Ganshoren investit pour sa jeunesse

Ganshoren investit pour sa jeunesse

[Un article du Bruxelles Bondy Blog] Depuis 10 ans, la population de Ganshoren rajeunit. Pour accompagner cette jeunesse, la commune a engagé des éducateurs de rue. Immersion dans leur quotidien.

Yassin et Youness : éducateurs de rue, coachs et grands-frères

La veille de notre passage, une bagarre à la machette et au couteau a éclaté près du centre sportif de Ganshoren. C’est là que certains jeunes ont l’habitude de traîner, un des lieux “chauds” de la commune. Un endroit où les tensions peuvent parfois monter. Vols, agressions mineures, embrouilles avec une odeur de joint qui flotte dans l’air. C’est ce qui arrive parfois dans cet endroit du bas de la commune.

A première vue, les lieux ne nous renvoient pas ces clichés de petite délinquance. Entouré de verdure, le centre sportif se situe rue Vanderveken, à deux pas des logements sociaux, à côté d’une imposante tour rouge pétant. En face, sept petites maisons dont les couleurs alternent. L’une aux briques rouges, la suivante peinte en blanc et la dernière en briques jaunâtres. Inversez le schéma et vous aurez la couleur des quatre autres. A deux pas du hall, se situe le terrain de foot de Ganshoren. Dans l’entrée, il règne un calme plat. Quelques sportifs sont présents, prêts à s’entraîner. Une odeur de propre règne avant l’entraînement. Nous ne voyons pas de jeunes. A cette heure-ci, ils sont à l’école, assis sur une chaise à écouter leur professeur, à chahuter au fond de la classe, ou simplement à rêvasser après une nuit trop courte. Ce topo, c’est Youness et Yassin qui le dressent.

Stan Smith, jeans et pull noir à capuche, Youness a 37 ans. Il arbore une barbe noire qu’il laisse coiffer son bon mètre 90 ; c’est une personne qui impressionne. De 5 ans (et 10 bons centimètres) son cadet, Yassin a la barbe plus courte, bien taillée. Tout comme son collègue, il peigne ses cheveux sur le côté. Une légère odeur de parfum le suit partout où il va. Ces deux partenaires ne font pas leur âge et s’habillent comme les jeunes qu’ils fréquentent. Ils sont éducateurs de rue et côtoient la jeunesse, surtout, mais aussi, leurs parents.

Impossible de devenir éducateur sans être incarné par l’objectif qu’ils portent. C’est au tout début de notre rencontre, lorsque nous marchons vers le bas de Ganshoren que Yassin nous raconte comment il en est arrivé là. Avant d’être éducateur, il était commerçant. Il gagnait très bien sa vie, certainement plusieurs fois le salaire qu’il touche aujourd’hui. Du jour au lendemain, il décide de tout arrêter. Il remet son commerce. Mais pourquoi ce changement soudain ? “Je me suis toujours considéré comme étant celui qui avait raté par rapport à mes frères et sœurs. J’ai fait des conneries et eux ont tous réussi à l’université. Moi, j’ai arrêté après mes secondaires. Je n’ai pas fait d’études parce que je n’avais pas de ‘guide’. Je ne savais pas quoi faire, ni où aller.” C’est quand son petit frère est arrivé, qu’il a décidé de donner un sens différent à sa vie. Il voulait être un exemple pour lui… Mais aussi pour plein d’autres jeunes. Ces jeunes qui venaient dans son magasin pendant leurs pauses de midi, etc. Il ne voulait pas les laisser sans repère, comme ça a été le cas pour lui. C’est comme ça qu’il est arrivé où il est aujourd’hui.

C’est avec un grain d’émotion dans la voix qu’il nous parle de son père, décédé il y a quelques années. Encore aujourd’hui, il guide ses actes depuis “là-haut”. “Mon père a toujours voulu que je fasse ce métier, il m’a dit de continuer à aider les gens… Je donnerais n’importe quoi pour le revoir”. Dans sa vie d’éducateur, il n’hésite pas à parler de son vécu pour aider les jeunes à trouver une issue à leurs problèmes. Il leur apprend à relativiser les soucis qu’ils ont avec leurs parents, car “ils ont la chance d’avoir leur père et leur mère, de pouvoir leur montrer qui ils sont. Alors, je leur dis de le faire”.

Et pourtant, les débuts n’ont pas été faciles pour lui. Quand Yassin a rejoint Youness, il a dû se faire sa place auprès des jeunes. Ce dernier était connu depuis plus de 10 ans. Avant même d’être éducateur de rue, il travaillait à la maison des jeunes. De ce fait, il était connu et respecté de tous. Ce n’était pas le cas de Yassin. Un samedi soir, à une fête de quartier, une quinzaine de jeunes débarquent. Les battes de baseball et les flingues sont de sortie. Ils veulent voir si le petit nouveau a les épaules. Suite à quoi il craque : “J’en peux plus. Ma mère, ma sœur, mon frère ont été menacés de mort ! J’ai dit stop, je n’en suis pas capable ! Alors, il m’a dit que si je baissais les bras maintenant, c’était fini… Il m’a demandé si je voulais aider les jeunes, si c’était ça mon but. Ce gars m’a juré que si je revenais lundi, j’avais tout gagné et j’allais réussir !”

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