Tenir le cap… mais à quel prix ?
Soyons clairs : la résilience et la créativité des ASBL ont des limites. Vraiment. Jusqu’à quand allons-nous assister à ces coups portés, toujours plus nombreux, à un secteur pourtant essentiel au fonctionnement de notre société ?
2026 : un secteur fragilisé, mais toujours plus sollicité
Le paradoxe est frappant. Alors que l’associatif est fragilisé à l’extrême, il sera plus que jamais sollicité en 2026.
Un exemple parmi tant d’autres : la réforme du chômage et ses conséquences multiples risquent de peser lourd sur les structures du social et des soins. Les CPAS, les services d’aide alimentaire, les structures d’insertion socioprofessionnelle ou bien encore les associations de première ligne seront aux avant-postes pour absorber ces nouveaux besoins.
Comment assumer ces enjeux croissants avec des équipes réduites, sous pression, parfois épuisées ? Comment continuer à répondre à l’urgence sociale quand les moyens humains et financiers s’amenuisent ? Depuis plus d’un an, les ASBL avancent à vue. Ce flou permanent crée un climat instable et anxiogène, qui pousse une partie des professionnel·le·s à quitter le secteur associatif en quête de sécurité et de perspectives plus claires.
Prendre soin de celles et ceux qui tiennent
Pourtant, beaucoup restent. Ils et elles s’accrochent à leur mission, à leur équipe, à leurs publics. Ils continuent de se battre pour leur structure, de se lever chaque matin pour un travail dont le sens est intact, mais dont les conditions ne suivent plus.
Dans ce contexte, une question essentielle se pose : qui prend soin de celles et ceux qui, malgré tout, tiennent le cap ? Comment soutenir leur motivation, prévenir l’épuisement, reconnaître la charge émotionnelle et mentale qu’elles et ils portent au quotidien ?
Et si, justement, ce n’était pas incompatible ? Et si prendre soin des travailleur·euse·s était la condition même pour continuer à prendre soin des publics accompagnés ?
Nos vœux pour 2026
Nous espérons un secteur qui tienne sans s’épuiser. Où l’engagement ne se paie pas par l’usure. Où prendre soin des professionnel·le·s est reconnu comme indispensable à la qualité de l’action sociale.
- Que les responsables politiques prennent enfin pleinement la mesure du rôle structurant des ASBL dans notre société.
Qu’ils cessent de les considérer comme une variable d’ajustement budgétaire et reconnaissent leur poids économique, social et humain. Les ASBL ne sont ni des opératrices de seconde zone ni des rustines temporaires ni des bouffeuses de subsides : elles sont des employeuses majeures, des actrices de prévention, des piliers de cohésion sociale et des partenaires indispensables de l’action publique. Les soutenir durablement, c’est investir dans la stabilité sociale, la santé publique, le vivre-ensemble.
- Que les citoyen·ne·s continuent — et renforcent — leur soutien aux associations. Par leurs dons, leur engagement bénévole, leur relais, leur reconnaissance. Parce que les ASBL sont partout, dans les quartiers, les villages, les lieux de vie et de soin. Parce qu’elles agissent là où les besoins sont les plus urgents, souvent là où les dispositifs institutionnels peinent à répondre.
Et oui, nous souhaitons un secteur plus structuré, mieux outillé, plus efficace. La professionnalisation, l’évaluation, la gouvernance : nous y croyons et nous y travaillons. Mais renforcer le non-marchand, ce n’est ni le stigmatiser ni le réduire à une logique de coûts.
En 2026, nous réaffirmons notre engagement, qu’avec toute l’équipe de l’Agence pour le Non-Marchand. Plus que jamais, nous serons aux côtés des acteurs et structures non marchands pour les rendre visibles, les outiller et les aider à se renforcer, en faisant circuler leurs réalités et leurs voix.
Parce que la résilience a des limites. Parce que nous refusons d’assister, impuissants, à la fragilisation d’ASBL essentielles. Donner au secteur psycho-médico-social la place qu’il mérite est — et restera — plus que jamais notre leitmotiv.
Emilie Vinçotte, co-directrice, Bernard Arnould, co-directeur et Emilie Vleminckx, rédactrice en chef
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