Aide à la jeunesse : le Petit vélo jaune remet en selle les parents

Aide à la jeunesse: le Petit vélo jaune remet en selle les parents

Agir avant qu’il ne soit trop tard. Agir avant que l’enfant soit retiré du foyer familial et placé dans une institution de l’aide à jeunesse. Voici la mission de l’asbl le Petit vélo jaune, service de prévention et de soutien à la parentalité. Depuis sa création en 2013, l’association, qui fonctionne avec une grosse équipe de bénévoles, a déjà accompagné une centaine de familles. Portrait.

« Une rencontre m’a marquée. Avant de débuter ce projet, j’ai croisé la route d’une jeune maman mineure », se souvient Vinciane Gautier, assistante sociale et co-fondatrice de l’asbl. « Je me suis dit que c’était vraiment à ce moment précis qu’il fallait lui apporter une aide. Quand elle avait encore de l’énergie pour mener des projets. Il fallait agir avant qu’elle se décourage, avant que la situation devienne très, trop compliquée à gérer. Cette jeune femme n’avait pas de parent, pas de proche vers qui se tourner pour obtenir un soutien, un appui. Il y avait donc un risque qu’elle s’écroule... »

Ce scénario catastrophe, Vinciane Gautier et Isabelle Laurent, assistante psychologue et autre maman du projet l’ont trop souvent côtoyé sur le terrain. Ces deux professionnelles ont en effet roulé leur bosse dans le milieu de l’enfance et de la famille. Un parcours qui les a inévitablement amenées à croiser la route de parents plongés dans d’importants soucis qu’ils n’arrivaient plus à surmonter, d’enfants séparés de leur famille et placés dans une structure de l’aide à la jeunesse. Et toujours cette même question, qui traverse au moins une fois, durant leur carrière, l’esprit des travailleurs du secteur et dont les deux femmes n’ont évidemment pas échappé : et si j’avais aidé les parents davantage en amont, aurais-je pu éviter le placement de ces enfants ?

« Souvent ces familles extrêmement fragilisées n’ont pas de référent pour leur offrir un soutien, un appui, pour les aider à prendre du recul et à trouver des solutions », pointe Vinciane Gautier. « Ces aides concrètes dans le quotidien, fournies avant qu’il ne soit trop tard, auraient pu les aider à se remobiliser en tant que parents et ainsi éviter dans certains cas le placement. » Convaincues de l’importance de développer un service de proximité, désinstitutionnalisé à destination des parents en situation de précarité, de fragilité et/ou d’isolement, Vinciane Gautier et Isabelle Laurent sont donc passées à l’action. Le Petit vélo jaune était né et débutait son grand voyage en juillet 2013 ! Une grande première sur le sol de la Fédération Wallonie-Bruxelles ! « Des initiatives similaires existaient déjà en Flandre. Mais leur approche est généraliste. Nous, nous avons choisi de cibler un public : les futurs parents et les familles qui accueillent dans leur fratrie un enfant de moins de trois ans. »

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Faire équipe avec les parents

Un des rouages essentiels du Petit vélo jaune, géré par six coordinateurs, est son équipe de volontaires. Et pour cause : l’accompagnement offert par l’asbl, à Bruxelles et dans le Brabant wallon, est effectué uniquement par des bénévoles, appelés coéquipiers. Ces personnes se rendent chaque semaine au domicile des familles, si possible dès la naissance de l’enfant (ou déjà pendant la grossesse) et pendant un an minimum. A noter que chaque co-équipier accompagne une famille à la fois. « La démarche n’est pas pareille d’ouvrir sa porte à un professionnel ou à une figure de bon voisin. La création de liens ne se fait pas de la même manière », assure Vinciane Gautier. « Il y a moins d’enjeux, moins de jugements, moins de craintes. Dans ce contexte, il est plus facile de lever le voile sur ses difficultés. » La mission de ces bénévoles, comme leur nom l’indique, est de faire équipe avec les parents. De fonctionner ensemble. Pas question de prendre les rênes : les parents sont et doivent rester aux commandes.

