Cœur à Corps ASBL face au Covid-19 : "Notre association est en péril"

29/04/20
Coeur à Corps ASBL face au Covid-19:

Sophie Leclere est la créatrice et directrice de l’ASBL « Cœur à Corps ». Cela fait maintenant plusieurs années que cette structure grandit et développe ses activités. Venant en aide aux enfants en difficultés d’apprentissage, son concept a séduit au-delà des frontières du plat pays. Malheureusement, l’épidémie de coronavirus et les mesures de confinement qui l’accompagnent ont stoppé de plein fouet le vif élan de cette association. Aujourd’hui, l’avenir est incertain, et la survie de l’ASBL, pas garantie.

Guide Social : Tout d’abord, pouvez-vous présenter votre ASBL : « Cœur à Corps » et nous dire quelles sont vos actions ?

Sophie Leclere : Je dis toujours que nous sommes une ASBL de première ligne. Nous agissons en faveur des enfants en difficultés d’apprentissage. Ils peuvent souffrir de troubles sensoriels, d’autisme, de dyslexie par exemple. Nous offrons donc un accompagnement à ces enfants ainsi qu’à leurs parents. Nous aidons les enfants en les équipant d’iPad, qui leur permettent de suivre plus facilement les cours, et nous les formons à l’usage de ces technologies. Nous les accompagnons de A à Z. On collabore donc avec les parents, les enseignants mais aussi les institutions paramédicales. Nous proposons des stages pendant les vacances scolaires et fournissons un travail de sensibilisation auprès du grand public et des acteurs. Durant ces stages, il y a par exemple des modules d’initiation à l’utilisation des tablettes. Ces événements ont un rôle d’intégration pour tous ces jeunes, ils leur permettent d’améliorer leur estime de soi, leur confiance en soi et leur gestion des émotions. C’est essentiel pour qu’ils puissent se construire. Ainsi, ils comprennent également qu’ils ne sont pas seuls, puisqu’ils côtoient des enfants aux difficultés similaires. Beaucoup d’enfants comptent sur nous pour la rentrée prochaine. Pour faire face à cette crise nous tentons de diversifier nos activités en passant par internet et usant des nouvelles technologies mais ce n’est pas la même chose.

"Nos rentrées d’argent se sont arrêtées. Seuls les parents font vivre notre association"

Guide Social : Quelles conséquences ont été engendrées par la crise sanitaire que nous traversons ?

Sophie Leclere : Tout simplement l’arrêt net de nos activités. On ne peut plus aller dans les écoles, ni voir les enfants et on sait que c’est une situation qui va durer. Par exemple, comment je fais un atelier massage par internet ? Ce n’est pas possible. Respecter les règles de distanciation sociale avec les enfants que nous aidons, ce n’est pas possible, ils ont besoin de contact. Bien sûr, on est créatif, et nous sommes les seuls à faire ce que nous faisons en Belgique, mais la situation est compliquée. Nous touchons d’autres pays, comme la Suisse, le Sénégal, la Turquie où parents et structures s’appuient sur nos formations virtuelles et autres formulaires en ligne.

Malheureusement, alors que nous sommes six en temps normal dans l’équipe, je n’ai pu conserver que deux mi-temps, les trois autres sont au chômage et je travaille bénévolement. Dans notre domaine, on a besoin du contact. On sent la détresse des parents qui nous contactent. Rassurer, déculpabiliser et aider les parents est beaucoup plus difficile par internet. Nos stages ont évidemment été annulés, alors on repousse. D’abord à l’été, mais est-ce qu’ils pourront se tenir ? Si ce n’est pas le cas, nous repousserons à la Toussaint puis à 2021. Il y a donc beaucoup d’incertitudes. Nos rentrées d’argent se sont arrêtées. Seuls les parents font vivre notre association.

Je ne suis pas sûre que l’on arrive à survivre au Covid-19 malgré les chaînes de solidarité qui se mettent en place, et les dons des parents. Ce qui est rageant, c’est qu’on n’a aucune proposition d’aide de la part de l’Etat. Moi, j’aimerais bien recevoir la même aide que les PME, mais ça ne vient pas. On est une toute petite ASBL avec peu de subsides.

Nous sommes en péril si nous ne parvenons pas à réaliser les stages d’été. On retournera à la situation de 2014, où on faisait 1/8e de ce qu’on fait aujourd’hui. On aide 250 familles par an, et si jamais la situation s’aggrave, les délais seront énormes et des enfants resteront sur le carreau. C’est ce que nous voulons éviter.

"Evidemment, nous n’allons pas bien. J’ai la boule au ventre"

Guide Social : Quel est votre état d’esprit à l’heure actuelle, alors que vous êtes confrontée à ces difficultés ?

Sophie Leclere : Evidemment, nous n’allons pas bien. J’ai la boule au ventre. On est une bande de potes passionnés par notre boulot et notre ASBL. Nous avons tous peur pour notre avenir professionnel. Je n’ai pas envie de revenir à une situation où l’ASBL serait beaucoup moins impactante. Nous avons avancé doucement, étape par étape. Cette ASBL c’est mon deuxième bébé. Je l’ai construite, je l’ai vu grandir, elle s’est construit une réputation, même au-delà de nos frontières. Il faut trouver un moyen de traverser cette crise. Avec 10 000€, je me sauve, je peux garder tout le monde. Nous voulions nous agrandir, ça peut attendre, mais au moins que l’on conserve le même impact sur les familles et les enfants. Nous nous sommes formés et nous continuons de le faire. J’étais sur le point de me salarier, c’est pareil, ça peut attendre. Pour l’instant, l’ASBL est en péril. Nous avons fait tellement de travail que ça ne peut pas s’arrêter comme cela.

Propos recueillis par C.D.

[Notre dossier "les ASBL face au virus"] :
- "J’ai dû licencier mon apprenti et me mettre au chômage"



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