Comment Saint-Luc a réduit sa pénurie infirmière : 10 actions qui font la différence
Comment continuer à recruter lorsque les infirmier·ère·s se font rares ? Aux Cliniques universitaires Saint-Luc, la réponse n’a pas été une mesure miracle mais une accumulation d’initiatives menées depuis plusieurs années. Résultat : les recrutements repartent, les lits restent ouverts et de nouveaux projets voient le jour. Retour sur dix actions qui pourraient inspirer d’autres hôpitaux confrontés à la pénurie.
Depuis six mois, les Cliniques universitaires Saint-Luc sortent la tête de l’eau. Il y a encore trois ans, il leur manquait 10 % de leur personnel infirmier, soit entre 100 et 120 soignants. « Aujourd’hui, on en cherche 40 car il y a eu des départs », observe Joëlle Durbecq, directrice du département infirmier. Surtout lorsqu’un poste s’ouvre, ce n’est pas une seule mais plusieurs candidatures qui arrivent, tant en interne qu’en externe. Résultat : un recrutement se fait en trois ou quatre mois, contre un an auparavant. « Pour nous, c’est une nouveauté », dit-elle.
La tendance s’est amorcée en 2025. « Nous sommes parvenus à engager davantage d’infirmières qu’avant, à ne plus fermer de lits. Et aujourd’hui, on peut même commencer à redéployer des activités », se réjouit-elle. La directrice tempère toutefois : « Le fait est qu’on ne saura pas inverser cette notion de pénurie. Alors la question c’est comment on fait avec, et pas contre. On ne veut pas regarder la vague nous passer au-dessus mais on veut essayer de surfer dessus ».
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Cette réflexion a été initiée dès 2017, après le passage des études infirmières en quatre ans. Puis, le Covid a tout accéléré. « La pandémie nous a obligés à sortir de ce que nous avions l’habitude de faire, à faire confiance au terrain qui avait des tas d’idées », se souvient Joëlle Durbecq. Surtout, « la crise a permis de remettre la lumière sur le métier d’infirmière en interne. Les médecins se sont rendu compte qu’ils ne savaient plus exercer parce qu’ils n’avaient pas les professionnels adéquats autour d’eux. Alors, tout l’hôpital s’est mobilisé. »
Au fil des années, les Cliniques universitaires Saint-Luc ont donc développé une série de mesures et de pratiques pour maintenir leurs équipes et renforcer leur attractivité. « C’est comme un puzzle. Au début, vous ne voyez pas tout ce que vous faites, mais vous êtes quand même en train de construire quelque chose », résume la directrice. Voici dix leviers qui ont contribué à renforcer l’attractivité de l’hôpital et qui pourraient inspirer d’autres établissements confrontés aux mêmes difficultés.
1. Les stages intégrés
Les actions mises en place par Saint-Luc commencent dès les stages des étudiants en soins infirmiers. Notamment, depuis 2025, l’hôpital propose des stages intégrés en quatrième année. Ces stages durent neuf semaines. Lors des deux premières, l’étudiant accompagne l’infirmière, puis les rôles sont inversés. L’étudiant est en première ligne avec le patient, et les professionnels l’accompagnent.
« Les étudiants apprennent beaucoup en matière d’organisation et d’autonomie. Cela prend plus de temps, demande plus de confiance et de lâcher prise, mais cela fonctionne très bien », détaille Joëlle Durbecq.
2. Se faire connaitre auprès des jeunes
Les Cliniques Saint-Luc ont également compris l’importance de communiquer. Surtout auprès des jeunes. « En tant qu’hôpital universitaire, nous avions tendance à croire que tout le monde savait tout de ce qui se passait ici », admet la directrice. Sans compter qu’au premier abord, « en tant qu’infirmière, ce n’est pas dans notre nature de faire du marketing ».
La mission a donc été confiée à une équipe qui met en scène les activités, les petites et grandes réussites et les moments festifs.
3. Accompagner les nouveaux arrivants
A Saint-Luc on en est conscient : être une grande institution peut être une faiblesse. Certains soignants préférant un environnement de travail plus familial. L’hôpital a donc investi dans les activités d’onboarding, soit le processus d’intégration. Cela passe par deux jours en dehors de l’équipe, pour découvrir la structure ; plusieurs semaines d’accompagnement sur le terrain ; puis une rencontre avec le Comité Exécutif, pour présenter les projets en cours et mieux se connaitre.
