Radicalisation, l'excuse à tout !

Radicalisation, l'excuse à tout !

Depuis l’attaque de Charlie hebdo et les attentats de Paris en 2015, les questions de radicalisation se sont invitées de force dans tous les débats. Ce sujet est devenu invasif, particulièrement dans le secteur jeunesse.

Depuis 2015, difficile de parler de jeunesse sans que quelqu’un finisse par parler de radicalisation. Entre les amalgames et la discrimination camouflée, on oublie souvent que le radicalisme n’est pas l’exclusivité de certaines cultures, ethnies ou croyances. De plus, les réponses qui sont apportées à des jeunes mal informés, manipulés, en pertes de repères ou provocateurs sont souvent elles-mêmes extrêmes et radicales. Alors que le débat critique nécessite prise de recul et sérénité, l’ambiance actuelle est à l’émotionnel et au clivage.

Interventions radicales

Au nom de la lutte contre la radicalisation, tout est devenu possible : la délation, les réactions disproportionnées, les préjugés et même la discrimination ou les lois anti-démocratiques. Il est devenu quasiment impossible d’avoir un discours public nuancé : « Si t’es pas avec nous, alors t’es contre nous », voilà la logique actuelle. Les travailleurs qui tenteront de relativiser et de prendre du recul risquent d’être accusés d’avoir un « discours dangereux » ou pire, d’être taxés de sympathisants. Ces discours binaires et ces réactions alarmistes viennent pirater les débats et rendent l’accompagnement et la prévention plus difficiles.

Le vrai travail se fait difficilement

Le vrai problème se situe au niveau de la citoyenneté, des identités, du sentiment d’injustice ou d’appartenance, des discours extrêmes non contredits et du manque d’informations fiables, neutres et plurielles. Les initiatives bienveillantes et englobantes restent rares et surtout trop discrètes. Les autorités veulent des résultats rapides et visibles, tout le contraire de la prévention. Lorsque l’Interfédérale des Centres de Jeunes (ICJ) propose des journées de réflexions et de partage d’outils sur les questions d’identités, de décryptage des médias et d’altérité, le relais est trop faible pour toucher largement les professionnels hors du secteur Centres de Jeunes.

La peur, l’arme absolue

Les autorités, les médias et l’imaginaire collectif créent de la peur. Les travailleurs sont mis sous pression, on les menace de les tenir pour responsables si un jeune avec qui ils ont travaillé se radicalise. L’ambiance de peur est tellement présente que certains travailleurs se mettent eux-mêmes la pression. Par exemple : Une jeune fille se convertit et c’est l’affolement des intervenants au point de susciter chez elle des réflexions qu’elle n’avait pas auparavant. Dans le même ordre d’idée : Un jeune homme tient des propos inacceptables. Plutôt que d’invalider le discours et d’y travailler, il est exclu définitivement entraînant avec lui ses amis et ne permettant plus la critique de son discours (qui, par contre, sera entretenu hors de la sphère publique). Ces réactions ne sont pas motivées par l’intérêt du jeune ou de ceux qui l’entourent, mais par la peur des travailleurs d’être mis en cause en cas d’actes criminels.

Experts autoproclamés

L’intégralité des services et des groupes de travail liés à la radicalisation ont leurs experts. Ils pullulent dans les ministères, les équipes de travail et les groupes de réflexion. Comme souvent avec le statut d’expert, on ne sait pas bien à quel titre ils le sont ni quelles compétences ils ont. La plupart sont démagogues et enchaînent les effets de style pour convaincre de l’importance de leur discours, mais surtout de leur légitimité. Le vrai problème c’est qu’ils sont écoutés et suivis. Le travailleur qui cherche à s’informer et se retrouve face à un expert autoproclamé va être mal informé et risque de prendre des décisions aux effets plus néfastes que bénéfiques. C’est sans compter le fait qu’ils discréditent les personnes pouvant amener un réel plus aux débats et aux réflexions.

Tout n’est pas perdu

Heureusement, de plus en plus de travailleurs refusent cette logique de peur et de surréactions. Le ministère de la culture invite celui de l’intérieur à ne pas appliquer le plan canal aux ASBL reconnues et inspectées par ses services. Des travailleurs de terrain et des chercheurs se mettent en action pour défendre un discours nuancé et constructif. Et des réflexions s’amorcent sur le sens de la radicalisation. Si l’on veut pouvoir prévenir efficacement, il faut refuser les discours alarmistes et les logiques manichéennes, il faut séparer distinctement prévention et répression. Enfin, il faut permettre les débats contradictoires dans l’espace public tout en refusant fermement toute forme de violence.

Perceval Carteron, éducateur.

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