Quand le CPAS s'appauvrit…

Quand le CPAS s'appauvrit...

En Belgique, le seuil de pauvreté pour un isolé en 2015 était de 1083 euros/mois. Le revenu d’intégration se situe en deçà de ce montant. Grâce à ce dernier filet de notre protection sociale, la société, par le biais du travailleur social qui la prend en charge, attend de la personne aidée qu’elle mette tout en oeuvre afin de la rendre autonome et responsable.

Sous le respect de certaines conditions, une personne isolée sans ressources peut prétendre auprès de son CPAS au revenu d’intégration. Le montant mensuel s’élève à 867.40 euros/ mois. Avec cette allocation, le travail de l’assistant social est d’assurer à la personne une vie conforme à la dignité humaine. Cependant, il doit également et surtout amener celle-ci à trouver sa "juste place" dans notre société. Si ces attentes sont sans nul doute légitimes, les perspectives réelles laissées au travailleur social pour y parvenir font parfois cruellement défaut.

Quand la pauvreté mène à la misère…

Il n’est facile pour personne de vivre financièrement et quotidiennement à flux tendus. Aussi, lorsque la mission confiée au travailleur social est d’amener l’usager vers une émancipation sociale, l’épuisement et le sentiment d’impuissance chez cet expert de l’humain peuvent être bien présents. En effet, comment stimuler les plus fragiles lorsqu’ils sont privés de presque tout ? Tel est pourtant le vécu pas toujours facile des assistants sociaux de CPAS.

Kit de survie des CPAS…

Pour accompagner la personne, le travailleur social dispose de différents outils, telles les aides sociales complémentaires. Colis alimentaires ou encore aide en chauffage fonctionnent, mais sont souvent insuffisantes, voire parfois inégales. En effet, d’un CPAS à un autre, les conditions d’octroi des différentes aides sociales varient en fonction des majorités politiques. Le travailleur doit alors batailler, argumenter son rapport d’enquête sociale auprès de son conseil de l’action sociale pour faire droit à l’octroi d’un minimum pour la personne. Dès lors, l’heure de la débrouille en travail social commence…

Quand l’indispensable est soumis à condition… Les contrats PIIS

Outre cette lutte contre la misère, le travail social consiste en la mobilisation des ressources de la personne. Les leviers utilisés par les professionnels sont l’insertion de chacun par le travail, la formation… le but étant le devenir du bénéficiaire en un individu socialement actif.

Pour ce faire, la nouvelle obligation de la signature d’un PIIS pour tous les bénéficiaires du RI contractualise les devoirs et obligations de chacun. Mais ici encore, c’est à l’assistant social, non seulement de concevoir, faire respecter et le cas échéant sanctionner ce projet d’intégration sociale. Pour le travailleur social, indépendamment que cette obligation de « signer un PIIS » n’a pas été assortie de moyens supplémentaires, il est parfois juste impossible à réaliser. La personne est tellement peu stabilisée, sans projet que l’octroi du revenu d’intégration remplit uniquement la fonction de « dernier filet social ».

Autre marchepied… le travail communautaire …

De plus, la réforme introduit également la possibilité pour le bénéficiaire de prester des heures de « travail communautaire » dans les CPAS. La tentation est donc de conclure un « contrat » PIIS obligeant l’usager à prester des heures gratuitement au bénéfice officiel de sa propre émancipation. Les conséquences sont profondes sur le travail des assistants sociaux car c’est à eux que revient la charge de travail supplémentaire. Suivi qui risque, de plus, à terme d’entrainer une dénaturation complète de leur travail.

Et pourtant…

Force est de constater que des expériences remarquables existent. Telle cette maman de 3 enfants, à la rue, sans aucune perspective qui via le revenu d’intégration puis l’article 60 et un travail d’accompagnement en logement d’insertion a pu réintégrer les bancs de notre société Comme quoi, finalement, l’instinct de survie peut être dispensateur de talent et le travail social être un vrai facteur de réussite.

Mais il n’est pas vain de répéter que ce type d’expériences demande énergie, motivation, moyens et reconnaissance dont le travailleur social manque parfois cruellement.

I.I , assistante sociale

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