Le burnout du travailleur social

Le burnout du travailleur social

L’épuisement professionnel, plus connu sous l’appellation anglaise burnout, est une maladie de plus en plus diagnostiquée dans le monde du travail social. Sans prise en charge appropriée, elle aboutit à un sentiment de fatigue intense ainsi qu’à une perte de contrôle sur le travail à accomplir.

Au travers de mon expérience personnelle d’assistante sociale, je tente de décrire la problématique du burnout et de sa prise en charge via le monde professionnel. Caractérisées par un knock out total, les conséquences de cette maladie sont physiques, psychologiques, mais également financières. La reconstruction est lente et demande un temps de repos souvent accompagné d’une prise en charge thérapeutique.

Parler de son usure professionnelle

Je travaille dans le secteur de l’action sociale depuis très longtemps. Pourtant, après plus de 20 ans "de bons et loyaux services" je me suis retrouvée complètement épuisée, « grillée » en me demandant pourquoi cela n’allait plus du tout. Chaque matin, j’étais au bout avant même d’avoir commencé la journée. Et puis un jour, à force de … la corde s’est cassée ! Je ne me demande pas si j’aurais dû agir de façon différente, je sais que j’ai fait preuve d’adaptation et de résilience émotionnelle. Mais, effectuer un travail difficile dans un environnement stressant a eu raison de mon plaisir à effectuer ce travail. La guérison m’a pris du temps et de l’argent. Encore aujourd’hui, une certaine fragilité reste là, sans réponse institutionnelle.

Le quotidien du travail social

Chacun le sait, il est inévitable pour le travailleur social d’être confronté à l’anxiété, la peur, la tristesse, la colère ou l’impuissance face à une incapacité d’action. Ces sentiments peuvent amener l’agent social à un épuisement physique et émotionnel omniprésents. De plus, la politique des institutions est souvent guidée par des restrictions de budget. Il nous est demandé plus, dans des conditions moins qu’idéales.. Le manque de moyens financiers ou l’incapacité de remise en cause de la responsabilité de la hiérarchie justifient trop souvent le manque de soutien des professionnels sur la question de leur bien-être. Ainsi, l’absence de prise en compte par l’employeur de l’impact des traumatismes sur le bien-être personnel des travailleurs sociaux est interpellant.

La situation en Belgique

Le stress et le burn-out, provoqués par les conditions de travail, sont considérés comme des risques psychosociaux. Et les entreprises sont priées de mettre tout en œuvre pour prévenir ces nouvelles maladies. Les troubles psychiques représentent, en effet, la première cause d’invalidité et actuellement toutes les conditions sont réunies pour que le stress et le burn-out deviennent les maladies professionnelles du XXIe siècle. Mais leur reconnaissance présente un .enjeu important et les dirigeants sont frileux Si le burn-out est reconnu légalement et officiellement selon des critères bien précis, les travailleurs qui en souffrent recevront une allocation plus élevée que celle allouée par l’Inami.

Les employeurs sont-ils responsables ?

Ces problèmes de santé liés au travail sont une réalité que l’on ne peut plus ignorer. Tous les voyants sont au rouge. Les causes sont multiples et variées. Des conditions de travail de plus en plus flexibles, la barrière entre vie privée et vie professionnelle de plus en plus poreuse, l’allongement du temps de carrière… C’est, à l’heure actuelle, la réalité à laquelle sont confrontés les travailleurs sociaux. Pour ma part, il était devenu courant et normal de me téléphoner pendant mes congés…pour dépanner une collègue ! La médecine du travail n’est pas toujours informée, sensibilisée…De retour au boulot, être vue par la SPMT m’a été gentiment refusé : cela n’était pas nécessaire !

Perspectives

Prévenir c’est bien, mais ce n’est pas suffisant. Une demande pour la reconnaissance du stress et du burn-out par le Fonds des maladies professionnelles doit être examinée. Une chose est certaine, il faut en faire bien plus pour soutenir les professionnels du travail social. Ainsi, suite à un changement de direction, à un travail d’équipe en profondeur, à l’engagement d’une majorité du personnel de l’institution, j’ai pu expérimenter au sein de mon service la culture de l’écoute, de l’ouverture, de la non-culpabilité. Ce changement de stratégie, même s’il ne suffit pas a été le début de la perspective d’un nouveau départ professionnel.

I.I, assistante sociale

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