Formation continue, vecteur de changement ?

Formation continue, vecteur de changement ?

Elle est souvent un bol d’air salutaire au travailleur social : journées d’apprentissage et d’échanges avec d’autres praticiens dont on ressort grandi et animé d’une volonté de renouveau. Pourtant, aux dires de nombreux participants, il est souvent compliqué de mettre en place ces nouvelles pratiques sur le long terme.

Dans l’un de mes précédents boulots, j’ai eu la chance de participer à plusieurs formations courtes, sur des thèmes que j’avais pu choisir presque librement. J’emploie le terme « chance », car nombre d’entre nous n’ont simplement pas l’opportunité de se former dans le cadre de leur travail. Mais lorsque c’est le cas, est-ce bien porteur de changement ?

Sortir de sa zone de confort

La formation continue permet au travailleur de sortir de sa zone de confort : il rencontre d’autres professionnels qui travaillent dans des secteurs différents. Des échanges se créent et ce qui se partage lors des pauses est tout aussi important que ce qui est appris dans les moments plus formels. Sortir de sa zone de confort signifie aussi pour le travailleur faire un break dans son boulot, se poser et penser sa pratique, même le temps d’une journée. Il n’enchaîne plus les habitudes, mais sort de sa routine, pense ses actes et analyse son travail.

Transmettre ses apprentissages ?

Souvent, une des demandes formulées par les supérieurs hiérarchiques au travailleur lorsqu’il part en journée de formation est qu’il transmette par la suite ses nouveaux apprentissages à ses collègues. Or, dans les faits, cela se produit rarement. Pourtant, nombreux sont les travailleurs à vanter les mérites de la formation continue et à revenir enchantés de ces journées, lors desquelles ils auront réellement appris et expérimenté.

Le temps de l’intégration

Plusieurs raisons empêchent les travailleurs en formation d’être ces « passeurs » désirés, ces vecteurs de changement. Tout d’abord, il y a le temps : le temps de la formation est court, quelques jours tout au plus. Il est également particulièrement intense : durant ces quelques journées, beaucoup de concepts sont abordés, des situations sont parfois analysées, décortiquées, mises en pratique. Il faut du temps pour trier, organiser et intégrer ces acquis, d’autant plus qu’entre les journées de formation, il y a les journées de travail, lors desquelles le travailleur va retomber dans sa routine habituelle.

Retour à la routine

La routine de travail est un autre élément qui empêche un changement de s’implanter au sein d’une équipe. Le travailleur qui revient de formation va souvent reprendre son travail comme après un congé. Il ne lui sera pas consacré de moment spécial pour qu’il puisse transmettre ses apprentissages. Evidemment, les équipes sont souvent en sous-effectifs et surchargées de travail, ce qui complique l’organisation de tels moments. La formation s’intègre donc à la routine de travail, elle en devient un élément à part entière, une « journée en extérieur ».

Homéostasie du système

Un autre frein, et pas des moindres, est le principe d’homéostasie du système. Ce principe est développé par l’analyse systémique, qui se distingue des autres approches par sa façon de comprendre les relations humaines. En analyse systémique, on considère que la personne est influencée à la fois par ses intentions, celles des autres, et celles des possibilités du milieu et/ou du système. Une équipe de travail est un système relationnel qui a une organisation, une structure, faite de triangles, de rôles, de règles, de buts. Il s’agit d’un système capable d’autorégulation, constitué d’individus ayant des échanges continuels et circulaires entre eux.

Une question de conservation

La fonction première d’un système est sa propre conservation. Pour survivre, un système doit rester dans un état constant, orienté vers un optimum. L’homéostasie désigne la capacité d’un système à se maintenir dans un état constant, en dépit des perturbations externes. Il s’agit en quelque sorte de la capacité d’un système à maintenir son équilibre. Théoriquement, un système parfaitement auto-régulé impliquerait de pouvoir revenir à son état initial, à la suite d’une perturbation. En pratique, la stabilité d’un système n’exclut pas une certaine évolution, mais celle-ci ne peut pas être trop rapide, sous peine de menacer la survie du système.

MF, travailleuse sociale

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