des patients, et un peu au niveau des collègues.

Au niveau des pratiques, et du nouveau protocole, au début c’était un peu le flou avec la direction. Les masques n’étaient pas obligatoires et donc nos supérieurs ne voulaient pas qu’on mette des masques par peur d’effrayer nos patients. C’était ainsi en février et en mars, lorsque la Covid-19 n’était pas notre quotidien. Les personnes qui mettaient un masque avaient des remontrances de la part de la direction. Et ensuite cela est devenu obligatoire. Notre direction était très rigide sur cela au début. Comme dans la société pour les mesures sanitaires, il y a eu des incohérences. »

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Les répercussions au niveau des patients

« Pas de gros impact de la pandémie au niveau de mon service de psychiatrie aigue. Ce sont des gens comme vous et moi qui font une dépression. Il faut donc les encadrer, être là pour eux, c’est beaucoup d’attention mais pas plus que d’habitude. Après pour eux, ça a changé quand même. Le processus dans notre service se fait en plusieurs étapes normalement. On a l’accueil en structure où on s’occupe d’eux. Là normalement ils ont les visites permettant de rendre plus légère et plus facile cette étape. Et ensuite ils doivent retourner chez eux quelques jours et voir s’ils sont aptes à retrouver une vie normale. Là, toutes ces étapes ne pouvaient se faire. Pas de visite, pas de possibilité de sortir. S’ils voulaient sortir c’était définitif. Encore maintenant, le processus n’est pas complétement revenu à la normale. Le problème, c’est qu’une dépendance à l’hôpital risque de se créer alors que le but est de retrouver un rythme de vie normale le plus rapidement. Le patient a besoin de faire quelques nuits chez lui avant de pouvoir attaquer de nouveau sa vie, là, il n’a pas plus l’occasion de faire ça. C’est le constat principal, le patient est en manque affectif, stressé. Notre rôle, dans ce cadre, est renforcé avec la crise et l’isolement de la société. Il faut aussi faire avec les masques qui mettent forcément une distance entre le patient et nous. Après on essaye de dédramatiser face à tout ça, on est obligé. »

L’impact sur la société

« Je ne note pas de changement au niveau des tranches d’âge ni des professions. On a un peu plus d’infirmières dans mon service mais ça a toujours ça, c’est parlant non ? En règle générale, sur une trentaine d’hospitalisations, on a toujours trois infirmières depuis quelques années. Là avec la crise on va dire que la moyenne tourne à quatre. Je trouve ça quand même extrêmement parlant sur notre profession.

Ensuite ce qui est inquiétant et que je voudrai bien voir après, c’est le bilan au niveau des taux de suicides et de la santé mentale de la population. Je pense qu’on n’est pas prêt à découvrir ça. Là où le premier confinement a été plutôt bien géré par la plupart des gens, le deuxième a été beaucoup plus dur il me semble. La population est épuisée mentalement, elle ne veut plus nous voir je crois à la télévision. Elle veut voir autre chose et c’est normal. De plus, de la part des politiques et des directions, c’est le culte de l’image, un sophisme moderne. Beaucoup de belles paroles mais aucun acte fort. Avec la crise économique qui arrive, la défiance du peuple grandissante, la sortie de la crise ne sera sûrement pas la fin des soucis. »

Propos recueillis par B.T.



Commentaires - 1 message
  • cet infirmier a bien sa place en psychiatrie mais en tant que patients...très dangereux PN...violents a ses heures et ravageur avec son fils de sang qui peine à se remettre d'une éducation de terreur et d'omerta familiale...typique de la psychose blanche...l'AUTRE est fou et il faut le soigner...insupportable pour les proches qui subissent sa schyzophrénie alors qu'ils ne le sont pas!!!NO COMMENT

    zuske dimanche 18 avril 2021 07:59

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