L’hippothérapie comme outil de l’Aide à la jeunesse

L'hippothérapie comme outil de l'Aide à la jeunesse

Si l’hippothérapie est connue, notamment par les professionnels qui évoluent avec des publics en situation de handicap, une organisation de l’Aide à la jeunesse en Région flamande, « De Wissel », a également repéré ses bienfaits sur les jeunes dit à problèmes.

Il y a peu, l’ASBL Hippopassion fêtait ses 20 ans. L’hippothérapie, alliée bien connue pour les personnes en situation de handicap, est-elle en train d’étendre le champ de ses compétences ? Une organisation d’Aide à la jeunesse, en Région flamande, a décidé de s’en remettre à la pratique pour les jeunes « à problèmes ». L’objectif est de créer un contact tripartite : patient, praticien et équidé. Pour ces jeunes, souvent en manque de repères familiaux, l’expérience semble porter ses fruits. Un article du journal En Marche, des Mutualités Chrétiennes.

Nous sommes au centre Molenmoes. La résidence fait partie du projet "De Wissel". Cette organisation d’aide à la jeunesse soutient, de manière résidentielle et ambulante, des jeunes et leurs familles qui sont en grandes difficultés. Elle leur offre un cadre, un toit et un accompagnement. Le centre Molenmoens accueille spécifiquement des adolescents qui ne peuvent se rendre à l’école, temporairement ou à plus long terme, car ils souffrent de problèmes comportementaux ou parce que le cadre scolaire ne leur convient pas. C’est ici que travaille Veerle Maes. Elle est hippothérapeute au centre EquiCanis. Il fait partie de "De Wissel". Les jeunes viennent y soigner les chevaux , et travailler avec eux. EquiCanis est également ouvert aux personnes externes à l’organisation.

De la confiance, et des câlins

Au quotidien, Veerle rencontre des adolescents qui ont déjà été orientés vers différents types d’institutions, de soutiens et de thérapies, avec plus ou moins de succès. Ils sont souvent en perte de confiance et démotivés.

"C’est là qu’interviennent les chevaux, explique Veerle. Ils peuvent aider à restaurer un lien. Et cela de différentes manières. […]

Avec l’aide de l’hippothérapeute, le jeune réalise des choses avec un autre être vivant. "Le but, c’est que chacun soit satisfait. Lorsque les jeunes ne veulent pas parler de leurs difficultés, le cheval peut aussi s’avérer un allié. Un petit contact, une petite caresse peuvent donner de l’énergie, et apaiser. Ce que je remarque également, c’est que jamais les jeunes ne sont agressifs avec les animaux, alors que certains d’entre eux manifestent de l’agressivité dans leurs relations aux autres."

Le mythe du cheval magique

Pourquoi ces démarches thérapeutiques sont-elles possibles avec le cheval ? L’équidé serait-il pourvu de pouvoirs curatifs ? "Le cheval n’est pas guérisseur. Mais il offre un contexte dans lequel la guérison est possible", précise Patrick Guilmot, du centre d’hippothérapie de Louvain-la-Neuve.

"Le cheval crée une passerelle entre une personne et un thérapeute qui ont un intérêt commun : celui d’être en contact avec lui. Ce contact est fait d’expériences qui sont très immédiates, au niveau sensoriel et corporel. La façon dont on se comporte avec l’animal le fait réagir d’une certaine manière. On a un feedback immédiat. Le cheval a cet avantage d’être beau, grand et fort. Sa corpulence permet tout un champ d’exercices qui ne sont pas envisageables avec d’autres animaux. On peut le toucher avec tout notre corps et pas seulement avec les mains, il peut nous porter, on peut être en mouvement avec lui. Et puis, le cheval est très émotif. Dans la nature, c’est une proie. S’il est impressionnant pour nous, il a aussi facilement très peur."

Comment alors se mettre en lien avec un être si puissant et si peureux ? "C’est là tout le sens de l’hippothérapie", explique Marie-Anne Schelstraete, responsable académique du certificat universitaire en hippothérapie à l’Université catholique de Louvain et professeure en logopédie. Selon elle, l’hippothérapie permet un travail très complet : "le psychique et le corporel sont abordés ensemble. La personne est accueillie comme un individu à part entière, en comparaison à la plupart des thérapies, où l’on sépare en général plus ces deux aspects". Veerle Maes va dans le même sens. Elle sait également que la grâce, la beauté, la puissance et la massivité du cheval intensifient l’expérience. "Les jeunes sont fiers de travailler avec les chevaux. Entrer en contact avec un cheval est un défi, ce n’est pas tout de suite valorisant. Il faut essayer des choses, trouver des solutions. Réussir ce défi donne confiance."

[…]

Le rôle du thérapeute

L’hippothérapie privilégie le partage d’expériences. Patrick Guilmot insiste : le cheval n’est pas un thérapeute en tant que tel. Attention à l’anthropomorphisme. Le thérapeute est accompagnateur et soutient la personne dans les difficultés éventuelles qu’elle peut rencontrer dans sa relation avec le cheval.

"C’est l’art de l’hippothérapeute. Il doit adapter constamment les situations afin que le cheval puisse s’exprimer en tant que cheval et pas comme un objet qui obéit à des commandes. Il aide la personne à mobiliser ses ressources, mais pas seulement de manière intellectuelle. Nous travaillons hors contexte médical. La personne développe de nouvelles compétences concrètes, validées par le comportement du cheval. Et l’hippothérapeute est parfois un simple témoin. Il soutient la reconnaissance, la prise de conscience de ce qui est en train de se passer. Cela ne passe pas forcément par la mise en mots, il peut y avoir des moments de silence."

Veerle Maes souligne qu’il est important de bien suivre le rythme de la personne, avec ses peurs et ses vécus, et de trouver ensemble des solutions. "Je me souviens de cette jeune fille. Elle avait monté un cheval et avait fait une chute. Une éducatrice est venue la chercher et lui a parlé de cette chute. La jeune femme a vécu cela comme une intrusion. Cela nous a permis de travailler comment ’rester dans sa bulle’ sans pour autant se fermer complètement. On a observé comment les chevaux faisaient cela entre eux, comment ils prenaient de l’espace tout en étant tout de même ouverts aux autres. On a ensuite expérimenté cela d’abord avec les chevaux, ensuite avec le groupe d’éducateurs. Avec succès. J’ai moi-même appris beaucoup de cette expérience. Avant de clôturer une séance, je veille à bien laisser aux jeunes l’opportunité de se refermer un peu avant d’entrer à nouveau dans le quotidien."

Lire l’article complet sur le site d’En Marche

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