Travailleur social sous pression : gérer son stress

Travailleur social sous pression : gérer son stress

C’est le mal du siècle, voire même du millénaire : le stress, tueur silencieux qui affecte bien des travailleurs d’univers variés. Dans un précédent article, nous avons tenté de comprendre les mécanismes à l’œuvre lors d’une réaction de stress. Ici, nous allons essayer de dégager une série de stratégies à mettre en œuvre pour gérer ces situations. En effet, gérer son stress au travail n’est pas une mince affaire. Les travailleurs sociaux sont aussi concernés par cette problématique et, comme beaucoup, ils sont démunis.

[DOSSIER]

- Travailleur social sous pression : Comprendre le stress pour mieux le gérer
- Travailleur social sous pression : le stress que l’on s’inflige

Nous l’avons vu précédemment, le stress est un mécanisme naturel d’adaptation à une situation exigeante. C’est une réaction physiologique réflexe et stéréotypée prévue pour aider l’organisme à s’adapter à des situations de courtes durées. Le déclencheur, ou stresseur, peut être interne ou externe et plus ou moins intense. Certaines caractéristiques sont toutefois communes à des stresseurs dommageables pour l’organisme. Lorsque nous sommes soumis à ces stresseurs en particulier, nous pouvons finir par développer toute une série de troubles et maladies. Du coup, comment fait-on concrètement pour gérer ces stress et faire en sorte de s’en sortir sans dommages ?

- [A lire] Travailleur social sous pression : Comprendre le stress pour mieux le gérer

Accepter la réaction

La première chose à intégrer, c’est que ce mécanisme physiologique d’adaptation est apparu il y a des millions d’années et qu’il est profondément ancré dans notre code génétique. Dès lors, imaginer que l’on puisse le modifier est totalement illusoire. Notre société a radicalement changé depuis l’apparition des premiers hommes, mais les êtres humains qui la composent, eux, sont restés biologiquement peu ou prou identiques. Au lieu de lutter contre cette réaction, de l’ignorer, de la rationaliser, autant l’accepter, cela évitera de rajouter une dose de stress et de somatisation supplémentaire.

Eviter de ruminer et rester concentré

Lorsque le réflexe est déclenché, on ne peut que calmer le jeu. Donc, dès que l’on perçoit les signes physiques et émotionnels que l’on vit une situation stressante (décrits dans le précédent article), rendons-nous compte que notre corps s’adapte à une situation exigeante et que nous ne pouvons pas stopper la machine : c’est un réflexe, au même titre que la digestion ou la respiration. Ceci dit, évitons de renforcer et entretenir le mécanisme en ruminant et en amplifiant les choses, mais restons concentrés sur la tâche afin de sortir au plus vite de cette situation. Coup de chance, l’augmentation de notre métabolisme nous y aide ! En tout cas, le pire de tout, qui est à proscrire, est de se dire une phrase du style « Ça ne vaut pas la peine de se mettre dans tous ses états » : une telle pensée sous-entend que nous avons le contrôle sur notre réaction, or, ce n’est pas le cas. Ce genre de pensée est donc inutilement stressante …

Décharger la pression et se détendre

Le mécanisme physiologique d’adaptation que nous appelons aujourd’hui « stress » est apparu à une époque où les stresseurs auxquels nous étions soumis exigeaient souvent des réponses physiques : fuir, se battre, se mettre en sécurité, etc. Notre organisme nous prépare donc à de tels comportements. Une grande tension est mise en œuvre en interne et il est impératif d’extérioriser afin de permettre à notre organisme de se relâcher. Aujourd’hui, on ne va pas se battre avec son chef ou ses bénéficiaires (mais si on a envie de hurler ou de taper dans un mur, c’est physiologiquement normal) … Donc, si on peut, on s’éloigne, on fait quelques pas, on respire un bon coup, on s’isole pour « hurler silencieusement », etc. Si ce n’est pas possible, il faut impérativement décharger cette énergie après, idéalement le jour même, car la tension doit s’évacuer, sinon elle s’accumule et peut conduire à des troubles évoqués dans le précédent article. Après avoir évacué cette tension, en faisant du sport, en chantant, en marchant, par exemple, il faut permettre à notre organisme de se relâcher : dormir, se détendre, lire, prendre un bain, méditer, pratiquer l’auto-massage, etc.

Gérer l’accumulation de petits stress quotidiens

Ça, c’est lorsque nous sommes soumis à un stress violent et imprévisible. Que faire lorsqu’il s’agit de l’accumulation de toute une série de petites situations de stress, insignifiantes lorsqu’elles sont prises séparément, mais qui, cumulées, ont un certain poids ? C’est ce que nous vivons presque tous au travail : une certaine pression psychologique, une multitude de tâches à accomplir dans un délai relativement court, l’accumulation des frustrations de nos bénéficiaires, leur agressivité parfois, la lassitude exprimée de certains collègues, etc. Ces journées « normales » qui nous épuisent car elles présentent un niveau de stress élevé où tout réside dans l’accumulation. Pour permettre à notre organisme de fonctionner correctement, il nous faut lui accorder régulièrement du repos pour qu’il puisse recharger ses batteries, donc faire de petites pauses régulières et, au minimum, dès que le besoin s’en fait sentir. Evidemment, un rythme de vie sain aide : exercice physique, alimentation, sommeil, activités épanouissantes … : tout cela est important dans la construction et l’entretien d’une « base solide », qui nous permet de gérer au mieux ces journées.

Gérer les stresseurs externes

Les stresseurs peuvent être externes : bruit, foule, accumulation de tâches à accomplir, agressivité, etc. Chacun de nous y sera plus ou moins sensible. Aussi, il nous appartient d’identifier les stresseurs externes auxquels nous sommes le plus sensibles. À partir de ce constat, plusieurs possibilités s’offrent à nous : nous pouvons, si c’est possible, essayer d’éviter ces situations. Si ça ne l’est pas, nous pouvons verbaliser ce stress et tenter de trouver des solutions pour améliorer la situation. Nous pouvons aussi travailler sur notre sensibilité personnelle à ce stresseur. À un moment donné, il nous appartient aussi d’analyser sereinement notre environnement professionnel, afin de déterminer si le niveau de stress et de pression qu’il contient est, en soi, gérable. Si ce n’est pas le cas, il s’agit pour nous de déterminer si nous pouvons survivre à cette exposition … Pour ce faire, nous devons nous autoriser à ressentir nos émotions et sensations, les différencier, les nommer, en identifier la cause et nous autoriser à agir sur cette cause.

Quid des stresseurs internes

D’autres stresseurs sont internes, et ils sont d’autant plus difficiles à repérer. Ce sont nos « petites voix intérieures ». Le travailleur social y est particulièrement soumis, d’autant plus que, souvent, son environnement professionnel vient renforcer le discours de ces « petites voix ». Ces stresseurs internes et leur gestion feront l’objet d’un troisième article.

MF - travailleuse sociale



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