Le Non-renvoi : modèle incontournable et audacieux dans l’Aide à la Jeunesse

Le Non-renvoi : modèle incontournable et audacieux dans l'Aide à la Jeunesse

Aujourd’hui, les institutions traditionnelles qui accueillent des mineurs en danger se retrouvent en proie à des problématiques de plus en plus complexes qui soulèvent la question de l’adaptation des modèles pédagogiques. Parmi eux, celui du non-renvoi apparaît comme incontournable.

Dans l’Aide à la Jeunesse, nous sommes actuellement témoin du phénomène de mutation qui opère dans les problématiques rencontrées par les jeunes. Pour exemple, il arrive que des jeunes présentent à la fois d’importants troubles de l’attachement et du contact social, et en même temps se rendent acteurs de passage à l’acte délinquant. A cet égard, certaines institutions peinent parfois à faire face aux cycles que traversent les adolescents, ne se sentant pas toujours outillées pour tenir avec ces jeunes dits « incasables ».

La rupture : phénomène regrettable dans certains parcours institutionnel

Lorsqu’un enfant ou un jeune témoigne de comportements tels qu’ils renvoient les travailleurs à un vécu d’impuissance, il arrive que certaines structures ne voient d’autres alternatives que le renvoi ou l’orientation du mineur vers un service plus « spécialisé ». Pour peu que ces manifestations comportementales se reproduisent ailleurs, ces mineurs courent alors le risque d’entamer un parcours institutionnel jalonné de renvois et de ruptures qui viennent alimenter un vécu de discontinuité tout à fait insécurisant… Jusqu’à accentuer les symptômes développés jusqu’alors.

La solution « C.A.S »

Pour ce type de cas de figure, l’Aide à la Jeunesse a même, comme elle nous le rappelle sur son portail internet, eu la créativité de créer des Centres d’Accueil Spécialisés dans l’hébergement et l’accompagnement de jeunes « nécessitant une aide urgente et spécialisée eu égard à des comportements violents ou agressifs, des problèmes psychologiques graves, des faits qualifiés infraction ». Ces services sont ainsi identifiés comme les experts du phénomène et disposent de moyens les y aidant (comme des équipes plus nombreuses notamment).

« Tenir » : une valeur pédagogique

Si la réputation des C.A.S. n’est plus à faire, c’est aussi parce que ces services sont portés par une philosophie de l’accueil qui n’a d’autre choix que de tenir dans la durée avec des jeunes qui sont habitués à la rupture et au rejet. Pour ce faire, La logique du « time-out » ou de l’éloignement apparaît notamment comme un outil important pour réguler des relations jeunes/institution pas toujours faciles. La palabre (espace de parole collectif offert au jeune et à l’équipe dans son ensemble) ; la sanction réparatrice ; les séjours de rupture (et de non-rupture !) ou encore l’utilisation de soi sont autant d’outils créatifs qui peuvent être actionnés… Et pas uniquement dans les C.A.S. !

Des moyens universels

De plus en plus d’institutions, conscientes de l’engorgement des C.A.S mais aussi et surtout de la force du lien, tâchent aujourd’hui de s’approprier des outils novateurs avant de « déclarer forfait ». Ainsi, des partenariats s’établissent entre certaines institutions (parfois des centre thérapeutique et/ou pédopsychiatriques) pour permettre à ces jeunes de circuler, sans casser la relation. En termes d’attachement, c’est une expérience nouvelle et extrêmement salutaire qui tend vers un idéal de constance et de sérénité interne.

A vos outils !

Récemment, le Ministre de l’Aide à la Jeunesse, Rachid Madrane annonçait la répartition des subsides conséquents qu’il a obtenus pour le secteur. Parmi les heureux élus, les C.A.S. se verront bientôt renforcés par la création de 3 nouveaux homologues sur le territoire francophone. C’est une bonne nouvelle qui répond aux besoins du terrain, mais face à une telle augmentation des « multi-problématiques », 9 institutions implantées sur tout le territoire francophone ne suffisent pas. C’est ici que la ténacité et la créativité des professionnels d’autres types de structures (comme les SAAE par exemple) viennent trouver toute leur importance. Le non-renvoi est un modèle pédagogique accessible, pour peu que l’on accepte de faire du lien un outil de travail, plus qu’un enjeu à mettre de côté au risque de mettre le cadre mal. Dans cette optique, le lien c’est le cadre.

Des liens thérapeutiques

Force est de constater que ces outils originaux tournent tous autour d’une même thématique : celle du lien. En 2012, l’équipe du C.A.S. « Le Tamaris » située à Bruxelles, avait d’ailleurs nommé son colloque organisé sur ce thème : « Quand le lien libère ». Une annonce chargée de sens et qui résume bien la logique du non-renvoi. Dans une société où seule la punition a un poids, une approche par le lien vient proposer d’autres possibles, plus proches et respectueux des jeunes que nous rencontrons. Par le non-renvoi, on « répare le lien par le lien ».

L.T. assistante en psychologie

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