Les éducateurs en milieu scolaire enfin reconnus à leur juste valeur

Les éducateurs en milieu scolaire enfin reconnus à leur juste valeur

Depuis le premier septembre, un arrêté reconnaît le rôle socio-éducatif primordial des éducateurs qui travaillent dans l’enseignement secondaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Sur le terrain, les principaux intéressés saluent cette avancée mais s’inquiètent de sa mise en pratique.

Cela faisait bien longtemps que les éducateurs, actifs dans le milieu de l’enseignement, attendaient que leur travail sur le terrain soit enfin reconnu au niveau légal. Un arrêté du Gouvernement de la Communauté française vient réparer cette injustice. Publié le 5 septembre dernier sur le Moniteur belge, ce texte de loi fixe le profil de la fonction d’éducateur dans l’enseignement secondaire de plein exercice et en alternance. Une jolie victoire pour toute une profession, lassée d’être injustement réduite à la figure du pion qui surveille les élèves et qui gère les jeunes turbulents !

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Un acteur pédagogique à part entière

Le statut des éducateurs dans l’enseignement avait déjà fait l’objet en 2016 d’un arrêté qui venait en définir les contours notamment avec l’obligation de posséder un bachelier d’éducateur spécialisé. Un an plus tard, la Fédération Wallonie-Bruxelles a organisé des groupes de discussion avec les professionnels du secteur qui ont fait part de leur énervement face à la non-reconnaissance de leur métier de la part des équipes scolaires et des institutions. Le manque de légitimité accordée à leurs compétences pédagogiques, l’absence de précisions institutionnelles quant à leur statut et le sous-effectif chronique subi sur le terrain constituaient les principales sources de frustration de ces éducateurs.

Mélanie Honay, éducatrice dans l’enseignement spécialisé depuis quatre ans, a participé au fameux groupe de travail. « Nous n’étions vus que comme des pions, des surveillants alors que nous sommes bien plus que cela », pointe-t-elle. « Nous sommes la première ligne, des médiateurs, des accompagnateurs. Nous sommes le lien avec les parents. Nous sommes formés pour la coordination de projet, pour la gestion du harcèlement. Néanmoins, de nombreuses directions préfèrent engager ou détacher des enseignants ou d’autres profils pour assumer ces missions. Il y a aussi parfois une vraie dévalorisation de notre diplôme, certains préférant engager des A2 via le programme de transition professionnelle plutôt que de compter sur des professionnels qui ont fait trois ans d’études. »

Autre constat : la perception du rôle de l’éducateur variait, parfois fortement, d’un établissement à l’autre. « Un éducateur, à Bruxelles, devait par exemple surveiller la place située devant l’école car elle était le théâtre de bagarres. Ce n’était clairement pas son rôle mais comme il n’y avait aucun fil conducteur, difficile de refuser », donne-t-elle comme exemple.

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L’appel à plus de moyens

Deux ans après la mise en place du groupe de travail, la demande de redéfinir de manière claire et cohérente leur statut se voit enfin réalisée. Le nouvel arrêté, rentré en vigueur le 1er septembre 2019, vient officialiser et sécuriser le rôle des éducateurs de l’enseignement secondaire de plein exercice et en alternance. La nouveauté du texte réside dans la distinction entre les missions administratives endossés par les éducateurs et celles socio-éducatives (enfin reconnues). Ainsi, en plus du suivi des dossiers administratifs (tel que les présences, absences ou retards), l’éducateur joue un rôle dans le développement pédagogique. En effet, il doit gérer les situations de conflit, instaurer un climat de confiance pour les élèves et servir de référents pour les différentes interactions entre le cadre scolaire et privé. Notons encore qu’il doit jouer un rôle actif dans la prévention de la violence et du harcèlement.

Alors, heureux les éducateurs ? « Avec ce texte de loi nous sommes face à une reconnaissance officielle. C’est une bonne démarche », analyse Maxence Louppe, éducateur dans l’enseignement secondaire spécialisé. Mais pas de quoi non plus sauter de joie… « C’est bien sur papier mais qu’en est-il des moyens pour assurer une mise en place correcte du projet ? Nous devons déjà jongler avec les réunions, avec la présence sur le terrain, avec les rendez-vous avec les parents ou les enseignants. »

De son côté, Mélanie Honay n’est pas satisfaite par la mesure prise par la Fédération Wallonie-Bruxelles, bien qu’elle salue l’effort de reconnaissance. « Il était plus que nécessaire de faire un profil de fonction. Nous étions lésés car toutes les autres professions en ont un. Cet arrêté représente donc une belle avancée pour le statut d’éducateur », note-t-elle avant de rajouter : « Mais ce n’est pas suffisant. Il faut que les directions changent leur regard sur la profession et surtout qu’il y ait davantage de moyens. Car c’est bien beau de lister tout ce que nous sommes capables de réaliser mais c’est encore mieux si on nous donne davantage de moyens pour effectuer toutes ces missions. »

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A.T. avec E.V.



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