Aide et soins à domicile : "Que cette crise change nos conditions de travail"

Aide et soins à domicile:

Les infirmières à domicile et aides familiales ont reçu des masques de protection contre le coronavirus. Le soulagement est réel pour ces professionnelles qui, malgré tout, n’oublient pas leurs conditions de travail difficiles. Si elles respectent les mesures d’hygiène et tentent de rassurer leurs patients, elles espèrent aussi que cette crise ouvrira les yeux des autorités sur la nécessité de changer les choses.

« J’espère que cette crise fera prendre conscience aux gens des conditions de travail des infirmières. Elles sont très difficiles, puisque nous manquons de moyens et de personnel. Applaudir les professionnels de la santé à 20h ne va pas changer grand-chose. Nous espérons que cette crise changera nos conditions de travail. » Christine Hernalsteen, infirmière à domicile, lance un appel clair, lorsqu’on lui demande si elle veut faire passer un message.

Malgré tout, la situation s’améliore pour les professionnels de santé, qui ont pu recevoir des masques en fin de semaine dernière. Pour les infirmières à domicile, gants et gels hydroalcooliques font partie du quotidien. Christine Hernalsteen le confirme : « On en a à disposition toujours. Il nous manquait les masques. J’ai dû me rendre chez un patient avec un masque en tissu que j’avais confectionné moi-même. Mais la situation a évolué, nous avons reçu vendredi des masques simples. On en utilise un par tournée, soit un par demi-journée. »

Délaissées et abandonnées par les autorités

L’arrivée de masques a fait un bien fou à ces infirmières à domicile, tant pour elles que pour leurs patients. Lorsqu’on a la vocation de soigner des gens, travailler avec l’idée qu’on puisse les infecter est insupportable. Christine Hernalsteen avance : « Je me sens mieux depuis que nous avons les masques. Je ressentais un stress, avec la possibilité d’infecter quelqu’un contre ma volonté, malgré moi. Certaines collègues ont peur, elles évoluent dans des quartiers respectant moins le confinement et les mesures, donc le danger est plus grand. »

Mais ces protections arrivent tard. « Nous ne sommes pas considérées comme étant en première ligne. Donc on passe après. Nous sommes solidaires entre nous. Les personnes en congé proposent parfois leurs services, nous partageons le matériel à disposition et nous communiquons beaucoup. »

Solidarité et partage

Ce matériel, il se partage avec les aides familiales. Nina Debouck, aide familiale à Bruxelles, témoigne : « « L’état d’esprit est positif. On essaie de rassurer les usagers, de soulager leurs angoisses et de ne pas propager d’anxiété. Nous prenons plus de précautions. Nous ne voulons pas abandonner nos usagers. Avant d’entrer chez chaque patient, on enfile masque, gants et on se désinfecte les mains. Puis, après avoir quitté la maison, on enlève gants et masque, et on se désinfecte de nouveau les mains. Nous avons reçu les protections vendredi. C’est un soulagement, pour nous comme pour les patients. Nous avons de quoi tenir quelques jours, en espérant qu’on reçoive une livraison ensuite. Nous voulons nous protéger et protéger les bénéficiaires. »

Finalement, partout, le constat est le même : le personnel manque de moyens. Si la situation est en train de se résorber, notamment via l’arrivée de masques, cela ne résout pas tous les problèmes. Clément Deridder, pour L’ASD Bruxelles indique : « Nous proposons les services suivants : soins infirmiers, aide familiale, garde d’enfants malades, aide-ménagère sociale, aide à l’entretien ménager. Ces services sont impactés différemment par la crise sanitaire et le confinement. Il y a un écart entre ce que l’on demande aux prestataires de services (prestation de soins infirmiers par exemple) et les moyens dont nous disposons pour l’heure. »

Christine Hernalsteen conclut : « C’est surtout la logistique qui est plus difficile pour aider les patients. Certains sortent d’hôpitaux mais on ne nous fournit pas le matériel adéquat. Certains besoins en lits, fauteuils ou matériels de soins, comme des pansements, ne sont pas comblés. On est forcés de se débrouiller avec les moyens du bord. »

C.D.

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