Travailleurs, pensionnés ou encore étudiants, les bénévoles de l’asbl s’organisent avec les familles en fonction de leur agenda respectif. Les rencontres peuvent donc se faire en semaine, durant la journée mais aussi le soir ou le weekend. Il y a une vraie souplesse dans l’horaire. « Nous travaillons vraiment à donner vie au meilleur matching possible entre le bénévole et la famille. On regarde les affinités possibles, la présence géographique, le temps disponible… La dynamique n’est pas la même dans une famille avec trois enfants ou bien chez une maman seule avec un bébé », pointe Pascale Staquet, coordinatrice Bruxelles. Et de rajouter : « La famille doit évidemment être demandeuse de nos services. Elle doit absolument avoir envie d’ouvrir sa porte à notre bénévole et de l’accueillir dans son quotidien. La plupart du temps, elles font appel à nos services via des services envoyeurs. »

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Référent-duo, des anciens de l’aide à la jeunesse

Outre les coéquipiers, le Petit vélo jaune peut compter sur l’engagement d’une autre catégorie de bénévoles : les référents-duos. « La plupart sont des jeunes pensionnés », dévoile Pascale Staquet. « Certains ont d’abord été co-équipier. Une fonction qui leur a permis de développer des compétences essentielles pour cette fonction totalement différente. D’autres ont travaillé dans l’aide à la jeunesse. Ils ont ressenti le besoin de faire de la prévention plutôt que d’intervenir quand les dégâts sont faits. »

Les référents-duos prennent à chaque fois part à la première rencontre de la famille candidate en compagnie d’un des coordinateurs de l’asbl. « Lors de cette entrevue, on détermine leurs besoins. On leur montre une liste de 11 choses qu’on peut faire avec eux. Cette réunion nous permet de bien expliquer notre travail. Non, nous ne sommes pas des baby-sitters. Non, nous n’allons pas leur donner de l’argent, ni pouvoir répondre à toutes leurs demandes. Il est aussi important que les familles comprennent qu’on attend un engagement de leur part. Toutes les semaines, un rendez-vous sera en effet programmé avec le bénévole », décrit Vinciane Gautier.

Si la famille est partante, un coéquipier est désigné et présenté à la famille, en compagnie du référent-duo. Ce dernier devient alors une personne ressource, une oreille bienveillante pour l’acteur de terrain. « Chaque référent-duo encadre cinq ou six bénévoles. Il noue vraiment un contact privilégié avec chaque coéquipier qu’il accompagne. Tous les 3, 4 mois, chaque binôme a une réunion en tête à tête et ce même si les deux personnes se sont parlé au téléphone 25 fois. Ce moment de parole est incontournable. Les bénévoles ont besoin d’être dynamisés, valorisés, de continuer à garder du sens dans leur activité. Parfois, ils manquent de recul car ils ont le nez dans le guidon avec les parents. »

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L’asbl lance un SOS : besoin de mains fortes

Victime de son succès, le Petit vélo jaune est constamment à la recherche de nouveaux bénévoles et spécifiquement à Bruxelles. « Les coéquipiers sont encore faciles à trouver. On en recrute toutes les semaines ou presque. Par contre, les référents-duos sont une denrée rare », pointe la coordinatrice générale. « Si on trouve des coéquipiers en lançant des campagnes de recrutement, le fonctionnement est différent pour les référents-duos. Pour eux, la technique est surtout le bouche-à-oreille dans le secteur de l’aide à la jeunesse. Pourquoi ? Car cette fonction exige des prérequis. Nous cherchons des personnes avec une expérience professionnelle ou bénévole dans le secteur de la petite enfance et/ou du soutien à la parentalité. Nous leur demandons aussi d’avoir une bonne connaissance du réseau associatif et une posture de médiateur. Être référent-duo demande une implication de plus ou moins 8 heures par semaine. Il s’agit d’un poste à responsabilités. »

Vous correspondez au profil de coéquipier ou bien vous êtes un référent-duo né ? N’attendez plus : sprintez sur le site de l’asbl ! Vous y trouverez toutes les informations utiles sur le Petit vélo jaune. Mais, pourquoi avoir choisi ce nom, d’ailleurs ? « Pour véhiculer l’image d’un apprenti cycliste », répond, dans un grand sourire Vinciane Gautier, la coordinatrice générale de l’asbl.

Elle conclut : « Il n’y avait pas de meilleure image pour symboliser le type d’accompagnement que nous proposons aux familles. Il y a vraiment l’idée d’une personne en selle, qui a envie d’apprendre, d’acquérir des compétences. La première fois, elle a évidemment peur de se planter. Elle est face à de l’incertitude. Par contre, nous, nous n’avons pas besoin d’y aller à sa place. Nous sommes là pour la soutenir, la conseiller, lui dire qu’on l’aidera à se relever si elle tombe. Et un jour, elle osera se lancer seule et n’aura plus besoin de l’autre pour avancer. » Une bien belle image pour un bien beau projet…

E.V.



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