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Anne, infirmière cheffe de service aux Hôpitaux Iris Sud : la passion intacte après 40 ans de carrière

Anne, infirmière cheffe de service aux Hôpitaux Iris Sud : la passion intacte après 40 ans de carrière

De ses débuts comme infirmière en pédiatrie à ses responsabilités actuelles d’infirmière cheffe de service aux Hôpitaux Iris Sud, Anne Regnier a accompagné plusieurs générations de soignants et vu évoluer le monde hospitalier. À l’heure où le secteur fait face à d’importants défis, elle partage son regard sur le métier, son évolution et la passion du soin qui continue de guider son parcours.

Le Guide Social : Pourquoi avoir choisi ce métier ?

Anne Regnier : Le choix de mon métier n’a pas nécessairement été une évidence. À 18 ans, j’étais curieuse de plein de choses, mais je proviens d’une famille où mes parents étaient actifs dans le domaine médical, ce qui m’a sans doute orientée en partie. Avec le recul, je pense que ce choix était surtout lié à mon désir de relation à l’autre, mon envie d’aider.

J’ai fait mes études de base à Brugmann, avec une spécialisation en pédiatrie à l’ULB. Mon parcours a fait que je n’ai pas arrêté de me former dans différents domaines. Actuellement, je suis infirmière cheffe de service, ce qui n’était pas forcément un but en soi au départ, l’idée pour moi étant d’avoir pu exercer mon métier par différents prismes. Ce qui m’a amenée à faire des compléments d’études, avec par exemple un Master en santé publique, qui m’a aidée à mieux comprendre le fonctionnement d’un hôpital et le domaine de la santé de manière plus large. J’ai pu également enseigner pendant un certain temps.

Le Guide Social : Comment vous est venue l’envie d’évoluer dans vos fonctions ?

Anne Regnier : La première partie de ma carrière a été orientée dans la pédiatrie, à l’Hôpital des enfants, où j’ai d’abord exercé comme infirmière et ensuite comme infirmière en chef. À un moment donné, j’ai eu envie d’un rôle un peu plus transversal, et je suis donc arrivée aux Hôpitaux Iris Sud il y a 15 ans, où j’ai eu la possibilité de décrocher ce rôle de cadre. Je suis alors sortie de ma zone de confort, car jusque-là, toute mon expérience avait été acquise en pédiatrie et je me suis retrouvée à encadrer des unités qui n’avaient rien à voir avec ce domaine : unité de chirurgie, quartier opératoire… Le défi était réel, mais avec le recul, je peux dire que j’ai toujours été très contente de tout ce que j’ai fait professionnellement.

"Le grand défi aujourd’hui réside dans la pénurie d’infirmières : comment donner envie de soigner ?"

Le Guide Social : Comment concevez-vous votre fonction actuelle ?

Anne Regnier : La volonté d’évoluer dans mes fonctions est liée au fait d’organiser, de parvenir à faire du bon travail avec tout un groupe de personnes. Diriger, à mes yeux, ce n’est pas imposer, mais savoir où on veut aller, être clair avec soi-même pour que les autres vous comprennent. Depuis 3 ans, la transversalité a été implémentée : je reste dans la même fonction, mais avec des pôles d’intérêt. Ainsi, un cadre s’occupe du pôle médecine et chirurgie, un autre plutôt du pôle mère-enfant… J’encadre les unités de médecine, de chirurgie et d’hospitalisation de jour et mon rôle est d’accompagner les infirmières en chef, car avoir une bonne infirmière en chef, c’est fondamental pour bien faire fonctionner tout un service.

Le Guide Social : De l’hôpital des années 1980 à celui d’aujourd’hui, le paysage a bien changé.

Anne Regnier : L’hôpital de 1986 n’est plus celui d’aujourd’hui. Mais certaines choses restent immuables : les patients sont toujours là, même s’ils ne sont pas non plus les mêmes par rapport à 1986, parce que la société a changé et qu’ils sont informés d’une autre manière qu’à l’époque. La relation entre le patient et le soignant est évidemment toujours là également, même si on est passé d’une attitude plutôt paternaliste avec les patients à ce qu’on appelle aujourd’hui le patient- partenaire, dans le sens où nous souhaitons qu’il soit lui-même acteur de sa santé, qu’il soit bien informé et qu’il nous donne son feedback, afin que nous puissions apporter des améliorations au sein de nos services.

De la même manière, l’infirmière d’autrefois était très subordonnée au médecin qui effectuait une série de tâches. La fonction de l’infirmière a aujourd’hui beaucoup changé, de même que le matériel et la technicité, ainsi que la manière de soigner certaines pathologies, ou encore la durée du séjour à l’hôpital. Enfin, dans la gestion même d’un hôpital, certaines fonctions sont apparues, comme par exemple des cellules de communication.

Lire aussi : « Bouillie » ou la vie après l’accident : le récit sans filtre de l’hôpital par Gaëlle Evrard

Le Guide Social : Avec de nouveaux défis à la clé ?

Anne Regnier : Le grand défi aujourd’hui réside dans la pénurie d’infirmières : comment donner envie de soigner ? Je pense que, parmi les diplômés actuels, un certain nombre d’entre eux sont davantage à la recherche de postes similaires au mien. Or, j’estime que l’aspect le plus stimulant dans ce métier, c’est le plaisir de soigner, qui constitue l’ADN de notre profession. C’est une mission au quotidien que de transmettre cette passion auprès des étudiants.