4. Former les soignants
Pour rester performant, il est important de se former tout au long de sa carrière. Les Cliniques universitaires Saint-Luc disposent d’« un catalogue de formations particulièrement apprécié », affirme Joëlle Durbecq. Celles-ci sont proposées dans divers domaines : des actes cliniques, sur la gestion de projet, sur le comportement, etc.
5. Accompagner le leadership des infirmières cadres
A Saint-Luc, les infirmières cheffes sont reconnues comme des ressources clé pour le reste de l’équipe. « C’est important qu’elles aient le leadership le plus adéquat pour les différentes générations, et certainement celle qui arrive », poursuit la directrice. Cela passe par des formations et par une amélioration de la qualité du feedback. « Aussi, à tous les niveaux les cadres supérieurs doivent rencontrer le terrain, observer, d’accompagner. C’est la norme chez nous. »
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6. Mettre à disposition des ressources matérielles
Face à la charge de travail, Saint-Luc a investi dans des ressources matérielles. En premier lieu, le dossier patient informatisé, qui permet d’avoir les informations mises à jour en direct. L’hôpital dispose également d’appareillages connectés. « Ces derniers facilitent le travail dans le sens que cela aide l’infirmière à prendre la bonne décision, plus rapidement, mais ça ne remplace pas leur cerveau », insiste Joëlle Durbecq.
Enfin, l’hôpital a développé le recours à l’intelligence artificielle. Par exemple, celle-ci aide dans des cas très complexes, ou encore pour faire des synthèses afin de connaître rapidement le patient sans devoir consulter des tas de dossiers.
7. Se centrer sur la qualité des soins
« Notre politique c’est que la qualité des soins doit être la préoccupation de tout le monde, pas seulement des infirmiers ou des médecins », reprend Joëlle Durbecq.
L’hôpital mise aussi sur une meilleure intégration du patient. « Nous sommes passés d’un milieu académique avec des professeurs médecins qui savaient ce qui était bien pour le patient, à une culture où le patient doit certes être informé, mais c’est lui qui choisit. Peu importe que ce soit contre l’avis du médecin, explique-t-elle. Les infirmières adorent ça ».
8. Offrir des avantages pour les travailleurs
Comme dans tous les lieux de travail, pour être attractif, un hôpital doit garantir des avantages. Au niveau du salaire, d’abord. « Avec les normes IFIC, toutes les structures offrent plus ou moins la même chose. Néanmoins, en tant qu’hôpital universitaire, on a des patients plus complexes, ce qui fait que, de temps en temps, nous pouvons offrir un salaire un peu plus élevé aux infirmières », détaille la cadre.
Parallèlement, Saint-Luc a récemment mis en place une couverture hospitalière pour les employés. Un nouveau « groupe ensemble » a également vu le jour. Constitué d’une dizaine de membres, son rôle est d’organiser des moments de rencontre. « Cela peut être un pot après le boulot, le marché de Noël, des défis sportifs, des concours pour gagner des cadeaux », énumère-t-elle.
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9. Remettre en avant la valeur du respect
L’une des actions des Cliniques universitaires Saint-Luc a été de faire revivre les valeurs de la structure. En tête : celle du respect. « Depuis un an, nous menons des campagnes à destination du personnel et des soignants », explique Joëlle Durbecq. Aussi, l’hôpital offre la possibilité de déclarer des situations et a renforcé le service de sécurité, formé pour désamorcer les tensions. Et lorsque cela va trop loin, des patients peuvent être transférer d’hôpital, ou interdit d’hospitalisation future.
10. Des locaux remis à neuf
Enfin, depuis un an, l’hôpital a deux nouveaux bâtiments flambant neufs : l’Institut psychiatrique et l’Institut pour le cancer. « Nous voyons l’effet sur les patients et sur les soignants. Il y a de l’espace pour soigner, les chambres sont confortables, tout est lumineux. C’est précieux de travailler dans ces conditions », assure Joëlle Durbecq. Le reste de l’hôpital est en construction et les travaux devraient être terminés d’ici quatre ou cinq ans.
Caroline Bordecq
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