Animateur, un métier à valoriser

Animateur, un métier à valoriser

Souvent décriés et dévalorisés, les animateurs sont néanmoins au cœur de nombreux dispositifs. En effet, ils sont souvent la toute première ligne où se construit la relation entre les personnes et les projets. Dès lors, comment se fait-il que les animateurs soient souvent considérés comme des travailleurs de seconde zone ?

Trop souvent, j’entends des travailleurs se plaindre des animateurs, de leur manque d’investissement, de créativité, de profondeur pédagogique, etc. J’ai moi-même, en début de carrière cru qu’en tant qu’éducateur spécialisé, je faisais quelque chose de plus. J’ai fini par réaliser que je ne faisais pas quelque chose de plus, mais quelque chose d’autre. L’animateur touche à ce qui ne se dit pas, il travaille des compétences difficilement quantifiables, il est souvent le premier témoin du mal-être et des besoins des personnes avec qui il travaille. Comment se fait-il que ces travailleurs soient si mal considérés et leurs avis si peu sollicités ?

Un métier à part entière

L’animation est une porte d’entrée vers de nombreux objectifs, mais elle est aussi un moyen d’émancipation et d’épanouissement pour les personnes. Que ce soit pour l’acquisition ou l’exercice de techniques et de compétences, ou le développement personnel, l’animation est un moyen d’action qui a fait ses preuves. C’est aussi un outil formidable de sensibilisation, d’expression et de rencontre. Chaque discipline demande des techniques particulières en fonction du public, du cadre et des objectifs. Là où je me sers de l’animation comme outil ponctuel, l’animateur s’en sert comme une méthode de travail régulière sur laquelle repose toute son intervention.

Un métier aux infinies facettes

L’animation touche, selon les secteurs et selon les personnes concernées, des domaines excessivement variés. Le travail avec la petite enfance, les adolescents ou les adultes demande des approches très différentes. L’âge des personnes est facteur déterminant des techniques employées et des compétences nécessaires. Il en va de même selon les secteurs : les animateurs culturels, pédagogiques ou sociaux n’ont ni les mêmes cadres ni les mêmes objectifs. Les objectifs sont d’ailleurs un troisième point de multiplicité du travail d’animateur. Selon les objectifs recherchés, les animations seront construites pour ouvrir et faciliter le chemin vers le but espéré.

Difficultés à valoriser les actions

Je pense que la plus grande difficulté, avant tout pour les animateurs eux-mêmes, c’est de valoriser les moments d’animation, surtout lorsqu’ils touchent au divertissement. Il peut être difficile de lister et d’expliciter les différents bénéfices d’une animation. Cela demande un vrai temps de réflexion d’identifier et d’exposer la plus-value sociale, culturelle ou psychologique d’une sortie kayak, par exemple. Ce temps n’est pas souvent donné aux animateurs, sachant qu’ils sont des agents de terrain en permanence dans la pratique. D’autant que l’on attend d’eux d’être tout le temps en action et disponibles sur le terrain (encore plus que les éducateurs ou les assistants sociaux). Difficile dans ces conditions de réfléchir à sa pratique, de prendre le temps de l’évaluer et de l’affiner. L’exercice se complique encore plus quand il faut utiliser un champ lexical qui n’est pas le sien ou que l’on utilise peu.

Identifier les plus-values

La seule arme de l’animateur pour défendre son métier et valoriser ses actions, c’est d’identifier les plus-values de ses animations. Ce faisant, il rend compréhensible ce qui ne l’est pas de l’extérieur. Celui qui voit une animation de l’extérieur ne peut que difficilement prendre la pleine mesure de ce qui s’y joue. L’animateur à tout intérêt à pouvoir expliquer ce qu’il fait à ses collègues, particulièrement quand ceux-ci ne sont pas animateurs. De plus, cette identification permettra de mettre en avant des points à évaluer, d’éventuelles forces ou faiblesses, et permettra aussi de s’assurer que les objectifs sont bien au centre de l’action.

L’expérience à valoriser

Le métier d’animateur est un métier de pratique. Bien sûr, une formation est indispensable, mais c’est sur le terrain que l’animateur prendra la pleine mesure des attentes de son public et de son institution. C’est par la pratique qu’il affinera ses techniques et les rendra cohérentes avec le projet institutionnel. Le métier d’animateur n’est pas donné à tout le monde, même si l’accès y est aisé ; rares sont ceux qui restent dans le métier de longues années. Si le cadre s’y prête ils deviendront de vrais animateurs spécialisés, experts dans un domaine d’action avec un public défini. Encore faut-il leur laisser la place d’exprimer leur expertise dans un cadre de travail qui soit égalitaire et qui laisse, à chacun, la possibilité d’être entendu et de participer à la co-construction du projet.

La place de l’animateur, une question à se poser

Il est peut-être temps de remettre en question la place des animateurs (et des agents de terrain en général) au sein de nos institutions. Il faut permettre aux agents de terrain de s’exprimer et de participer à l’élaboration du projet. Cela doit se faire conjointement avec les travailleurs de seconde ligne, les chercheurs et les directions. Ces échanges ne peuvent plus se faire de manière (con)descendante. De plus, une telle organisation permettra aux animateurs de porter un regard sur leur pratique et de s’enrichir des connaissances de leurs collègues. Mais si l’on ne prend pas garde à mettre en place et maintenir une collaboration bienveillante, les animateurs continueront à s’essouffler dans des postes qui ne leur offrent ni perspectives de reconversion ni possibilités d’épanouissement.

CARTERON Perceval. Éducateur.

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Commentaires - 1 message
  • Bonjour, cet article me fait du bien car je viens de subir beaucoup de mépris de la part d'éducateurs au sein d'une Maison de quartier. Le rôle de l'animateur socioculturel que j'ai voulu défendre m'a valu bien des soucis professionnels.
    Merci pour cet article qui me réconforte.

    Jml lundi 3 avril 2017 14:09

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