Hausse des agressions envers les soignants : deux plaintes par jour !

Hausse des agressions envers les soignants: deux plaintes par jour !

Le nombre d’agressions envers le personnel hospitalier a augmenté de 24 % en dix ans. En effet, les plaintes déposées auprès de la police se multiplient, d’année en année. Pour les soignants, cette explosion de l’agressivité est intimement liée à la surcharge de travail qui pèse sur le personnel. Interpellée en commission, la ministre Maggie De Block a rappelé les mesures prises par le Fédéral pour endiguer ce phénomène. Des arguments qui n’ont pas convaincu le député Patrick Prévot…

Le personnel hospitalier doit composer au quotidien avec l’agressivité des patients. Une situation qui ne va malheureusement pas en s’arrangeant... Que du contraire ! Ainsi, comme l’a relayé plusieurs médias en novembre dernier, les agressions visant les soignants sont de plus en plus légion : une augmentation de 24 % en dix ans ! Le nombre de plaintes déposées auprès de la police à la suite de violences physiques en hôpital ne cesse d’augmenter d’année en année. « Si 380 cas étaient recensés en 2000, nous sommes passés à 554 cas en 2008 pour atteindre le chiffre de 687 cas en 2018, ce qui fait près de 2 plaintes par jour pour agression physique », a alerté le député Patrick Prévot, en commission de la Santé et de l’Egalité des chances de la Chambre.

Pour le socialiste, la situation est d’autant plus interpellante que ces chiffres déjà bien élevés ne représentent que la partie visible de l’iceberg. Et pour cause : les professionnels de la santé seraient nombreux à ne pas entreprendre des démarches pour dénoncer ces agressions physiques. « Selon le personnel hospitalier, l’augmentation de l’agressivité est directement liée à la surcharge de travail du personnel », a-t-il rajouté, avant de rappeler : « Certains hôpitaux ont décidé de s’attaquer à ce problème en mettant en place des formations pour apprendre à désamorcer la violence ou en engageant des gardes supplémentaires dans les services d’urgence. » Reste que les moyens mis en place ne semblent pas être à la hauteur du phénomène observé dans les hôpitaux belges. Face à ce constat sans appel, Patrick Prévot a interpellé Maggie De Block, ministre fédérale de la Santé. Il lui a lancé : « Quelle est votre analyse face à ces chiffres interpellants et cette hausse des agressions dans le secteur hospitalier ? Comptez-vous prendre des mesures afin de diminuer le nombre d’agressions envers le personnel hospitalier ? Si oui, lesquelles ? »

Des agents de sécurité dès 2005

Pour la mandataire politique, les actes agressifs des patients envers le personnel, en particulier dans les services d’urgence, est une problématique qui n’est pas neuve. Par contre, elle a tenu à relativiser l’explosion des cas, dénoncée par le député : « Le fait que le nombre de plaintes augmente ne va pas nécessairement de pair avec une augmentation des faits d’agression. » Et de développer : « En effet, il est apparu, dans diverses études menées dans le passé en Belgique comme à l’étranger, que le personnel hospitalier avait tendance à ne pas toujours porter plainte en cas d’agression, comportement qui tend peut-être à se modifier. (…) J’ai déjà insisté auprès du personnel pour qu’il introduise une plainte à chaque fois qu’il est victime d’une agression. »

Maggie De Block a ensuite détaillé les mesures prises par le Fédéral pour diminuer le nombre d’agressions. Elle a ainsi rappelé que, dès 2005, des moyens financiers ont été octroyés aux hôpitaux afin de bénéficier de la présence d’agents de sécurité. « Depuis lors, le financement de ces emplois a été rendu structurel sur le plan du budget des hôpitaux. Actuellement, environ 18 millions d’euros y sont consacrés », a-t-elle noté. « Par ailleurs, depuis 2011, l’octroi d’un complément fonctionnel aux responsables des équipes infirmières est assorti d’une obligation de formation continue à raison de minimum huit heures par an. » Selon la ministre, une dizaine de demandes de reconnaissance de formations concerne directement la question de la gestion de la violence ou de la maîtrise de l’agressivité. « Il s’agit donc, par ce biais, d’accorder au personnel infirmier des moyens destinés à mieux gérer les situations d’agressivité par un comportement visant à apaiser les conflits naissants. »

Un lien entre les agressions et la surcharge de travail ?

Nombreux sont les soignants à pointer une corrélation évidente entre, d’une part, l’explosion des agressions et d’autre part la surcharge de travail qui frappe le personnel ainsi que le manque de temps dont il dispose pour écouter les patients. Sur ce point, Maggie De Block n’a pas souhaité s’appesantir, arguant qu’il s’agissait d’une thématique qui dépassait « amplement le cadre de la question, d’autant plus qu’il fait partie des travaux relatifs au Fonds blouses blanches. » Elle a tout de même pointé que « le renforcement du personnel dans les services hospitaliers ne permettra pas en soi de résoudre intégralement la question car, comme vous le savez certainement, différents cas d’agression constatés dans les services d’urgence n’entretiennent que peu de rapport avec la disponibilité du personnel. Pensons notamment à des patients qui se présentent sous l’influence de diverses substances : alcool ou stupéfiants. Les causes du problème relevé ne sont donc pas uniques. Cela justifie les différentes initiatives prises simultanément pour tenter de le résoudre. »

La ligne de défense avancée par Maggie De Block n’a visiblement pas convaincu le député socialiste Patrick Prévot. Il a tout d’abord pointé que les mesures mises en place pour réduire les agressions envers le personnel hospitalier n’étaient visiblement pas suffisantes, au vu de l’évolution des chiffres. Il est également revenu sur le lien entre surcharge de travail et augmentation des plaintes pour agression : « Je pense qu’il y a une véritable corrélation directe, puisque le personnel soignant travaille de plus en plus à flux tendu et n’a plus la possibilité de donner l’écoute qu’il souhaiterait aux patientes et aux patients. Cela peut mener à des conflits, jusqu’à des agressions. » Face à ce constat, le député a estimé qu’il était aussi indispensable qu’urgent de mener un refinancement ambitieux des soins de santé.

E.V.



Ajouter un commentaire à l'article





« Retour

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies.   J'accepte   En savoir plus