La co-intervention dans le travail thérapeutique

La co-intervention dans le travail thérapeutique

La co-intervention en entretien existe, mais elle souvent trop peu utilisée. Dans le travail, notamment avec les familles, elle constitue un outil très intéressant. En tant que psychologue clinicienne au sein d’une équipe pluridisciplinaire, j’ai d’emblée été invitée à pratiquer la co-intervention et donc à en discerner les bénéfices.

Démarrer la consultation à deux… un véritable luxe

Initier le premier entretien à deux constitue le confort absolu. Ce setting permet d’analyser le motif de la demande de manière conjointe. En outre, si les deux intervenants ont des formations distinctes, par exemple assistant(e) social(e) et psychologue, psychiatre et éducateur/rice, le croisement de leur analyse sera complémentaire, riche et porteur pour le travail futur. Par ailleurs, cette première rencontre fournit de nombreuses informations sur la famille. D’ailleurs, face à une famille nombreuse, être seule ne permet pas d’observer l’ensemble des interactions. La présence d’un deuxième thérapeute offre une disponibilité plus importante pour toutes les personnes présentes.

La question du genre dans la co-intervention

S’offrir le confort d’être deux cliniciens est déjà peu courant, mais alors si ces deux thérapeutes sont un homme et une femme, c’est le luxe absolu. Bien que chaque thérapeute puisse être une surface de projection neutre sur laquelle le patient vient projeter des éléments qui lui appartiennent, l’alliance thérapeutique se fait parfois plus aisément pour les patients avec un homme ou avec une femme. Leur offrir la possibilité d’avoir en face d’eux un homme et une femme multiplie les chances d’une accroche thérapeutique.

Diffraction du transfert

Face à certaines situations, il est intéressant d’être deux intervenants afin de permettre aux éléments transférentiels de se projeter sur deux personnes distinctes. Par exemple, un parent, très en colère contre un des deux intervenants, pourra maintenir un lien positif avec l’autre membre de l’équipe thérapeutique et ainsi pouvoir plus aisément poursuivre le travail entamé ensemble.

Une ressource pour les thérapeutes

Être deux constitue un outil en soi pour le thérapeute. Faire appel à son collègue durant l’entretien, signifier ses limites, son étonnement, permet de créer une ouverture dans certaines situations qui peuvent paraître sans issue. Par ailleurs, certaines familles provoquent des émotions particulières : de la lassitude, de l’ennui, du découragement… Etre deux peut permettre de dépasser ces ressentis et de continuer à travailler de manière constructive. Chaque intervenant n’est pas sensible de la même manière face à ces situations et peut trouver auprès de son collègue un soutien pour continuer à penser une situation difficile.

Nécessité de bien se connaître

Bien connaître son partenaire dans le travail thérapeutique constitue un atout majeur et facilite la co-intervention. Dans la pratique, très rapidement, nous détectons les habitudes et les marottes de nos collègues. Nous anticipons la manière dont notre binôme va aborder la famille rencontrée. Cette connaissance de l’autre permet de retirer le maximum de bénéfices de la co-intervention et de pouvoir travailler ensemble en toute confiance.

V.B, psychologue clinicienne

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