Chronique d'un psy : "Vers une solidarité politique ?"

Chronique d'un psy:

Exceptionnellement confiné chez lui, T. Persons ressuscite les chroniques d’un psy. Aujourd’hui, il est question d’entraide.

Cette semaine, alors que le soleil belge joue avec les nerfs des confinés en brillant de mille feux, je me suis penché sur un concept qui n’est que trop familier dans le secteur des soins de santé : la solidarité.

Voyez-vous, sur terre, on peut aisément trouver des gens portés par une envie d’aider l’autre, de le comprendre, d’être en empathie et d’œuvrer pour le bien de tous. Ces gens-là ne s’autoproclament pas sauveurs de la Nation, ils ne sont pas mus par le désir de s’enrichir, ils veulent juste assister ceux qui sont dans le besoin, apporter une pierre à l’édifice et vivre dans une collectivité où chacun peut s’épanouir tout en se disant que s’il devaient un jour se retrouver dans la position inverse, le même mécanisme opérerait…

Je vous vois déjà venir : « Non, mais il a bouffé de la licorne ? ». Certes, dans un monde où le repli sur soi est aussi régulé que les albums de Roch Voisine chantant Noël, on peut vite taxer les actions de solidarité d’actes de naïveté coordonnées par des illuminés sectaires qui vont laver leurs péchés à coup de concert des Enfoirés. Et pourtant… Dans le marasme ambiant actuel, je n’ai jamais vu autant d’initiatives citoyennes voir le jour. Comment l’explique-t-on ? Peut-on postuler que derrière ce cynisme, cet auto-centrisme et cette culture de la consommation, se cache une population avec un petit cœur qui bat à l’unisson ? Considérez-moi comme un cruchon de première, mais j’ai tendance à croire qu’en temps de crise, l’humanité copie les super-productions hollywoodiennes où – en dehors d’attendre que Bruce Willis se sacrifie pour sauver la terre – on s’épaule pour faire face à une catastrophe sur une bande originale larmoyante d’Aerosmith.

Ces élans, je les vois également se propager dans les professions de soin de santé. Que d’initiatives pour se porter volontaire, pour faire du bénévolat. Je vois des médecins qui ne se font pas payer, des kinés qui se mettent à disposition des hôpitaux, des psychologues faire des vidéo-consultations bénévoles. Bref, dans une société où l’on a vu le budget des soins de santé fondre comme la banquise en Antarctique, se rendre compte que ce qui fait notre force, c’est notre solidarité, ça a de quoi émouvoir.

Nos professions libérales centrées autour de la santé vont déguster

Ça m’émeut, puis, ça me met un peu en colère. Ces prochaines semaines, on s’attend à voir des hôpitaux saturés, des soignants fatigués et malades continuer, coûte que coûte. On peut également imaginer que nos professions libérales centrées autour de la santé vont déguster : les médecins, kinés, psychologues, infirmiers, sage-femmes, logopèdes, dentistes, ergothérapeutes, ostéopathe, pharmaciens… Bref, je vois des gens touchés, fragilisés financièrement qui, malgré tout, se sentent encore prêts à donner de leur personne… C’est beau, c’est nécessaire, mais c’est totalement injuste.

Le politique nous parle de budgets débloqués, de mesures exceptionnelles. Il invite la population à soutenir les soignants, à les applaudir. Concrètement, dans les tranchées, les indépendants œuvrant dans les soins de santé doivent se battre pour obtenir une indemnité. Ils devront se contenter du peu qu’on leur donne, se sentant un peu honteux, comme s’ils venaient mendier aux portes des cabinets ministériels. La première ligne est abandonnée et démunie alors que le spectre d’une arrivée massive de nouveaux patients fait peur et que les hôpitaux font appel à des dons privés…

En conclusion, cette semaine, je me suis dit que j’allais rejoindre cet élan de solidarité. Je ne le fais pas pour boucher un trou laissé vacant par nos politiques, ni parce que j’aime les films catastrophes ou parce que je me sens honteux de bénéficier d’une maigre indemnité en tant qu’indépendant. Non, je m’investis bénévolement parce que je suis un citoyen concerné, et j’engage les politiques à se considérer de la même manière, parce qu’à l’heure actuelle, ceux qui peuvent faire la différence, ce sont eux.

T. Persons

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