De la maternité au libéral : le parcours de Marie, sage-femme engagée
A l’occasion de la Journée Internationale des sages-femmes, le Guide Social est parti à la rencontre de l’une d’entre elles. Marie est sage-femme depuis pas loin de 30 ans. Si elle a d’abord exercé en maternité, il y a un peu moins de 10 ans, elle a choisi d’explorer une autre voie professionnelle et propose désormais ses services en libéral, offrant ainsi à ses patientes ce qui lui tient à cœur : un accompagnement global. Elle a ainsi fondé, en Haute Ardenne, un centre qui propose aux familles les services de plusieurs professionnels de santé.
Le Guide Social : Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire le métier de sage-femme ?
Marie : Un attrait pour la vie, la naissance. Je voulais accompagner des naissances. J’étais fascinée par cette période de la vie. Au tout début, je voulais même être vétérinaire ! Puis finalement, j’ai décidé de m’orienter vers le métier de sage-femme, car il me permettait d’accompagner les patientes durant cette période charnière et véritablement fascinante qu’est la naissance.
Le Guide Social : Vous avez d’abord travaillé une vingtaine d’années en maternité.
Marie : J’accompagnais les mamans durant leur accouchement et pendant leur séjour à l’hôpital. J’aimais d’ailleurs surtout cette période du suivi post-partum, et c’est ce qui m’a poussée à démarrer une activité indépendante, d’abord en complémentaire. J’ai commencé à suivre des mamans durant leur grossesse, pour la préparation à l’accouchement, et une fois de retour à la maison, en accompagnement à la parentalité. A un moment donné, j’ai dû faire un choix, car il m’était de plus en plus difficile de mener mes deux activités professionnelles. Il m’arrivait de faire la nuit à l’hôpital et d’aller voir mes patientes à domicile la journée. Ça n’aurait pas été tenable à long terme. J’ai décidé de m’établir en libéral afin de proposer ce qui me tenait à coeur : un accompagnement global des mamans et des familles.
Le Guide Social : Vous avez d’ailleurs ouvert un centre...
Marie : Oui, tout à fait. J’ai ouvert ce centre alors que j’étais encore salariée en maternité. En tant que sage-femme, on peut accompagner les mamans en préconceptionnel, jusqu’au premier anniversaire du bébé. Dans les faits, étant donné qu’en préconceptionnel, il n’y a pas d’intervention de l’INAMI, on a rarement des patientes qui débutent un suivi. Elles le font plutôt à l’annonce de la grossesse. Ceci dit, je voulais proposer un suivi global aux familles. Au sein du centre, il y a divers professionnels de la santé, aussi bien à destination des adultes que des enfants. Nous avons un médecin généraliste, des ostéopathes, une nutrithérapeute, une psychologue, une pédicure médicale et une acupunctrice. Les familles qui le désirent peuvent bénéficier de l’aide de tous ces professionnels, ce qui n’est pas rien, dans cette région un peu reculée, où il est de plus en plus compliqué d’avoir accès à un suivi médical.
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"Il est très difficile de gagner correctement sa vie en tant que sage-femme"
Le Guide Social : Vous faites partie des rares professionnels de la santé encore conventionnés…
Marie : Tout à fait, et j’y tiens ! Les soins de santé doivent rester accessibles financièrement à tous les patients. Ceci dit, je comprends celles et ceux qui se déconventionnent. Dans les faits, nous manquons cruellement de reconnaissance et, en étant conventionné, il est très difficile de gagner correctement sa vie en tant que sage-femme. Concrètement, tout dépend des nomenclatures, mais pour certaines consultations, nous recevons une cinquantaine d’euros. Sachant qu’entre les déplacements, pour lesquels nous ne sommes pas indemnisés, et le temps passé sur place, qui peut être conséquent, selon le suivi nécessaire, une consultation peut facilement durer entre 1h30 et 2h, le calcul est vite fait. L’INAMI doit revoir ses barèmes, on ne peut pas continuer comme ça.
Le Guide Social : Vous participez au programme des 1000 jours. De quoi s’agit-il ?
Marie : Le programme des 1000 jours démarre au moment de la conception jusqu’aux deux ans de l’enfant. L’objectif est d’accompagner au mieux les familles durant cette période cruciale du développement. Concrètement, en tant que sage-femme, il s’agit de dépister au mieux les vulnérabilités des femmes enceintes, leurs difficultés et de pouvoir les orienter, les renvoyer vers le réseau, vers les professionnels, mais aussi d’activer leurs ressources et réseau personnel. Ça nous permet de les accompagner sur une plus longue période et de les aider à démarrer sereinement.
Le Guide Social : En tant que sage-femme, vous êtes présentes dans la vie de la femme à un moment où elle est particulièrement vulnérable.
Marie : Oui, et c’est important de s’attarder là-dessus. La période de la grossesse et du post-partum est un moment de grande vulnérabilité pour la maman et donc, pour la famille. Je trouve essentiel que les mamans puissent être accompagnées par des professionnels ayant une solide base médicale. Dans mon approche, j’envisage le suivi d’un point de vue global, holistique, y compris grâce à des formes de médecine parallèle, comme l’ostéopathie ou l’acupuncture, mais cela me paraît essentiel qu’il y ait toujours une base médicale solide comme socle de ces compétences. Je trouve important de mettre en garde les mamans contre les personnes qui s’improvisent et s’autoproclament expertes sans être réellement formées.
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"Mon conseil aux futures sages-femmes ? De commencer par une expérience en maternité !"
Le Guide Social : Quel conseil donneriez-vous à une personne qui souhaite pratiquer le métier de sage-femme ?
Marie : De commencer par une expérience en maternité. Travailler en hôpital peut certes être très stressant. Il y a énormément de pression, ça confine parfois à de la violence et ça ne convient pas à tout le monde. La preuve : à un moment, ça ne m’a plus convenu et je suis partie. Par contre, certaines sages-femmes s’y épanouiront très bien. Il y a tous les profils : certaines sont plus techniques, d’autres plus dans le contact, etc. Mais au delà de ça, pour s’établir à son compte en tant que sage-femme, il faut une solide expérience et de la maturité. Travailler en maternité permet d’acquérir une première expérience, de forger des bases. Ensuite, pour travailler avec les patientes, il faut être bienveillant, disponible, à l’écoute. Respecter les choix des patientes aussi, cela me paraît essentiel. Au delà des modes et autres influences, ce qui compte, c’est leur choix, leur équilibre. Il faut qu’elles se sentent assez en confiance pour l’exprimer.
Le Guide Social : Travailler en libéral, ce n’est pas une autre forme de pression ?
Marie : Il y a la pression financière, bien sûr. Etre indépendante, c’est prendre tous les risques financiers, mais heureusement, je diversifie mes sources de revenus, notamment avec le centre. Une des grandes difficultés lorsqu’on est en libéral, c’est le suivi des patientes quand on veut prendre des congés. Heureusement, nous sommes très solidaires, avec mes consoeurs. Nous nous organisons entre nous pour le suivi des patientes en période de congé et nous savons que nous pouvons orienter les demandes que nous ne sommes pas en capacité de prendre en charge. Nous comptons les unes sur les autres, nous ne sommes pas isolées, c’est important de le dire.
Le Guide Social : Auriez-vous envie de dire un dernier mot ?
Marie : Je trouve qu’il est important d’être également à l’écoute de soi, de ses limites. Se respecter, pouvoir dire non, c’est essentiel pour tenir le coup dans ce métier, quelle que soit la manière dont on l’exerce.
Propos recueillis par MF - travailleuse sociale
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