Journée-type d'une aide-soignante en maison de repos

04/03/20
Journée-type d'une aide-soignante en maison de repos

Comment se passe le quotidien d’une aide-soignante en maison de repos ?

Une aide-soignante en MRS, que nous nommerons « Solange », travaille depuis presque douze ans dans les maisons de repos de la commune de Liège. Elle partage son quotidien qu’elle tente chaque jour de mener à bien ainsi que ses opinions sur le travail qu’elle mène.

Missions du matin

Solange débute son service à 7h mais arrive toujours plus tôt. Le temps de se changer, de discuter avec l’équipe de nuit, de noter ses prises en charge, de se mettre en condition... Sa première tâche consiste à faire la toilette des résidents. « Certaines aides-soignantes préfèrent tel ou tel couloir car il est plus facile à gérer du côté du tempérament des résidents ». Un premier contact pour une aide-soignante peut engendrer des craintes d’une agression verbale ou physique. Solange effectue le nursing jusque 11h d’une... vingtaine de résidents. En faisant le compte, elle n’accorde que 10 à 15 minutes pour chaque résident. Beaucoup de résidents et de familles reprochent le mutisme et le comportement robotique du personnel soignant. « Malheureusement, nous n’avons pas le choix » ! Sa priorité se tourne vers les personnes dépendantes où il faut lever la personne, l’aider à se laver ou la laver complètement, l’habiller et l’installer à table pour le petit déjeuner. Sans oublier le transfert en chaise roulante pour ceux qui en sont détenteurs. Pour les cas plus lourds, Solange se doit d’être accompagnée. Mais Solange doit également penser à elle : son hydratation et les pauses-pipi. « C’est quasiment inhumain ! »

Sur le temps de midi...

La période du repas est tout aussi tumultueuse. Solange se transforme en assistante d’hôtellerie et entame le service des repas avec la consigne d’enchaîner. En cause, plusieurs raisons d’organisation. « L’équipe soignante est divisée en deux. Une partie du personnel est déjà en pause pendant que l’autre reste présente pour le repas. » En plus de servir, si un éducateur ou un logopède n’est pas présent, Solange doit donner à manger aux résidents avant de débarrasser. Ensuite, un second tour de change s’effectue. «  Faire tout ceci en une heure... c’est du Fort Boyard. » Mais Solange peut respirer car vient l’heure de la pause-déjeuner. Elle avoue que ce temps est souvent réservé aux plaisanteries et moqueries, pas toujours tourné vers les membres du personnel... « C’est notre manière de décompresser. Ce n’est pas bien, mais c’est notre moment à nous. Sinon, je pense que l’on partirait toutes en dépression. »

L’après-midi s’entame

Solange s’attelle à ses tâches en concertation avec ses collègues et le chef de service. Les animateurs ou éducateurs prennent la relève, ce qui permet un climat d’humeur plus calme. Des visites, des consultations, des déplacements extérieurs sont aussi au programme. Mais Solange veille car une mission importante entre en scène : l’hydratation des résidents. Une opération doublée de vigilance en période caniculaire. Certaines aides-soignantes profitent d’un temps de battement pour terminer ce qu’elles n’ont pas su faire en matinée : « nettoyer une chaise percée, ranger une gare-robe, refaire un lit, parfois même faire la toilette d’un résident... » L’après-midi se termine et l’équipe se relaie une nouvelle fois. Solange a terminé et peut enfin souffler jusqu’au prochain jour de travail. Comme ses horaires sont variables, Solange a parfois l’occasion de travailler en soirée.

Service du soir et de nuit

Lors de leur service, des aides-soignantes s’occupent des mises au lit pendant que d’autres s’occupent des repas de la salle à manger. « Les résidents à dépendance lourde demandent toute une préparation lors de la mise au lit, raison pour laquelle elle s’effectue avant que leur repas soit servi. » Les résidents autonomes s’occupent d’eux et se couchent sans aide extérieure. La soirée s’achève quand tous les résidents sont prêts pour le coucher et la nuit peut commencer. Lorsque l’équipe de nuit prend le relais, un silence s’installe jusqu’au bruit d’appel d’une sonnette. Les infirmiers sont surtout sollicités : ronde, prise de paramètres et interventions si nécessaire. Une promenade de santé... jusqu’au matin !

