De l'importance de lutter contre la maltraitance en maison de repos

De l'importance de lutter contre la maltraitance en maison de repos

La maltraitance en maison de repos est une réalité taboue. Une psychologue, souvent témoin de ces actes malveillants, appelle les soignants à réagir. "Dites-le, criez-le, pleurez-le".

Amis soignants, bonjour,

Je vais peut-être vous choquer en disant ceci : j’ai vu de la maltraitance en maisons de repos et de soins. J’en ai vu en Belgique et j’en ai vu aussi via des extraits vidéos en Espagne. Il y en a sans doute ailleurs également.

Je vous ai choqués ? Je le suis moi-même, choquée. Si j’écris cette lettre, c’est parce que j’en ai assez de cette maltraitance qui ne devrait pas exister. Je suis dégoûtée de voir qu’elle continue alors qu’elle devrait être éradiquée. Si j’écris cette lettre, c’est pour vous dire, amis soignants, que ce n’est pas de votre faute. Ne restez pas seuls, vous ne l’êtes pas. Osez mettre des mots sur des émotions et manifestez-vous. Prenez conscience de vos propres limites avant de les dépasser. Reconnaissez vos difficultés et vos fragilités avant qu’il ne soit trop tard. Vous n’êtes pas des robots, vous êtes des humains, avec votre lot de problèmes, d’inquiétudes et de questions.

Or, la société veut que vous agissiez en robot. Avec un horaire de travail à respecter, des tâches à effectuer, un travail d’équipe à organiser, des consignes à suivre. Beaucoup est automatisé aujourd’hui. Vos gestes aussi. Est-ce que vous vous surprenez à avoir les mêmes paroles, peu importe le patient qui se trouve devant vous ? Et, du coup, vous préférez ne plus rien dire ?... Ressentez-vous votre cœur qui est lourd d’avoir accumulé tant de tristesse, de douleur, de cris, de révolte ?... Votre regard s’est-il éteint petit à petit ?...

On vous fait agir en robot et pourtant… Chaque chambre faite est une PERSONNE. Chaque patient est différent, quelqu’un d’unique, car cette personne a vécu une vie avant vous, une vie unique, riche en expériences. Personne d’autre n’a eu sa vie, comme personne d’autre ne vivra votre vie.

Ces personnes âgées, pleines de sagesse, voient en vous leur soleil de la journée ! Vous êtes les prodigueurs de soins. De soins d’hygiène, certes, mais surtout de soins relationnels, de soins d’amour.

Aujourd’hui, je souhaite et j’ose exiger que vous soyez entendus, tant au sein de votre institution qu’au sein de notre société. En tant que soignants, vous êtes en devoir ET vous avez le pouvoir d’obtenir le meilleur pour vous et vos patients. En effet, vous êtes leurs intermédiaires… Vos patients comptent sur vous pour faire passer leur message : cette aspiration à un minimum humainement acceptable de bien-être et de qualité de vie.

Vous ne voulez plus faire votre travail de manière automatique, dans l’empressement, en manque d’effectifs. Vous ne voulez plus faire face à la tristesse, la colère, la peur et la révolte. Vous voulez arriver à apaiser vos patients, vous voulez que votre travail soit reconnu, vous voulez être entendus et être déchargés de la lourdeur physique et émotionnelle de votre travail.

J’espère que mon message sera lu et entendu, ici et ailleurs. Qu’il sera un coup de pouce pour vous entendre VOUS. Que soit permise la mise en place de moyens et de projets pour mettre en avant votre travail et le bien-être des personnes âgées. Car que seraient les MR et MRS sans vous et votre savoir-faire ? Et que deviendraient les patients sans votre bienveillance ?

Je compte sur vous et sur les dirigeants pour faire disparaitre la maltraitance en MR/MRS, car ce ne sont pas seulement les patients qui en sont victimes mais également leurs familles…et vous, amis soignants. En effet, à côté du fait qu’on vous le reproche, vous vous en voulez lorsque vos mots durs dépassent vos pensées, lorsque vous ne vous reconnaissez plus dans vos actes perdus. Vous êtes victimes de votre trop-plein, de votre ras-le-bol. Vous êtes imbriqués dans les difficultés et les situations négatives qu’on vous demande de gérer. Vous en perdez votre sang-froid et vous êtes emportés par vos émotions. Et puis vous craquez et vous vous en voulez. Vous avez presque honte ou vous êtes en colère contre vous. Contre votre patient. Car malgré lui, il a été la goutte qui a fait déborder le vase. Vous aviez accumulé tant de choses difficilement supportables ! Ce n’est pas de votre faute, vous étiez à bout… Vous êtes ensuite en colère contre vos dirigeants, eux qui vont abattre une sanction. En colère aussi contre la société qui, au lieu de vous aider, va vous juger.

Alors, vous vous taisez. Vous cachez vos actes déplacés. Vous vous défendez en cherchant des justifications.

Moi, je dis non. Je veux vous entendre ! Dites-le, criez-le, pleurez-le ! Mais dites-le que ça ne va pas avant qu’il ne soit trop tard ! Dites-le à vos collègues, parlez-en à vos supérieurs. Organisez des moments de parole et d’écoute. Soyez transparents avec vous-mêmes. C’est une manière de tirer la sonnette d’alarme avant de dépasser la frontière, si fragile, qui vous fait basculer dans la maltraitance… Vous qui aviez tellement maudit ce mot. Jamais il ne ferait partie, un jour, de votre travail ! Car vous n’êtes pas maltraitants de nature. Votre cœur est bon.

Et c’est parce que vous voulez garder la paix dans votre cœur, ou la retrouver, que nous vous attendons aujourd’hui en tant que personnes responsables et aimant votre travail. Manifestez-vous pour de meilleures conditions, soyez VOUS au fond de vous et avec vos patients !

Aidez-nous à VOUS aider. Veillons ensemble au bien-être de nos patients. Ils comptent sur nous. Sur vous. VOUS ETES LEUR VOIX.

Barbara Dorselaer

Psychologue



Commentaires - 2 messages
  • Merci Barbara Dorselaer

    Sophie Lété vendredi 24 mars 2017 12:09
  • il est grand temps que les personnes âgées, qui sont en fait en fin de vie ,soit chouchoutées.
    et pour ça il faut que le personnel soit lui aussi chouchouté

    M.kine samedi 1er avril 2017 15:20

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