Une sage-femme face à la Covid-19 : "On doit faire face à une réticence des patientes"

Une sage-femme face à la Covid-19:

La pandémie a modifié, parfois profondément, les pratiques professionnelles des travailleurs de la santé et du social. Face à cette crise sanitaire qui s’éternise, il a fallu faire preuve d’adaptation, d’innovation, mais également de résilience. Alors que le coronavirus est entré dans nos vies depuis près d’un an, le Guide Social a décidé de revenir sur cette année mouvementée avec une série d’acteurs du secteur psycho-médico-social. Marialla Riolo, sage-femme à l’hôpital Erasme, nous livre son témoignage.

Marialla Riolo est sage-femme depuis 2009. Cela fait plus de dix années qu’elle pratique la profession. Dix années à aider les futurs parents. Dix années qu’elle rassure, soigne, écoute, les différents maux. Dix années qu’elle aide à mettre au monde. Pour elle, cela est plus qu’une vocation. C’est un véritable but, un accomplissement personnel.

« Dès le début de mes études secondaires, je savais que je voulais faire cela. Je savais que je serais sage-femme », déclare-t-elle.

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La pandémie

« De manière générale, le premier confinement fut compliqué dans notre service. Le fait d’être face à l’inconnu, même si l’hôpital a donné les moyens d’agir, rend les choses difficiles. Il y avait un effet de flottement, de brouillon sur comment agir. On était focalisé sur les services Coronavirus, sur les services d’urgence. C’est tout à fait compréhensible. Mais dans notre service, on ne savait pas trop quoi faire du coup. On a donc continué à travailler comme d’habitude en prenant des précautions et en avançant sans trop savoir comment. Par exemple, pour les femmes enceintes, on ne savait pas qu’on pouvait être porteur de la Covid-19 sans avoir de symptômes au début, et lorsqu’on a su cela, on a dû adapter nos pratiques. On a testé les patientes, on a créé des salles d’accouchements Covid. Petit à petit, on a commencé à prendre la mesure de la pandémie et à comprendre les différentes modalités du Covid-19 et à adapter notre précaution et nos gestes. Maintenant, tout est bien rodé, et c’est bien moins compliqué qu’au début. Du coup, lorsque la deuxième vague est arrivée, on savait déjà un peu plus comment y faire face. Cette nouvelle vague, elle était présente dans nos têtes dès l’été. Alors on y a fait face. On était plus apte. On a moins peur, on sait que nos collègues tombent l’une après l’autre, il faut prendre encore plus de soins et de précautions, même entre nous. »

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La pratique de sa profession

« Face à l’inconnu, on s’interroge. Maintenant qu’on sait que la Covid-19 touche également les jeunes, on fait plus attention entre nous. Globalement, ma pratique professionnelle n’a pas changé. C’est difficile d’en changer, même impossible. On est en contact, on doit rassurer, faire des interventions. La proximité est impossible à mettre de côté dans ma profession. Après bien sûr, au niveau de la vigilance et des précautions sanitaires, on se doit d’être intraitable. On doit aussi faire face à une réticence des patientes, à la peur d’attraper la Covid dans l’établissement. Il y a de plus en plus de recours aux sages-femmes à domicile. Il y a un deuxième point qui est mesurable. Le chiffre de natalité pour cette année est en baisse. Alors est-ce l’effet Covid ou une réflexion plus globale sur le monde qu’on laisse à nos enfants, je ne sais pas. »

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Descendre dans la rue

« Au niveau du traitement médiatique et politique, de manière générale il y a une peur qui est compréhensible. Mais il a toujours ce ‘deux poids deux mesures’ qui n’est pas compréhensible. On comprend, mais il n’y a pas d’équilibre. Les différents gérants, que ce soient des restaurateurs, des salles de spectacle, des cafés, ils mettent des choses en place pour travailler et ils ferment quand même. C’est grave je trouve. Les gens savent que la covid est encore là et qu’il faut faire attention. On n’est pas bête, on le sait pour la majorité d’entre nous. On demande juste un peu plus de…d’équilibre. Les mesures on les connaît maintenant on est adapté. Toute cette politique de la peur ça pousse à arrêter de les croire et de se faire confiance. Il faut être responsable. Aujourd’hui les choses se calment, on le sent. Il y a eu beaucoup de on dit avec les médias et ça sème les doutes sur le vaccin, c’est dommageable. Et puis, il y a aussi la question de notre reconnaissance. De la reconnaissance des travailleurs du secteur de la santé. Au début on a eu des applaudissements, de belles promesses. Mais encore une fois, il va falloir aller dans la rue pour obtenir cette reconnaissance. Un an après, on en est encore au même point pour ça. »

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Propos recueillis par B.T.



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