Petites et grandes manipulations vécues par le travailleur social

Petites et grandes manipulations vécues par le travailleur social

Nous y sommes tous soumis et nous en sommes tous auteurs. Dans nos métiers, elles sont monnaie courante : les petites et grandes manipulations auxquelles nous sommes confrontés. Savoir les reconnaître et les déjouer est extrêmement important, non seulement pour travailler sereinement, mais aussi pour enrichir sa pratique professionnelle.

Ça n’a l’air de rien, mais entre l’usager qui tente, parfois par tous les moyens, de débloquer sa situation, la direction qui peut donner l’impression de jouer sur la loyauté pour obtenir plus de nous, le sentiment de culpabilité que l’on ressent à certains moments, en tant que travailleur social, on peut très vite se retrouver pris à son corps défendant dans des jeux manipulatoires. Les reconnaître, les comprendre et les déjouer permet une pratique professionnelle plus sereine et plus riche.

« Ce n’est pas ma faute » si je suis entraîné …

Nous les avons tous entendues : ces petites phrases insidieuses, ou nettement moins subtiles, qui nous entraînent, parfois sans que l’on s’en rende compte, dans une chorégraphie bien rodée. « Vous devez m’aider … » « Ce n’est pas de ma faute si … » « Je n’en peux rien, je n’ai pas le choix … » « Je n’en peux plus, je suis à bout de nerfs, il faut que je te parle tout de suite, sinon je vais pleurer … » « Je sais que j’ai raison ! Vous avez mal noté mon rendez-vous, vous êtes de mauvaise foi ! » « Tu as encore égaré cette farde ! C’est vraiment insupportable ! » … Parfois, nous les avons aussi prononcées. « Je sais que c’est difficile. Ne vous inquiétez pas, je vais vous aider. Vous pouvez m’appeler dès que vous avez besoin de moi » …

Dans un jeu psychologique

Ces petites phrases, et les positions qu’elles sous-tendent, peuvent nous entraîner dans un jeu psychologique : une série de messages cachés visant un point faible et aboutissant à un bénéfice caché pour le joueur. Evidemment, dans la plupart des cas, tout ceci est inconscient, mais leur caractère prévisible, répétitif et les messages véhiculés suscitent confusion mentale et émotionnelle et parasitent notre travail quotidien. Le principal jeu psychologique auquel nous sommes confrontés, en tant que travailleur social, est celui du triangle relationnel Sauveur - Persécuteur - Victime.

De rôles et non de personnes

Il s’agit ici de rôles que nous prenons, donc nous pouvons tous être tour à tour Sauveur, Persécuteur ou Victime. Point besoin non plus d’être trois pour dessiner ce triangle … Il suffit qu’une des deux parties lance une accroche et que l’autre y réponde pour que le jeu commence. Par exemple, si une personne vous dit « Je n’en peux plus, je suis à bout de nerf, il faut que je te parle tout de suite, sinon je vais pleurer » (position Victime) et que vous lui répondez « Pas de problème, viens, nous allons parler tout de suite et je vais t’aider », vous empruntez le rôle de Sauveur et entrez dans le triangle.

Sauveur, Persécuteur et Victime

Le Sauveur a une bonne intention, il est profondément convaincu qu’il doit agir, même si on ne lui a rien demandé. Il ne tient pas forcément compte de la demande réelle de la personne et se rend rapidement compte qu’il ne voulait pas aller si loin dans son aide. Il s’aperçoit qu’il a dépassé son cadre de travail, se retrouve avec des problèmes qui le dépassent, etc. De plus, la Victime ne lui témoigne aucune reconnaissance, ne suit pas ses conseils et se sent contrôlée. Elle poursuit bien souvent ses comportements destructeurs et le reproche au Sauveur qui peut continuer à mener son action au risque de s’épuiser et d’abandonner, devenant à son tour Victime. Le Sauveur peut également devenir Persécuteur en imposant des règles plus strictes, une surveillance accrue, etc.

Déjouer le triangle

Si ce triangle nous semble familier à tous, c’est parce qu’inévitablement, au quotidien, nous y entrons. La plupart du temps, nous parvenons à le déjouer et à en sortir, mais pas toujours. Dans le cadre professionnel du travailleur social, si on considère sa relation avec les usagers, les portes d’entrées les plus fréquentes sont celles de la Victime pour l’usager et du Sauveur pour le travailleur. Au risque de s’épuiser dans une relation au mieux stérile et au pire malsaine, apprenons à reconnaître les signes indiquant la venue de ces rôles, afin de ne pas en revêtir les costumes.

Faire émerger la demande

Avons-nous reçu une demande claire ? Avons-nous été formellement invités ? Avons-nous les compétences pour répondre à cette demande ? Quelle est notre part et quelle est celle de l’autre ? Autant de questions clés afin de déjouer le triangle. Une des clés pour sortir de ce triangle, ou mieux, ne pas y entrer, est de transformer la plainte en demande. Si nous n’avons pas reçu une demande claire, mais une plainte, posons des questions de clarification de la situation et demandons à la personne ce qu’elle attend de nous et ce qu’elle-même compte faire. Travaillons à formuler dûment un objectif en adéquation avec notre cadre de travail. Partant de là, la position de Victime est déjouée et celle de Sauveur n’émerge pas.

MF - travailleuse sociale



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