Une hiérarchie laxiste est inconfortable

Une hiérarchie laxiste est inconfortable

Un cadre institutionnel fort permet la souplesse, l’exception n’est possible que grâce à la règle. À l’inverse, travailler sous une hiérarchie qui ne définit pas clairement ce qu’elle attend de vous est particulièrement gênant.

Mon service compte onze personnes, chef inclus. L’équipe est divisée en trois formations professionnelles distinctes, et différentes générations de travailleurs y sont représentées. Le novice du groupe est arrivé l’an dernier et le dinosaure affiche seize années de travail au compteur. Le chef de service est bienveillant, travailleur et créatif. Seul défaut assumé : un manque absolu de leadership. Depuis quelques mois, l’anarchie règne.

Le feu aux poudres

Il est logique qu’une équipe, de surcroît pluridisciplinaire, connaisse quelques tensions. De la vision du travail à l’organisation des congés, tout peut prêter à des désaccords. Pour régler ces derniers, mon responsable a toujours fait appel à la confiance qu’il place en nos compétences, notre conscience professionnelle et notre bonne volonté. C’est gratifiant, mais l’équilibre ainsi trouvé a toujours été fragile. Il y a un an, l’administration qui m’emploie a connu une véritable hécatombe chez ses hauts responsables. Trois d’entre eux attendent toujours d’être remplacés. Il a été demandé à mon chef d’assurer une partie de l’intérim. Quand il gérait dix personnes, ce n’était pas tous les jours faciles. Il est aujourd’hui à la tête d’une cinquantaine de collègues et mon service coule.

Emergence de conflits

L’équipe fonctionne donc sans commandement depuis plusieurs mois. La seule directive reçue fût la suivante : « Le service tourne car vous avez toujours été consciencieux. Restez-le. »

Dans ces conditions, il a suffi de quelques évènements pour que tout bascule. Telle collègue a été enceinte, tel autre malade pour plusieurs semaines, et toute l’organisation périclita. La débrouille et l’entraide furent de rigueur. Ce fût parfois inégal, certains aidèrent plus qu’ils ne furent aidés. Des frictions sont apparues, puis de l’aigreur. « C’est toujours la même chose ! Et le chef ne fait rien ! »

Un règlement d’ordre intérieur inappliqué

Sur ces ressentiments, dus au contexte, se sont développés des antagonismes plus profonds. Quand la hiérarchie fait défaut, et ce sur le long terme, le respect de règles communes s’amenuise. Pour certains, ne plus faire preuve d’égards quant à ces règles est une forme de protestation. Pour d’autres, c’est la manifestation d’une forte démotivation. Pour d’autres encore, c’est l’application stricte du règlement qui donne un sens à leur fonction. Ceux-là souffrent du comportement de leurs collègues, mais qui sont-ils pour les recadrer ? L’aigreur fait alors place à la rancœur et des camps se créent.

Absence de lignes de conduite

Parallèlement au fonctionnement interne, la pratique professionnelle elle-même pâtit de l’absence de responsable. Une loi change, une ordonnance ministérielle passe et aucune consigne n’est transmise en interne. Les sujets ne peuvent être abordés en réunions d’équipe : elles sont inexistantes. Les e-mails sont le seul canal de communication « efficace » : mon chef y répond une fois par mois. Aujourd’hui, nombreuses sont les situations où je ne sais pas quoi faire. Alors je ne fais rien.

Mon chef me dit qu’il est content de moi. Il ne sait pourtant pas ce que je fais de mes journées, et ce depuis des mois. Je prends congé quand bon me semble. Mon chef validera mes vacances trois mois après que je les aurai prises. C’est sympa. Un bon leader est souvent sympathique. Mais à l’inverse toute personne sympathique n’a malheureusement pas vocation à diriger.

M.A.

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