ASBL Prospective Jeunesse : "Outiller les professionnels et les parents face aux assuétudes"

01/12/21
ASBL Prospective Jeunesse :

La question des assuétudes a été soulevée maintes fois depuis le début de la crise sanitaire et les lockdown qu’elle a engendrés. Plusieurs études le montrent, la consommation de drogues augmente. L’ASBL Prospective Jeunesse intervient dans ce champ depuis de nombreuses années avec un mot d’ordre : “Stop à la stigmatisation ! Place au dialogue.”

Déstigmatiser les usages

Prospective jeunesse est une ASBL de prévention des assuétudes dans le secteur de la toxicomanie et de la promotion de la santé. L’association poursuit trois missions : la sensibilisation, la formation et l’accompagnement auprès d’un public jeune, d’usager.ère.s mais aussi de professionnel.le.s. Le mot d’ordre derrière chaque action de l’équipe est la déstigmatisation des usages de substances et des écrans.

Véronique Decarpentrie, chargée de projets et formatrice, nous précise : “On travaille donc sur les représentations que la société véhicule et qui sont basées sur la peur, la stigmatisation... Déconstruire ces stéréotypes permet d’avoir des lunettes beaucoup plus vierges pour aborder la personne ou le groupe qu’on a en face de nous.

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La thématique spécifique des écrans

Quand on parle d’assuétudes, on imagine tout de suite la consommation de drogues. Cependant, depuis plusieurs années, un nouveau “produit” pose des problèmes de conduites addictives. Et pour le coup, ce produit concerne une immense majorité de la population qui en a toujours sur elle : les écrans.

Prospective Jeunesse a intégré cette nouvelle problématique dans sa réflexion, il y a quatre ans, face à l’augmentation des requêtes concernant ce sujet. Toujours dans une dynamique de déconstruction des stéréotypes et préjugés anxiogènes, l’ASBL “voulait sortir de la vision mélo-dramatique véhiculée par les médias, qui crée encore plus de tensions.”

Renforcer le contexte

Les activités de formations et d’accompagnement cherchent à résoudre des problématiques identifiées mais aussi à prévenir des éventuelles pratiques et usages à risques. Pour prévenir ces dernières, il faut comprendre dans quelles dynamiques elles s’inscrivent. Pour cela, l’ASBL utilise un modèle de consommation qui envisage trois variables : celle du produit et de l’effet recherché, celle de l’individu avec ses envies, ses attentes, son passé et ses vulnérabilités et enfin la variable du contexte dans lequel se trouve l’individu lors du choix de consommation ou non. C’est donc un contexte de vie mais aussi un ensemble d’acteur.rice.s disponibles ou non, à l’écoute ou on, outillé ou non.

Véronique Decarpentrie précise : “ Nous agissons principalement sur l’axe du contexte. Quand on travaille sur les représentations, la communication et finalement la bienveillance, on travaille sur comment renforcer ce contexte qui va favoriser ou non une bonne expérience avec le produit.”

Ce travail de prévention va au-delà des secteurs de la jeunesse, scolaire ou familial. Il concerne également une vision politique et juridique.

Ainsi Prospective jeunesse est “ engagée dans la campagne Stop loi 1921. L’objectif est de sortir de ce contexte de prohibition car elle ne le freine pas la consommation mais elle favorise de nombreuses situations problématiques.” En effet, la consommation de produits est pour beaucoup de jeunes une recherche d’apaisement ou d’identité. La jeune femme pointe : “ On se rend compte que pour les jeunes qui doivent suivre une thérapie pour devenir abstinent, la consommation est une tentative de solution, qui ne fonctionne pas toujours, mais cela montre que le problème est ailleurs comme un rejet du milieu scolaire ou familial.”

Mais un exemple est toujours plus parlant : “On avait un jeune qui commençait à développer des problèmes relationnels avec son père. Parallèlement, il a été rejeté du monde scolaire et il a commencé à consommer du cannabis. Sa famille le percevait alors comme le mauvais garçon, le contact était difficile. Quand il est venu ici, on a fait tout un travail de remise en lien avec ses parents par une écoute mutuelle. Mais le plus important a été notre travail sur l’image qu’il avait de lui-même. Il s’identifiait au milieu de délinquants mais considérait que tout ce qu’il faisait été de la merde. Il y avait donc une profonde blessure de l’image de lui-même. On a pu retravailler ça pour qu’il se sente mieux dans sa peau, ce qui lui a permis d’entendre certaines choses de ses parents qui eux aussi ont fait tout un travail pour poser un autre regard sur leur fils.”

Former pour une action pérenne

La problématique commune aux publics et produits sur lesquels se penche Prospective Jeunesse est la consommation.

