Le progrès social : une question d’engagement

Le progrès social : une question d'engagement

Cette législature 2014-2019 arrive bientôt à son terme. Elle a vu se confronter deux conceptions du service public et de la concertation sociale. Ces deux visions ont eu des impacts sur le secteur du non marchand.

Le Gouvernement fédéral et le Gouvernement francophone bruxellois ont pris deux orientations différentes durant cette législature :

D’une part, les mesures adoptées par le Gouvernement fédéral visaient à plus de « compétitivité » et à davantage de « flexibilité ». Dans les faits, cela s’est traduit par une marchandisation et une baisse de la qualité des services publics, par des atteintes inédites et brutales à la liberté d’association (la réforme du Code des sociétés en est la parfaite illustration) ou encore par la dégradation de la qualité de l’emploi, notamment via le dispositif du travail semi-agoral (le fameux dossier des 500 euros défiscalisés).

D’autre part, le Gouvernement francophone bruxellois, dans son accord de majorité, « considère que les professionnels du non marchand jouent un rôle de premier rang dans le maintien du tissu social et considère comme particulièrement important de reconnaître et soutenir ces secteurs en tant que gisement d’emplois dont la valeur sociale ajoutée est incontestable. ».

Cette déclaration s’est concrétisée par de nombreuses actions : nouvelles compétences (promotion de la santé et fond d’impulsion à la politique des immigrés), réforme de nombreux décrets… et surtout, conclusion d’un accord non marchand ambitieux de onze millions d’euros, en collaboration avec les autres Gouvernements bruxellois. Ces mesures bénéficient toutes aux associations, à leurs travailleurs et, in fine, aux Bruxelloises et aux Bruxellois. Nous ne nous arrêterons pas là et sommes notamment bien décidés à progresser en matière de simplification administrative.

En tant que Ministre-Présidente du Gouvernement francophone bruxellois et comme Secrétaire d’Etat à la Région, je suis bien placée pour observer les effets de la complexité institutionnelle sur l’efficience du service aux citoyens bruxellois.

Cette complexité est un argument souvent invoqué par les partisans d’une simplification du paysage institutionnel et singulièrement d’une régionalisation des compétences de la Cocof.

J’ai cherché, pour ma part, à transcender cette complexité en établissant un dialogue avec toutes les composantes du secteur non marchand. C’est ainsi que la mise en place d’une concertation structurée et durable avec les représentants des employeurs et des travailleurs a abouti à l’accord non marchand 2018.

Cette logique de concertation peut sembler évidente, mais elle ne semble pas prévaloir à tous les niveaux de pouvoir. Je songe par exemple aux pensions. En tant que Secrétaire d’Etat bruxelloise en charge de la Fonction publique, j’ai contesté, dans un communiqué, la réforme menée par le Gouvernement fédéral. Sur le fond et sur la forme.

Sur le fond, la réforme menée est un recul et une mise en cause de droits sociaux pourtant précieux et chèrement acquis. L’heure est à la réflexion sur une meilleure répartition du temps de travail ; retarder l’âge légal à 67 ans va à l’encontre de ma vision du progrès social. On a pu en outre constater que l’allongement de la carrière s’accompagne d’une baisse de l’espérance de vie.

Sur la forme, inscrire d’emblée ces thématiques dans des enveloppes fermées revient à prendre le problème à l’envers et à nier la réalité et les besoins des travailleurs. La complexité du débat sur la pénibilité est l’illustration de ce problème de méthode.

Non, ce n’est pas ça le progrès. Le progrès, c’est avancer vers une nouvelle réduction de temps de travail ; le progrès, c’est réduire la pénibilité pour les travailleurs les plus âgés mais également leur fournir le temps nécessaire pour une meilleure qualité de vie ; le progrès, c’est assurer l’embauche compensatoire de jeunes, partout où c’est possible.

Le progrès, c’est aussi reconnaître que cela a un coût et mon engagement politique est de me battre pour que des moyens soient dégagés pour faire de ce progrès une réalité !

Fadila LAANAN



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