Le planning

Les horaires du personnel soignant sont construits pour lui permettre de « récupérer » entre deux périodes. Mais ceci est une base. Pour Solange, la situation d’enchaîner le travail plus de quatre jours est déjà arrivée. «  C’est par manque de personnel ». Si l’équipe est soudée, l’administration ne voit pas cela d’un très bon oeil. « Une aide-soignante que je connais est même venue en renfort un dimanche. La direction lui a reproché son initiative. Pas parce qu’elle avait pris une décision sans concertation, la chef de service ne travaillant pas les week-ends pour confirmer sa présence, mais parce que la maison allait devoir la payer plus vu qu’elle avait presté un jour férié... Un argument que la direction n’a pas voulu écouter, lui collant un blâme. »

L’espoir fait vivre

Solange cite qu’elle adore son métier mais que la fatigue et le moral à zéro sont les deux gros soucis dans les maisons de repos. Elle aimerait être davantage considérée comme une personne et non une machine. «  J’aimerais prendre du temps pour et avec les résidents. J’aimerais ouvrir doucement les rideaux le matin, leur dire bonjour et parler quelques minutes. J’aimerais pouvoir passer la savonnette avec des gestes relaxants et rassurants. J’aimerais demander au résident s’il a bien mangé et s’il en veut encore. J’aimerais rentrer chez moi en me disant : c’était une belle journée. Et ne pas avoir d’appréhension pour demain... »

L’éduc Touche-à-tout

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Commentaires - 1 message
  • Je suis infirmière en MRS et ce que dit Solange est vrai mais elle oublie de dire que en plus de cela, on doit changer des lits le matin et que faire le transfert du lit au fauteuil pour certains résidents est un travail douloureux pour nous car le résident a peur et tire dans l'autre sens, que l'on est seule pour faire ça car dans les équipes cela devient du chacun pour soit tellement il y a du travail, que la personne que l'on doit manipuler est parfois plus lourde que nous et ne nous aide pas. On se casse le dos et les épaules, c'est pareils pour nos pouces et poignets. Souvent les résidents ont des hématomes aux poignets aussi où au niveau des jambes... c'est triste pour eux comme pour nous.
    Elle oublie aussi de parler de ce qu'ils ont dans leurs assiettes pour manger, des panades agglomérées pour certains où la cuillère a dure à pénétrer, c'est immangeable, ça n'a pas de goût et quand on le dit plus haut, on nous dit , en gros, que ce ne sont pas nos affaires. Elle oublie de dire que en une heure on doit distribuer, couper la viande, donner à manger à deux, trois personnes qui ne savent pas du tout manger seule plus leur donner à boire et noter sur une feuille de boisson rarement à jour. Débarrasser tout, faire les changes et mettre les gens aux toilettes...descendre le chariot en cuisine tout cela en une heure et seule pour plus ou moins 20 résidents. Croyez-vous vraiment cela possible dans les règles de l'art ? Elle oublie peut-être aussi de dire que quand elle rentre chez elle, elle doit se coucher tellement elle a mal au dos et que parfois elle pleure en se disant qu'elle préférerait mourir que de finir comme cela. Les gens qui ont des diarrhées et qui restent dans leurs selles parce que la journée est finie et que cela sera pour la prochaine, des fesses tellement rouges que le sang perles à travers la peau. Mon métier me ronge de l'intérieur car ça devient de pire en pire et que quand vous osez dire quelque chose, on vous dit qu'il serait peut-être temps d'aller voire ailleurs.... Il ne fait pas beau pour un être humain d'être dépendant en maison de repos et de soins aujourd'hui. Deux choses comptent aujourd'hui pour les dirigeants des MRS , l'argent et le paraître. Les personnes en MRS meurent souvent de maltraitances psychologiques, (physique parce qu'ils sont mal soignés) et de perte d'espoir. Aujourd'hui je jette un pavé dans la mare parce que en plus de tout cela, les médecins aussi ont leur part de responsabilité, je n'irai pas plus loin... Le fait est que cela est de plus en plus dure de rentrer chez soit en paix.

    Carmen_rouge mercredi 2 février 2022 09:16

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