Kinésithérapeutes : le point sur les gros dossiers qui touchent à la profession

Kinésithérapeutes : le point sur les gros dossiers qui touchent à la profession

Reconnaissance du métier, revalorisation du budget accordé à la profession, surcharge administrative au détriment de la pratique du terrain... Les chantiers sont nombreux pour les kinésithérapeutes de Belgique. Axxon, association professionnelle belge des kinésithérapeutes et l’Union des kinésithérapeutes de Belgique font le point sur les enjeux et les dossiers actuels qui préoccupent la profession.

- Notre rubrique "fiche métier" dédiée aux professions de la santé et du social

Connaissance et reconnaissance du métier : les deux sont liés

Le métier de kinésithérapeute souffre actuellement d’un manque de visibilité auprès du grand public comme des autorités. En effet, nombreuses sont les personnes, patients mais aussi membres du secteur médical, qui ne savent pas ou peu quelles sont les compétences des kinés et quels types de pathologies ils peuvent prendre en charge. ”Avant, tout le monde savait très bien : le kiné, c’est celui qui fait des massages et c’est celui qui fait promener les personnes âgées”, synthétise Fabienne Van Dooren, la directrice générale d’Axxon.

Depuis, le métier a fortement évolué et les diverses pratiques des kinés se sont multipliées mais cela ne veut pas dire qu’ils sont plus sollicités ou que les prises en charge sont plus efficaces. Pourquoi ? Parce que bien souvent, le nombre d’heures accordé ne correspond pas aux réels besoins du patient. L’exemple de la première vague du Covid l’a bien montré : de nombreux patients ont été fortement diminués et nécessitaient une rééducation longue. Cependant, la nomenclature des kinés ne prévoyait que 18 séances, un chiffre largement insuffisant selon Fabienne Van Dooren. Malgré les promesses faites par l’INAMI, rien n’a été fait en un an pour tenter d’apporter une solution. Et Fabienne Van Dooren d’ajouter : ”Notre métier est un super métier mais qui n’est vraiment pas reconnu à sa juste valeur”.

Et la liste des incohérences/dysfonctionnements ne s’arrête pas là. Face au vieillissement annoncé de l’ensemble de la population, les kinés vont être de plus en plus sollicités : “La gériatrie, c’est l’avenir de notre profession”. D’où l’importance de revaloriser et d’allonger les séances des kinés car 30 minutes ne permettent pas au kiné de fournir une expertise suffisamment poussée, sans parler de la durée des séances dans les maisons de repos qui est de 20 minutes. L’expertise des kinés est donc sous-estimée car on ne leur laisse que trop peu de temps pour que leur travail soit réellement efficace.

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Généraliser l’accès direct à la kinésithérapie

Aujourd’hui, un kinésithérapeute ne peut pas prendre en charge de patient sans prescription faite auprès d’un médecin. Dans d’autres pays (Pays-Bas, Canada...), les médecins sont moins regardants mais ce n’est pas le cas en Belgique, où une consultation chez un kiné ne peut se faire sans l’aval d’un médecin. “Ce qu’on veut vraiment bien mettre en exergue, c’est qu’on veut un accès direct à la kinésithérapie sous certaines conditions et en fonction de certains patients”, déclare la directrice générale d’Axxon.

L’idée est de permettre au kiné de prendre en charge certains patients plus facilement, par exemple des patients dont le kiné connaît déjà les antécédents, sans prescription. “Il n’est absolument pas dans notre idée de de devenir des “petits médecins”, ajoute-t-elle cependant. Les kinés réclament donc la possibilité de pouvoir renvoyer un patient chez le médecin dans le cas où la pathologie détectée ne relève pas de leurs moyens et de leurs compétences. Le sujet des réelles compétences propres aux kinés refait donc immanquablement surface.

L’entrée sur le marché du travail

Le niveau universitaire des études en kinésithérapie est très poussé : il y a ainsi la possibilité de choisir parmi de nombreuses spécialités, comme la thérapie manuelle, par exemple. Cependant, un kiné fraîchement diplômé doit maîtriser la kinésithérapie générale. Ainsi, il est difficile de travailler dans la spécialité qu’on a choisi car il y a moins d’opportunités.

- Lire aussi : Les kinés exigent un remboursement égal pour les patients

De plus, il n’y a pas de recensement en fonction des régions ; la répartition n’est pas connue ni des kinés ni des patients. Il n’est pas rare de trouver plusieurs kinés dans une même rue dans certaines villes, alors que les zones plus rurales manquent de personnel. Les kinés demandent donc de prendre en charge eux-mêmes la tâche de recenser les praticiens de la kinésithérapie pour identifier précisément leur répartition sur le territoire national et réduire des différences d’accès aux soins de kinésithérapie qui sont parfois flagrantes.

Revendication : simplification administrative

La nomenclature est très compliquée depuis une vingtaine d’années. Des pathologies comme les maladies chroniques demandent énormément de séances ; cela coûte très cher à la Sécurité sociale et se révèle inefficace en pratique. Aujourd’hui, ce phénomène est accentué avec le Covid et les confinements successifs : la présence des kinés sur le terrain diminue alors que les charges administratives se multiplient.

Didier Léva, administrateur de l’Union des kinésithérapeutes de Belgique, n’hésite pas à qualifier l’INAMI, chargé du remboursement des patients et du calcul des dépenses de “dictature administrative et technocratique” car il n’englobe pas toutes les professions, dont celle de kiné. Selon lui, les règlements imposés aux kinés ne correspondent pas à la réalité du terrain.

Le pouvoir des administrations est très puissant, il n’y a pas de volonté politique de répondre aux préoccupations des kinés, ce qui ne sert pas le patient. La profession a besoin d’un ordre fait par elle-même et pas par l’administration. Aujourd’hui, ce sont les politiques et les administratifs qui gèrent la régulation et “ça ne tourne pas rond”, conclut-il.



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