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« La montagne ne doit pas devenir un lieu de mort » : récit d’un bénévole auprès des migrants

29/01/26
« La montagne ne doit pas devenir un lieu de mort » : récit d'un bénévole auprès des migrants

À la frontière franco-italienne, au cœur des Alpes, des bénévoles de l’association Refuges Solidaires accueillent chaque jour des personnes exilées en transit. L’un des volontaires, venu de Belgique, raconte son engagement et le quotidien du refuge. Rencontre.

Actuellement, on estime qu’environ 28 millions de personnes à travers le monde sont en exil, une partie d’entre elles vivant dans des camps de personnes déplacées, d’autres tentant leur chance en migrant vers des destinations qu’elles espèrent plus clémentes. L’Union Européenne constitue une de ces destinations, et la problématique liée à l’accueil des migrants se retrouve régulièrement dans les sujets d’actualité.

Parmi les zones sensibles, la frontière franco-italienne voit de nombreuses personnes exilées passer d’un pays à l’autre dans des conditions pénibles, en traversant les cols alpins à plus de 1800 mètres d’altitude, été comme hiver. Elles arrivent dans la ville de Briançon, dans les Hautes-Alpes, où aucune solution publique de prise en charge ne leur est proposée.

C’est là que l’association Refuges Solidaires prend le relais. Créée en 2017, elle offre toute l’année aux personnes concernées un hébergement temporaire, le temps d’un répit qui permet de répondre à leurs besoins fondamentaux. De plus, Médecins du Monde et la Permanence d’accès aux soins de santé (PASS) de l’hôpital de Briançon organisent au quotidien une permanence médicale pour assurer l’accès aux soins et le suivi médical.

Et la nécessité d’un tel hébergement s’est faite d’autant plus criante en 2025, comme l’expliquait le site infomigrants.net en juin dernier : « À Oulx, en Italie, comme à Briançon, côté français, les refuges qui accueillent les migrants de part et d’autre des Alpes ont enregistré une forte hausse des arrivées au mois de mai, principalement des Érythréens et Éthiopiens. La préfecture des Hautes-Alpes confirme elle aussi cette augmentation (...) Quelque 1687 passages ont été recensés par le refuge Fraternita Massi d’Oulx au mois de mai, contre 369 en 2024 soit une augmentation de 357 % sur un an. En 2023, le refuge avait enregistré 876 arrivées à la même période. »

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Un travail salutaire

A Briançon, pour accomplir les nombreuses tâches quotidiennes, les Refuges Solidaires font appel à des bénévoles, logés et nourris dans des hébergements situés à côté du refuge, ou dans des appartements loués dans la vieille ville.

Parmi ces précieux collaborateurs, Christophe* vient de Belgique et s’est engagé comme bénévole pour la deuxième année consécutive. Il y passe toute la saison hivernale jusqu’au début du printemps. Ayant été actif dans l’aide aux sans-papiers à Bruxelles, il a toujours été sensibilisé par la problématique liée aux migrants : « Que ce soit dans la vallée de la Roya (également à la frontière franco-italienne, NDLR), dans la jungle de Calais ou ici à Briançon, ce sont des lieux où il y a beaucoup de travail à accomplir. Par ailleurs, j’étais curieux de découvrir comment les choses se passaient en montagne, dans un milieu naturel où les conditions hivernales peuvent rendre encore plus complexe la situation des migrants. En effectuant des recherches sur les collectifs militants et les ONG présentes, telles que Médecins du Monde, j’ai trouvé des informations sur les Refuges Solidaires, qui offrent la possibilité de s’impliquer en tant que bénévole au refuge ou de faire les maraudes, deux dynamiques complémentaires. »

Et le travail ne manque pas : « Un grand tableau dans le refuge nous indique les tâches quotidiennes à effectuer : nettoyage des espaces communs, des chambres, de la cuisine, s’occuper des poubelles, planifier les veilles de nuit… Mais aussi, évidemment, prendre en charge l’accueil des personnes et leur orientation pour la suite de leur parcours migratoire. Cette mission-là est réservée aux bénévoles séjournant sur le long terme, car cet aspect nécessite un savoir et un bagage théorique bien précis pour donner les bonnes informations. Les migrants passent quelques jours au refuge, le temps qu’ils puissent se poser un peu. »

D’autres activités peuvent être improvisées : « Sport en extérieur, activités artistiques, sorties au théâtre ou au cinéma… En plus d’être un lieu où plein de choses se déroulent, notre action se voit donc aussi alimentée en permanence de manière sportive, culturelle et intellectuelle. »

Les journées sont donc bien chargées, les bénévoles travaillant au minimum 6 heures par jour, avec toutefois 2 jours de congé imposés. Un repos bénéfique, qui leur permet de profiter du magnifique décor naturel dans lequel ils évoluent.

Des valeurs au service d’une mobilisation humaniste

Les Refuges Solidaires ont une existence légale et une bonne visibilité, leur site internet décrivant leur mission en détail. Or, leur activité est liée à un sujet sensible, compte tenu des lois en vigueur. Dès lors, les bénévoles doivent-ils surfer en permanence entre ce qui est légal et ce qui est à la limite du légal ? Christophe ne ressent pas les choses de cette manière : « Les activités du refuge n’ont rien d’illégal, même si individuellement, en tant qu’être humain, chacun peut établir une nuance entre ce qui est strictement légal et ce qu’il estime être juste. Les valeurs qui encadrent le refuge permettent de trouver le juste équilibre entre ces notions. »

Précisément, en termes de valeurs, Christophe précise que « le refuge propose de nombreuses formations et de moments de réflexion sur nos pratiques en tant que bénévoles, mais aussi en tant que personnes blanches avec des privilèges. Une attention toute particulière est également apportée aux violences sexistes ou sexuelles qui pourraient survenir entre bénévoles et/ou entre personnes exilées ».

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Mais au niveau des autorités locales, comment se passent les relations avec le refuge ? « Il y a une bonne entente, parce que ces autorités sont pleinement conscientes du rôle que nous jouons : en proposant un toit temporaire aux exilés, le temps de leur passage à Briançon, le refuge permet d’éviter que des dizaines de personnes doivent dormir dans la rue, sans aucun encadrement. »

Un autre aspect qui enthousiasme Christophe dans sa mission, c’est la mobilisation humaniste qu’il perçoit chez de nombreuses personnes résidant dans la région : « Ces dernières années, beaucoup d’entre elles se sont mobilisées pour que la montagne reste un lieu d’accueil et pas un lieu de mort. Cet aspect militant est assez actif par ici, et ce, chez des personnes de tous âges, dans une dynamique intergénérationnelle assez impressionnante. Cet aspect-là contribue à donner d’autant plus de sens à notre mission. »

Toute personne intéressée par une activité bénévole au sein des Refuges Solidaires peut trouver les informations pratiques sur le site de l’association.

Olivier Clinckart

(*prénom d’emprunt. Par souci de discrétion, notre témoin a souhaité rester anonyme)


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