Melissa, éducatrice, raconte son travail en temps de coronavirus

Melissa, éducatrice, raconte son travail en temps de coronavirus

Malgré la crise sanitaire qui frappe notre pays, les éducatrices et les éducateurs des services résidentiels sont toujours fidèles au poste, à encadrer 24h/24 des enfants placés par les services de protection de la jeunesse ou des personnes en situation de handicap. C’est le cas de Melissa. L’éducatrice nous raconte son quotidien, entre élan de solidarité, absence de matériel de protection, difficultés à jongler entre vie professionnelle et vie privée et sentiment d’abandon par les autorités. Témoignage.

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Melissa a deux mi-temps. L’éducatrice partage son temps entre un lieu de prise en charge de personnes adultes handicapés mentaux profonds et une pouponnière qui accueille des enfants placés par le juge de jeunesse ou abandonnés à la naissance. L’appel du gouvernement fédéral à rester chez soi, à privilégier le télétravail pour lutter contre la pandémie ne la concerne pas, non. Elle n’a pas le luxe de pouvoir rester à son domicile, à l’abri, avec sa famille. Comme de nombreux professionnels des secteurs de la santé et du social, elle continue à œuvrer sur le terrain, à offrir un accompagnement, une présence de chaque instant aux publics fragilisés qui fréquentent les services résidentiels. En première ligne face au Covid-19…

Pas de matériel de protection !

« En plus de mes deux emplois, je suis également déléguée syndicale. Face à la crise du coronavirus, j’ai pris les devants afin d’obtenir la mise en place de mesures pour garantir la sécurité des travailleurs ainsi que des bénéficiaires des services », note Melissa. « J’ai directement pris contact avec les directions qui ont été très réceptives à nos propositions et donc quelques mesures ont été mises en place. » Elle décrit : « Au centre pour personnes en situation de handicap, il y a trois pavillons. Actuellement, un fonctionne sur le modèle du weekend. De la sorte, des travailleurs font des longues journées afin de pouvoir s’occuper un jour sur deux de leurs enfants. Nous avons aussi renforcé le nursing avec deux éducateurs en place afin d’éviter l’épuisement professionnel. On doit tenir sur la longueur. »

Afin de se protéger de la contamination au Covid-19, les professionnels qui œuvrent dans les services résidentiels n’ont pu malheureusement compter que sur l’élan de solidarité de citoyens. Des membres de leur famille ont, par exemple, confectionné des masques en tissu. « Les éducateurs réclament de toute urgence du matériel de protection », alerte-t-elle. « Tout va aux hôpitaux, ce qui est compréhensible, mais nous aussi nous sommes en première ligne. Nous sommes constamment en contact avec notre public. Nous devons aussi pouvoir nous protéger ! Nous nous sentons totalement abandonnés par les autorités politiques. On parle beaucoup de la situation délicate des infirmières à domicile. Mais quid des éducateurs ? Je ne peux pas donner des biberons à distance… Je travaille de nuit toute seule dans deux structures différentes. »

Compenser les absences de travailleurs

Les équipes des services résidentiels doivent également composer avec un sous-effectif. En effet, une partie des professionnels sont écartés et ne peuvent donc plus travailler. « Nous devons faire face à ces absences et les compenser », pointe-t-elle. « Une éducatrice vit avec son beau-père âgé, qui est une personne à risque. Comme elle présente des symptômes, cette éducatrice a été mise en quarantaine avec sa famille. Deux autres membres du personnel ont aussi des symptômes du coronavirus… Ils ont donc été écartés et remplacés. Il y a aussi une travailleuse qui a des soucis de santé et qui est donc une personne vulnérable face au virus. Elle non plus, elle ne peut plus travailler. »

Les directions ne chipotent pas, elles remplacent au pied levé les travailleurs. Elle rajoute : « Je travaille de nuit normalement mais dans ce contexte il m’arrive aussi de faire des journées. On ne compte pas nos heures, on se bat pour offrir un encadrement aux résidents. Il faut absolument pallier le manque d’effectifs. Pour le moment, dans les structures où je travaille, on s’en sort, il n’est donc pas à l’ordre du jour de recruter des renforts. Mon mari travaille dans une structure qui accompagne des personnes atteintes de troubles autistiques. Sa situation est beaucoup plus tendue… S’il y a encore un ou deux travailleurs de moins, l’endroit aura besoin de renforts pour pouvoir assurer les services. »

Les professionnels de la première ligne, qui poursuivent coûte que coûte leur travail avec les citoyens en grande dépendance, éprouvent également des difficultés à gérer leur vie privée. La question de la garde de leurs enfants est au centre de leurs préoccupations. Difficile en effet de jongler entre vie familiale et impératifs liés au travail.

Aujourd’hui, en ces temps compliqués, il est plus que jamais nécessaire de soutenir, d’épauler, de valoriser le travail essentiel mené au quotidien par les éducatrices et les éducateurs de notre pays !

E.V.



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