Les Services d’Accueil et d’Aide Educative passent-ils à côté de leurs objectifs ?

Les Services d'Accueil et d'Aide Educative passent-ils à côté de leurs objectifs ?

Les mineurs placés en SAAE (services d’accueil et d’aide éducative) ne sont pas inscrits dans des dispositifs leur permettant de rentrer dans la vie active avec les mêmes bagages que les autres jeunes citoyens de leur âge.

Les services d’hébergement SAAE (services d’accueil et d’aide éducative) ont, parmi leurs missions, celle d’accueillir des mineurs en danger. Ces mineurs (et leur famille) reçoivent un accompagnement censé permettre un retour en famille. A défaut, l’idée est de mettre en place un dispositif atténuant les souffrances et offrant autonomie et émancipation à des mineurs qui ne bénéficieront pas, plus tard, du même soutien familial que la majorité des jeunes adultes. Sauf qu’il semblerait que nombre de ces institutions passent à côté de leurs objectifs et que la pédagogie mise en place ne soit pas adaptée aux réalités des enfants et des jeunes placés.

De victime à coupable

Les enfants placés sont toujours des victimes (leurs parents ne sont pas forcément coupables ou bourreaux). Le placement lui-même est souvent vécu comme une injustice et comme une violence qui lui est infligée. Dans tous les cas, le mineur est en état d’insécurité et de souffrance. Ce qui entraine des attitudes de résistance et/ou des comportements à risque. Face à ceux-ci, les réponses institutionnelles finissent souvent (à plus ou moins long terme) par prendre la forme de sanctions considérées comme légitimes. Les SAAE ne proposent que rarement le pardon et l’appartenance inconditionnels (contrairement à la plupart des familles). Chaque acte posé s’accumule dans un dossier et l’étiquetage bon/mauvais élément se renforce un peu plus à chaque fois.

Conditionnement opérant

Récompense et sanction sont des leviers classiques de l’intervention en SAAE. « Si tu es sage tu iras en autonomie, si tu fugues le juge te mettra en IPPJ ». Les plus dociles se plient aux règles et prennent (en apparence au moins) les attitudes attendues. Les plus rebelles refusent de subir cette violence et explosent les cadres jusqu’à devenir « les méchants » qui « méritent » leurs sanctions. La loi, la bienveillance et la justice n’ont pas leurs places ici, l’évaluation des aptitudes et des compétences non plus. Il s’agit simplement d’appliquer une série de critères supposément représentatifs de la capacité à « s’en sortir seul après ». Ceux qui se comportent selon les codes admis sont de bons éléments, les autres sont considérés comme « peines perdues. »

Inégalités du départ à l’arrivée

Par nature, les SAAE renforcent les inégalités. De facto, le jeune est placé car il est considéré comme étant en danger, il ne bénéficie donc pas d’un milieu de vie apaisé, sécurisant et épanouissant. Chaque étape du processus de placement jusqu’à la majorité est inégalitaire. C’est une réalité qui n’est pas de la responsabilité des travailleurs ou des institutions, mais la nier ou l’ignorer c’est devenir acteur d’inégalités supplémentaires et c’est empêcher la mise en place de stratégies de réduction de ces inégalités.

Aptitudes et compétences

Un mineur placé jusqu’à sa majorité devra être autonome à 18 ans. C’est rare chez les jeunes adultes ayant grandi dans des milieux favorables, bienveillants et soutenants. Il est illusoire d’espérer qu’un jeune placé puisse être suffisamment outillé à sa sortie du circuit d’aide. Les jeunes n’ont que peu d’exemples sur lesquels s’appuyer. Ils n’évoluent pas dans un cadre qui favorise les apprentissages et la prise de responsabilité. Ni l’expérimentation et le droit à l’erreur. Dans ces conditions, il devient difficile d’acquérir les compétences et les aptitudes nécessaires à l’autonomie. Surtout lorsque ces préoccupations ne font pas partie d’un dispositif pédagogique adapté.

Perspectives

Tout d’abord, il n’est pas question de faire des généralités. Il est évident que certains dispositifs et projets pédagogiques permettent d’atténuer les inégalités, l’autonomisation et l’émancipation. En attendant, de nombreux travailleurs font des retours interpellant sur leurs réalités de terrain. Il est peut être temps d’innover dans les pratiques et de mettre en avant celles qui proposent des solutions alternatives aux projets pédagogiques habituels. Il serait peut-être utile d’avoir une vision collective, responsabilisante et bienveillante dans les SAAE.

Perceval Carteron, éducateur

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Commentaires - 4 messages
  • C'est vraiment bien d'accueillir les mineurs en danger.

    Papus jeudi 21 septembre 2017 13:02
  • Je trouve votre article trop "moche" (je ne trouve pas le mot adéquat).
    La réalité de terrain est tel que les problématiques des enfants évoluent. Celles des parents aussi.
    Or le budget accordé aux établissements de l'aide à la jeunesse sont laissé sans révision.
    S'adapter est l'essence de l'éducateur spécialisé. Encore faut-il que tout le contexte le permette. (institution, réalité de terrain, personnelle , etc...)

    Bregy jeudi 21 septembre 2017 20:06
  • Cher Bregy,

    je comprend votre réaction, l'article pose un constat "moche". D'un autre côté la problématique des mineurs en danger est "moche". Malheureusement, le travailleur intervient surtout trop tard et n'est aucunement responsable de cela.
    Cet article n'a pas pour but de dire "tout est nul, les travailleurs accentuent le système" mais plutôt de dire "le système ne fonctionne pas (ou insuffisamment) , il faut le dire et se pencher sur les possibilités d'actions.
    Comme je le dis je ne blâme pas les travailleurs pour cet état de fait, je les invite à ne pas s'en "satisfaire" (ici non plus le mot n'est pas bon).

    Cordialement,

    Perceval Carteron dimanche 24 septembre 2017 11:24
  • il serait intéressant de savoir combien l'institution reçoit et comment est gérer cet argent j'ai vu des gosses recevoir les berlingots les moins cher ou le principal composant après l'eau c'est le sucre

    Debergen jeudi 12 avril 2018 22:38

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