Parallèlement, on est amenés à recevoir davantage de formations, car nous sommes de plus en plus confrontés à des problèmes d’agressivité, de gestion de conflits…, toutes choses qui ne s’apprennent pas forcément pendant les études. En tant qu’infirmiers-cadres, nous avons également un HRBP (Human Ressource Business Partner) associé, apportant une vision RH très utile pour nous aider à évoluer dans notre fonction.

"Ce qui compte dans ma fonction de management ? Que mes chefs d’équipe soient valorisés ainsi que leurs équipes"

Le Guide Social : Comment gérez-vous les tensions éventuelles au sein des équipes ?

Anne Regnier : J’essaie de faire en sorte que mes chefs d’équipe soient assez outillés pour y faire face. Il n’y a pas de recette miracle, mais j’invite souvent tout simplement à écouter les gens. Et pour les écouter, il faut aussi adopter une posture qui donne envie aux autres de venir vous parler.

Nous savons que le paysage hospitalier va changer, certains services vont par exemple être amenés à déménager. Mon objectif est donc que mes équipes soient assez fortes pour composer avec ces changements. Confucius disait que pour atteindre une certaine sagesse, il y a la voie de la réflexion, celle de l’imitation et celle de l’expérimentation. Je crois fort en cette dernière, car il sera plus porteur pour une personne de vivre le changement de l’intérieur et le comprendre par elle-même. Ce qui compte dans ma fonction de management, c’est que chacun sache qui fait quoi et que mes chefs d’équipe soient valorisés, ainsi que leurs équipes, avec l’autonomisation qui va avec.

Le Guide Social : Certaines situations vous ont-elles particulièrement marquée pendant votre carrière ?

Anne Regnier : Il y en a plein, d’autant plus que, en pédiatrie, nous nous occupions d’enfants dont certains souffraient de pathologies très sérieuses, avec des diagnostics où nous savions parfois que l’espérance de vie de l’enfant n’était pas très longue. Ce sont des aventures humaines très fortes, et ça crée aussi un lien particulier entre les équipes de soin. Mais il y a aussi des expériences heureuses, où des enfants qui n’étaient pas censés s’en sortir parvenaient à guérir.

Prendre le temps d’écouter et de s’écouter et fondamental. Dans ma carrière, un des plus beaux compliments que j’ai reçu, toujours à l’époque où je travaillais en pédiatrie, c’est le jour où une famille au chevet d’un jeune patient m’a dit apprécier le calme ambiant dans le service, alors qu’en réalité celui-ci était bondé. Une infirmière doit pouvoir gérer ses émotions et son rapport au temps, en prenant le temps de montrer son empathie envers les patients et leurs proches.

Plus près de nous, la crise du Covid a été une expérience très particulière, avec le fait de vivre une pandémie. Une situation dramatique dans laquelle, paradoxalement, un élan positif a été généré, où tout le monde voulait atteindre le même but, sans distinction de hiérarchie, au profit d’une entraide plus globale. Et ce, même si les choses sont assez rapidement revenues à la normale après la pandémie.

"Je n’ai d’ailleurs pas encore vérifié en quelle année je pourrai prendrai ma retraite !"

Le Guide Social : Comment percevez-vous les jeunes générations d’infirmiers et d’infirmières aujourd’hui ? Sont-elles très différentes par rapport à il y a 40 ans ?

Anne Regnier : La formation est déjà différente, les études ont changé. Mais tout évolue. Dire que ce n’est plus comme avant n’est pas très productif. L’idée est plutôt de s’adapter aussi et de voir comment on peut manager avec une génération différente. Car notre défi, au-delà du fait d’attirer des jeunes soignants, c’est aussi de faire en sorte qu’ils restent. Il est important de dialoguer, pour bien faire comprendre aux étudiants que si on a une telle manière de procéder, c’est pour telle ou telle raison bien précise, afin d’éviter des conflits d’autorité.

Lire aussi : Infirmier·ère aujourd’hui, demain : quelles conditions pour durer ?

Le Guide Social : Comment envisagez-vous la dernière partie de votre carrière ?

Anne Regnier : Je vais avoir 58 ans. En théorie, j’imagine bien plein de choses que je pourrais faire une fois retraitée, mais c’est important pour moi de continuer à avoir du plaisir de faire ce que je fais, sans réfléchir au nombre d’années qu’il me reste à travailler. Je n’ai d’ailleurs pas encore vérifié en quelle année je pourrai prendrai ma retraite ! Je n’anticipe donc pas ce moment. Ce qui doit continuer à nous nourrir, c’est la relation avec le patient, et je souhaite que mes chefs d’équipe fassent vibrer cet aspect-là.

Il m’est déjà arrivé d’être à mon tour sur un lit d’hôpital, et j’ai été émue de voir tout ce que faisaient les soignants autour de moi. C’est un métier formidable dont ils ne se rendent pas forcément compte eux-mêmes. Quand j’étais infirmière en chef, j’avais l’habitude de dire merci à une infirmière ayant fait la nuit. La reconnaissance est un élément très important, peu importe notre place dans un organigramme. Dans une équipe, chaque personne compte.

Propos recueillis par O.C.


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