La France en avance sur la Belgique en matière d'autisme

La France en avance sur la Belgique en matière d'autisme

En ce qui concerne les personnes autistes, force est de constater que les efforts belges à leur intégration restent minimes. Ainsi, même si un Plan autisme transversal a été élaboré par les ministres en charge début 2016, il laisse les concernés plus que perplexes. La France, elle, semble nettement en avance en matière d’inclusion, avec des « classes d’auto-régulation ». Un article de Vousnousils.

En France depuis peu, et au Canada depuis 15 ans, un dispositif de scolarisation des enfants autistes est testé en primaire. L’idée : permettre à l’élève d’apprendre dans une classe ordinaire, tout en apprenant à "s’autoréguler" en parallèle.

Dans le Limousin, depuis 2016 et 2017, deux écoles pilotes expérimentent ARAMIS, un dispositif d’inclusion scolaire pour les enfants autistes. Ce système innovant repose sur la méthode des classes “d’autorégulation”, développée depuis 15 ans par Stéphane Beaulne, chercheur clinicien et professeur en psychologie à l’université de Nipissing (Ontario, Canada).

En quoi consiste votre modèle d’autorégulation comportementale en milieu scolaire ?

Afin d’accueillir l’enfant souffrant de troubles du spectre de l’autisme (TSA) en milieu scolaire “ordinaire”, ce système alterne la présence de l’élève entre une classe “normale” et un “sas émotionnel” (une classe d’autorégulation) – un créneau durant lequel il est coaché par un éducateur spécialisé et un enseignant, pour apprendre à gérer ses troubles émotionnels et ses comportements envahissants par lui-même, et retourner ensuite travailler avec les autres.

L’autorégulation fait partie du développement de l’enfant. L’idée est de mettre en place une méthodologie pour changer la pédagogie, et surtout d’outiller les jeunes autistes, afin de les rendre autonomes, pour développer leur inclusion. Traditionnellement, dans le monde de l’éducation, on prend en charge l’élève autiste en le faisant accompagner par un adulte. Or, l’on se rend compte que cet accompagnement le rend très dépendant par la suite : habitué à réguler ses émotions et ses comportements grâce aux autres, il ne prend pas d’initiatives, au détriment de son apprentissage. De là m’est venue l’idée de travailler l’autorégulation dès la maternelle.

Pendant la classe d’autorégulation, on travaille avec l’élève l’aspect social, mais aussi le cognitif et les émotions. Car les enfants autistes ont des émotions, comme tout le monde : c’est juste la façon de les exprimer qui est difficile pour eux. Voilà pourquoi l’idée est de leur donner des outils et de leur enseigner des comportements plus “adaptés”, afin de leur permettre de gérer leurs émotions, ainsi que la réalité d’une salle de classe ordinaire. Puis ils apprennent à s’auto-discipliner et à prendre des initiatives.

Dans votre système, les enseignants aussi sont formés à l’autorégulation…

Le fait d’apprendre à l’enfant autiste à gérer lui-même ses troubles lui permet de maîtriser les comportements envahissants qui l’empêchent d’étudier sereinement… et qui dérangent aussi ses enseignants. Les classes d’autorégulation fournissent aussi au prof des outils pédagogiques, des stratégies axées sur l’enseignement explicite. Ces stratégies conduisent l’élève vers une autonomie plus prononcée, et vers un détachement de l’adulte, qui ne doit plus tout le temps s’assurer que l’enfant a compris.

Le coaching se fait tant pour l’enfant que pour l’adulte : le professeur (mais aussi plus globalement tous les intervenants travaillant auprès de l’élève autiste) est ainsi accompagné et formé (par moi, puis par d’autres enseignants devenus des personnes ressources) pour utiliser une pédagogie répondant aux besoins de l’enfant. Le but étant qu’à terme, les enseignants puissent prendre les choses en main, sans avoir besoin de faire appel à des éducateurs spécialisés. On voit en tout cas, dès maintenant, des changements dans les pratiques des profs et dans la dynamique qu’ils développent avec chaque élève.

Le bilan des classes d’autorégulation est-il positif, en terme d’inclusion ?

Au Canada, dans la trentaine d’écoles que j’accompagne, mais aussi dans les établissements qui expérimentent ARAMIS en France, les élèves accompagnés sont désormais complètement autonomes – à l’origine, ils étaient scolarisés par intermittence, mais aujourd’hui, ils sont en salle de classe tous les jours. Ils ont développé des habiletés qui les aident à s’auto-contrôler et à prendre des initiatives. Leurs progrès scolaires sont importants.

Dans l’école de Saint-Germain-les-Vergnes en Corrèze, où ARAMIS entre dans sa troisième année, il y a aussi un réel changement de paradigme, chez tous les enseignants, dans leur approche et leur ouverture, vis-à-vis des élèves autistes. Au départ, il y avait chez eux une certaine crainte, mais aujourd’hui, ils sont beaucoup plus compréhensifs et sensibles à leurs besoins. Avec l’ensemble des personnels d’établissement, ils ont une perception différente de l’enfant autiste.

On voit aussi une diminution importante des comportements agressifs. Les élèves, même ceux qui ne souffrent pas de TSA, sont en règle générale plus calmes, et plus tolérants. Socialement, les élèves autistes ne sont plus à part, mais font désormais partie du groupe – ce qui est la définition de l’inclusion.

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[A lire]

- Autisme : où en est-on ?
- Le Plan Autisme est un recueil de belles intentions
- Un Plan transversal autisme : un (premier) pas vers l’inclusion ?



Commentaires - 2 messages
  • Forcer de constater que rien de concret n'est mis en place par les pouvoirs publiques, que les bulles d'intégration qu'on voit naître viennent toujours de l'initiative de parents, d'écoles ordinaire en partenariat avec des écoles spécialisés. Forcer de constater que l'un des professeur Québécois que j'avais entendu à Mons pour les 25 ans du SUSA avait raison, la Belgique et particulièrement la Wallonie n'est pas culturellement adaptée pour gérer la différence, et c'est bien triste. Signé la maman d'une petite autiste de 7 ans

    Tchounette vendredi 5 janvier 2018 12:11
  • Je pense qu'avant d'affirmer des choses, il faut que vous vérifiiez vos sources.

    1) ce dispositif n'est qu'expérimental en France (une seule école), contrairement au Canada.
    2) cela fait très longtemps que des classes SASS existent en Belgique
    3) Expliquez donc pourquoi des milliers de petits autistes français viennent pour être scolarisés chez nous. La Belgique est loin d'être un paradis, mais à côté de l'enfer qu'est la France pour les autistes... bref !

    Je vous enjoins à trouver un dossier bien plus factuel sur la scolarisation des élèves avec autisme dans les pays francophones (France, Belgique, Québec, Suisse)... dans le N°150 d'ANAE revue à bientôt paraître (vers mi-janvier).

    Le peu d'avancées qu'a connues la France ces derniers temps, c'était dans le 3e plan autisme, avec les unités d'enseignement maternelle autisme directement copiées sur le modèle belge... Je suis très bien placée pour le savoir !

    luciolebrune samedi 6 janvier 2018 13:30

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