Le psy pour enfant, moins cher que le psy pour adulte !

Le psy pour enfant, moins cher que le psy pour adulte !

Dans ma pratique de thérapeute, je constate que beaucoup de psychologues pour enfants ont des honoraires inférieurs à ceux pratiqués par leurs confrères qui s’adressent aux adultes. N’est-il pas temps de rétablir un équilibre ? Cette démarche égalitaire se heurte à de nombreuses craintes, réticences, préjugés tant chez les thérapeutes que chez les parents des patients.

Décidant d’ouvrir d’ici peu ma consultation en tant que thérapeute individuelle pour enfants et adolescents, je questionne mon entourage professionnel sur les prix pratiqués par chacun. Très rapidement, je m’aperçois qu’il y a une réelle différence entre les honoraires demandés par les thérapeutes pour adultes et ceux pour enfants. Quelles peuvent-être les origines d’un tel hiatus ?

On ne paie pas pour que son enfant joue !

Le moyen d’expression privilégié de l’enfant réside souvent dans le jeu et dans le dessin. Il n’est pas rare qu’un parent me fasse remarquer, de manière d’ailleurs souvent peu agréable, que finalement je ne fais que jouer avec son enfant. Ces remarques disqualifiantes laissent à penser qu’il est difficile pour certains parents d’accepter de payer pour simplement permettre à leur enfant de jouer sous le regard bienveillant du thérapeute. Jouer n’est pourtant pas un acte anodin, dans certaines situations la relance de cette simple activité permet à l’enfant de redémarrer certains processus psychiques entravés jusque-là.

Plus facile de faire payer pour ce que le patient met à l’épreuve lui-même

Avec un patient adulte, il éprouve par lui-même les effets bénéfiques des séances de thérapie. Il vit par lui-même le transfert à l’égard de son thérapeute. Expérimenter soi- même le processus thérapeutique valide très certainement le prix de la consultation. En tant que parent, cette expérience est impossible. Le patient, c’est l’enfant, c’est donc lui qui vit le processus thérapeutique. Le parent ignore ce qui se vit en thérapie, il en voit éventuellement les effets bénéfiques sur la souffrance, la détresse ou les troubles du comportement de son enfant et ce, pas nécessairement de façon immédiate. Il est donc peut-être plus difficile de payer pour un processus dont on ne fait pas soi-même l’expérience et de facto, le thérapeute éprouve aussi des difficultés à se faire payer à sa juste valeur.

Un effet de mimétisme

Décider de nos honoraires n’est pas une démarche aisée. Dans le secteur du non-marchand, l’argent reste un sujet tabou. Afin de définir le coût de notre consultation, nous en passons très souvent par un questionnement auprès de nos confrères. Au terme de cette petite enquête, nous alignons nos honoraires sur les leurs. Cet effet de mimétisme ne permet bien entendu pas de rétablir un équilibre entre les honoraires des thérapeutes pour enfants et ceux pour adultes. Et ce d’autant plus que lorsque nous nous lancons dans cette nouvelle activité, nous ne nous sentons pas légitimes pour demander davantage que les thérapeutes déjà établis.

Etre convaincu(e) de ses compétences

A ce stade, j’ai l’intime conviction que je suis autorisée à aligner mes honoraires sur ceux pratiqués par mes collègues, thérapeutes pour adultes. Travailler avec un enfant ou un adolescent en souffrance peut permettre un remaniement psychique, un assouplissement des défenses et un mieux-être pour le patient, tout comme c’est le cas avec les adultes. Mon travail a tout son sens, mobilise toute mon attention. Etre présente aux jeux de l’enfant, à son imaginaire, comprendre ce qu’il me transmet avec les moyens d’expression qui sont les siens me demande beaucoup d’attention, de précautions et une grande disponibilité. Et même si le sujet de l’argent reste tabou, il me semble légitime qu’il n’y ait pas de distinction entre les coût des thérapies destinées aux enfants, aux adolescents et aux adultes.

V.B, psychologue clinicienne

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