Mais quand considère-t-on qu’une consommation est problématique ? L’ASBL met un point d’honneur à comprendre d’où part la demande qu’on leur adresse car c’est cela qui va diriger l’ensemble de l’action. “On fait souvent appel à nous car les adultes ont observé que des jeunes consomment et nous demandent donc de venir faire des ateliers de sensibilisation. Cela n’est pas notre manière d’agir, de fonctionner. On dit tout de suite qu’on n’est pas là pour parler aux jeunes des dangers des drogues car c’est un discours contre-productif, ça ne fonctionne pas. Ça ne fait que convaincre ceux qui sont déjà convaincus et ça risque d’inciter des jeunes qui auraient envie de braver l’interdit.

Elle poursuit : “Si on pose la bonne question on peut se demander qui ça dérange en premier cette consommation. Est-ce que ce sont les jeunes ou la structure ? Et là, le travail prend une direction différente.

Ainsi, c’est autre une porte d’entrée qu’emprunte l’ASBL pour résoudre les problématiques soulevées : la formation des professionnel.le.s. Cette approche permet d’agir de là où part la demande et d’ancrer une action plus pérenne. “Notre démarche permet qu’après notre intervention, les professionnels étant outillés, n’ont plus besoin de nous. Si on faisait des ateliers, on devrait revenir chaque année pour sensibiliser les nouveaux jeunes.”

Ces outils sont des compétences psycho-sociales qui permettent de renforcer l’estime des jeunes ainsi que leur capacité à résister à l’influence du groupe. Veronique Decarpentrie ajoute : " Les outils qu’on propose sont de l’ordre de l’entrée en communication sans jugements et sans représentations pour favoriser le lien de confiance. Grâce à la stimulation de celle-ci, les choix des jeunes seront beaucoup plus conscients aux situations de la vie. On cherche à rendre notre public acteur dans leurs choix.”

Ce que permet ce lien de confiance dépasse la capacité de faire ces choix de manière consciente pour les jeunes. Ils.elles peuvent également devenir acteur.rice.s des campagnes de prévention, en partant de leurs vécus et ressentis. Ainsi, les jeunes sont inclu.e.s dans le processus de prévention et non plus considéré.e.s un simple réceptacle.

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Accompagner en respectant l’intimité

En plus de la formation, les équipes professionnelles peuvent demander un accompagnement pour résoudre un problème spécifique. La chargée de mission précise : ”On peut par exemple travailler sur un règlement en interne pour que tout le monde ait le même discours, réagisse de la même manière afin d’avoir une cohérence de groupe.”

Le décalage de point de vue que propose l’équipe de Prospective Jeunesse s’illustre dans l’évolution des discours des équipes auprès desquelles l’ASBL intervient. Véronique Decarpentrie pointe : “ Lors de ce travail avec les équipes on observe l’évolution du discours qui part à la base de jugements avec des propos comme “ils ne font que ça d’être sur leurs écrans, rien d’autre ne les intéresse...” pour aller vers des propos comme “Comment pouvons-nous outiller les jeunes par rapport aux risques des réseaux sociaux ?

L’objectif est bien de sortir d’un climat de tensions où l’adulte pense que le.la jeune est irresponsable et dans sa bulle, alors qu’ils et elles ont plein de ressources. La chargée de projets nous indique d’ailleurs que les jeunes sont demandeur.se.s d’accompagnement de la part des adultes “ mais sans qu’ils soient intrusifs à leurs usages. Ils et elles ont besoin d’exprimer ce qu’ils et elles vivent, ressentent mais pas forcément de décrire en détails ce qu’ils et elles vont faire sur les réseaux.”

La Guidance parentale

La formation et la prévention sont complétées par un pan de prise en charge thérapeutique à travers l’accueil de jeunes, d’adultes et de leur entourage.

La problématique des écrans a augmenté suite aux différents confinements. Ils étaient nos seules portes d’entrées sur le monde extérieur, vers nos familles, nos ami.e.s... et ont pris une place considérable en très peu de temps.

Ainsi, Prospective Jeunesse anticipe une augmentation des demandes de la part des parents “car l’envahissement des écrans dans notre quotidien, entraîne des potentielles tensions plus importantes autour de ces sujets-là. On imagine également une augmentation des situations problématiques de consommations de substances et de psychotropes.” C’est également le constat que faisait l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) en avril dernier.

Un service de Guidance parental a donc été créé au sein de l’ASBL. Ce nouveau service fait part “d’une méthodologie très spécifique qui compte 4 ou 8 entretiens maximum pour que ça soit rapide et efficace. On souhaite partager nos outils aux parents pour renforcer leurs compétences et agir sur leur milieu. On pense que c’est beaucoup plus efficace d’agir de cette manière. Ils ont les compétences, connaissent leur enfant donc on les outille pour traverser une période problématique.”

Véronique Decarpentrie conclut : “L’objectif de nos actions est de modifier le regard porté sur les assuétudes afin d’obtenir des attitudes constructives pour permettre un travail d’équipe.

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