Avant les élections, l’assistant social trinque

Avant les élections, l'assistant social trinque

Un mandat politique communal a une durée de six ans, l’électeur décidant de la suite. Des changements parfois brutaux peuvent survenir, et engendrer de l’incompréhension, de la frustration, de la violence. L’assistant social sera en première ligne pour expliquer des mesures sur lesquelles il n’a aucune prise. Il sera aussi la victime collatérale des dérives électorales de certains.

Les prochaines élections communales se tiendront dans un peu moins de deux ans. À cette occasion, la politique du CPAS qui m’emploie pourrait prendre un virage à 180 degrés. En tant que travailleur social, je m’y suis préparé. En revanche, je ne m’attendais pas à ce que mon travail soit malmené par les péripéties d’une campagne électorale qui bat déjà son plein.

Le clientélisme au rendez-vous

Campagne oblige, certains partis politiques organisent des permanences pour que leurs concitoyens, électeurs potentiels, viennent leur faire part de toutes sortes de doléances. Lors de ces permanences, il est possible de rencontrer des élus locaux, dont des conseillers de l’action sociale. Campagne oblige, et c’est regrettable, il arrive à ces derniers de promettre monts et merveilles à des usagers du CPAS mécontents d’une décision qui leur a été annoncée dans leur dossier. C’est à ce moment-là que mon travail devient sensiblement compliqué.

L’assistant social marche sur des œufs

Exemple : je rencontre un usager qui me fait une demande d’aide sociale qui, pour des raisons d’équité, est malheureusement indéfendable. J’instruis son dossier et le présente, avec un refus motivé, au Comité Spécial du Service Social. Les élus qui y siègent lisent mon rapport ainsi que ma proposition de décision, débattent et décident de me suivre.

La personne est avertie de la décision négative. Mécontente, elle tente tous les recours légaux puis apprend l’existence des fameuses permanences politiques de certains partis. Elle se rend à l’une d’elle, y rencontre un conseiller de l’action sociale et lui expose sa déception. Le conseiller lui assure que si elle refait passer sa demande, elle sera acceptée. Il veillera, avec deux collègues élus, à ce que tout son parti vote en sa faveur.

La personne se représente à mon bureau. Elle exige que je refasse passer son dossier et souligne que mes « patrons » lui ont signifié qu’il serait accepté. Car oui, ce sont aussi ces élus qui donnent leur accord final à un engagement de personnel. Ils doivent d’ailleurs voter prochainement sur la prolongation de mon contrat.

Proposer un accord pour l’intervention sociale demandée est totalement contraire aux lignes de conduite de mon CPAS. Le faire sous le coup d’une pression politique est totalement contraire à mon éthique de travail. Je propose à nouveau un refus.

Tous les coups sont permis

Le Comité a suivi ma proposition. L’usager en a été informé avant moi, par le conseiller qu’il avait rencontré. Il lui a dit que les autres partis, dont celui du Président, avaient fait barrage. L’usager pense maintenant que c’est une affaire personnelle. Furieux, il est revenu me voir pour m’assurer que télévisions et radios allaient débarquer et dévoiler ce scandaleux complot – dont je fais forcément partie – au grand jour.

En temps normal, l’influence politique sur les affaires sociales d’une commune n’est pas perceptible outre-mesure. Mes collègues assistants sociaux et moi-même parvenons à composer avec ce système qui est avant tout une exigence démocratique. Mais en cette période où il est question de rivalités politiques, d’ambitions personnelles et de mauvais remakes d’House of Cards, il va surtout nous falloir éviter les balles perdues. L’exemple cité n’est malheureusement pas un cas isolé.

Elle va être longue, cette campagne.

M.A.

[A lire] :
- Une hiérarchie laxiste est inconfortable



Commentaires - 1 message
  • Ce qu'a fait ce conseiller est non seulement ignoble mais est aussi en contradiction totale avec le secret des délibérations auquel il est tenu. Ce comportement est passible de sanctions, je pense.

    bernadette schaeck vendredi 31 mars 2017 10:09

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