La CNE lance une grande enquête sur le harcèlement sexuel à l'hôpital

La CNE lance une grande enquête sur le harcèlement sexuel à l'hôpital

Le harcèlement sexuel n’est pas un phénomène isolé au sein de nos hôpitaux. Dans ce secteur, petit à petit, les langues commencent à se délier. Pourtant, la loi du silence règne toujours dans les couloirs… Pour briser les tabous, la CNE a lancé une vaste enquête, sous forme d’appel à témoignages. Il est grand temps de mettre les auteurs face à leurs responsabilités !

Il y a d’abord les mots. Les blagues grivoises, douteuses. Les allusions déplacées. Puis à la parole se mêlent parfois certains gestes inconvenants voire carrément des attouchements sexuels.

« Souvent, la victime se remet elle-même en question : ai-je bien compris ? Ai-je suscité cela ? Ne suis-je pas en train d’exagérer ? Puis, lorsque le malaise devient trop lourd, elle se demande : va-t-on me croire ? S’inquiète ensuite du regard des gens et des conséquences : que va-t-on penser de moi ? Vais-je perdre ma place ? Voire, culpabilise pour le harceleur lui-même : que risque-t-il ? Vais-je briser sa carrière et sa vie si je parle ? », note la CNE. Et de déplorer avec force : « Autant de freins qui empêchent les victimes de parler et de casser le cercle du harcèlement sexuel : isolées, fragilisées, dévalorisées, elles perdent confiance en elles et finissent par craquer, parfois même sans que leur propre entourage ne connaisse leur calvaire. »

- [A lire] : Harcèlement sexuel à l’hôpital : stop à la loi du silence !

Une double peine pour la victime

Pour le syndicat, les responsables hiérarchiques ont clairement une responsabilité face au fléau du harcèlement sexuel en milieu hospitalier. Pourtant, sur le terrain, le constat est amer : leurs réactions sont rarement à la hauteur des faits commis. Ils ont malheureusement une propension à dédramatiser les paroles ou les gestes déplacés, à ne pas prendre de sanctions lourdes à l’encontre des auteurs voire carrément à étouffer l’affaire, réduisant les victimes à un silence assourdissant. « De nombreux témoignages démontrent que le problème du harcèlement sexuel est très mal pris en charge dans le secteur », résume la CNE.

Et d’alerter : « D’autant plus que la réglementation en la matière est bien trop faible ou inadaptée. La procédure informelle, systématiquement privilégiée par les conseillers en prévention aspects psychosociaux, ne prévoit pas de protection contre le licenciement, l’employeur étant censé rester en-dehors du dossier. » Concrètement, on observe sur le terrain une gestion du phénomène qui se déroule la grande majorité du temps dans le cadre d’une conciliation ou qui se soldent uniquement par l’expression de quelques recommandations. Bref, autant dire, que les sanctions, dans ce milieu, ne vont jamais bien loin. Pire, c’est souvent la victime qui trinque ! En fait, la hiérarchie a tendance à régler le souci en sacrifiant la personne qui a été touchée par des agissements irrespectueux. Généralement, les supérieurs se contentent de changer la victime de service, une infirmière ou une secrétaire étant plus facilement transposable qu’un médecin spécialiste. L’auteur, lui, se fera seulement taper sur les doigts. Et basta.

- [A lire] : Quand l’hôpital se fout de la chasteté

Mesurer l’ampleur du phénomène

« Pour faire changer cette réglementation, nous devons dépasser les cas particuliers et intuitions, objectiver la situation au niveau du secteur », note le syndicat. « C’est pourquoi la CNE a décidé de lancer une large enquête auprès des travailleuses et travailleurs du secteur hospitalier. »

Que les victimes se rassurent : l’enquête est complètement anonyme. Son but est d’obtenir une vue d’ensemble du phénomène, pas de contacter les personnes qui auront eu le courage de raconter le calvaire vécu sur leur lieu de travail... Si vous êtes confrontée à une forme de harcèlement sexuel sur votre lieu de travail, la CNE vous invite vivement à contacter la ou le responsable CNE de votre région, qui pourra vous écouter, conseiller et accompagner :
- Bruxelles-Brabant wallon : Evelyne Magerat
- Namur-Luxembourg : Claire de Pryck
- Liège-Huy-Waremme-Eupen : Nicolas Cahay
- Mons-Tournai : Eric Caudron
- Charleroi-La Louvière : Julie Coumont

Contact : prenom.nom@acv-csc.be ou 067 88 91 91



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