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Assuétudes : "Les services ambulatoires ont besoin d’une solidité des équipes, d’une offre stable !"

02/05/23
Assuétudes :

Alors que l’aide financière exceptionnelle octroyée au secteur wallon des services ambulatoires spécialisés en assuétudes se termine fin 2024, l’inquiétude grandit pour les professionnel.les de ces structures. Devant faire face à des demandes toujours plus complexes et plus nombreuses à travers des dispositifs déjà sous-financés, le secteur tire la sonnette d’alarme.

Lors de la commission santé du parlement wallon, le 7 mars 2023, Michel de Lamotte (CDH) a questionné Christie Morreale, ministre wallonne de la Santé et de l’Action sociale, à propos du financement des services d’aide et de soins spécialisés en assuétudes. En effet, ce secteur fait face à un manque de financement structurel depuis de nombreuses années. Par la suite, toujours en commission santé du parlement wallon, le député Laurent Heyvaert (Ecolo) a, quant à lui, évoqué la nécessité de réformer ce secteur afin de leur permettre de souffler pour de bon.

Les 26 services ambulatoires spécialisés en assuétudes wallons reçoivent un financement à hauteur de 2,3 millions d’euros, montant inchangé depuis 2010. Malgré la mise en place du plan « Get up Wallonia » qui permet l’octroi d’un équivalent temps plein par service, les différentes crises, sanitaire et économique, amènent à l’accroissement et la complexification des demandes, donc à une charge de travail supplémentaire. Une aide exceptionnelle a été attribuée mais prend fin en 2024 alors que le secteur rencontre de nouvelles difficultés financières dues notamment aux indexations de salaires en 2022.

Pascale Hensgens (sur la photo), chargée de projets à la Fedito Wallonne, la Fédération des institutions pour toxicomanes, nous en dit plus à propos de la situation d’un secteur aux multiples facettes.

 Lire aussi : Wallonie : les services ambulatoires assuétudes en manque !

Une diversité de services pour un financement inchangé depuis 10 ans

La Fedito wallonne rassemble 54 opérateurs spécialisés sur les questions d’assuétudes. Ils proposent des services d’information, de formation, de prévention, de réduction des risques, d’accueil et accompagnement, de réinsertion sociale, de traitement et de soin. « Notre représentation nous donne une vision très spécifique des différents types de services assuétudes propres à chaque besoin mais aussi une vision très globale des offres concernant les assuétudes sur toute la Wallonie », nous explique Pascale Hensgens.

Répondre à la spécificité des besoins du terrain est une variable essentielle de l’ADN de la Fédération. La compréhension globale des différentes spécificités est parfois difficile à appréhender : « Les services ambulatoires proposent une offre très diversifiée comme du soutien thérapeutique, l’échange de seringues, des groupes de paroles avec des publics divers comme les jeunes ou encore les femmes, de l’accompagnement psycho-social, etc… Les problématiques auxquelles les services répondent ne sont pas toujours les mêmes, en fonction des publics-cibles et du territoire ».

Cette diversité de missions et de publics, donc de l’offre ambulatoire, nécessite par ailleurs une approche des besoins de chaque territoire : «  Le dispositif ambulatoire assuétudes s’adresse à des personnes fragilisées, avec des parcours de vie difficile, qui ont besoin d’un accompagnement de qualité et dans la durée. S’il s’affaiblit, alors les usager.ère.s en subissent les conséquences. Et la continuité des soins est mise à mal ».

Ce dispositif est organisé et financé par un décret de 2009 qui n’a jamais été révisé depuis. Pascale Hensgens pointe : « La difficulté des services ambulatoires spécialisés assuétudes remonte à la création du décret. Le financement des services se réalise par forfait sans lien avec une équipe de base. Ceux-ci n’ont pas bougé malgré les indexations salariales importantes, l’augmentation des frais énergie et des demandes toujours plus nombreuses. Nous faisons également face à un public que l’on ne voyait pas avant. Les demandes sont de plus en plus complexes et la partie sociale de l’aide devient de plus en plus importante car les usagers ont du mal à être en lien notamment avec les CPAS et les mutuelles. Les suivis individuels et collectifs demandent donc beaucoup plus de temps. »

Une population de plus en plus fragile

Le public qui fait appel aux différents services membres de la Fedito wallonne rend compte de la fragilisation d’une partie de la population face aux diverses crises : « On constate de nouveaux modes de consommation, et l’augmentation de certaines consommations comme l’alcool, la cocaïne et le crack. Les substances sont de plus en plus nombreuses. On observe également une augmentation des demandes spécifiques concernant les ados. Les services doivent pouvoir y répondre. Cela demande une solidité des équipes, une offre stable et de qualité. Or, c’est l’inverse qui est en train de se passer. Certains services ont déjà diminué leurs offres et pour la fin de l’année ont annoncé des licenciements. » Afin de rendre compte des besoins urgents pour 2023 du secteur ambulatoire wallon, la Fedito wallonne a transmis à la Ministre un état des besoins financiers nécessaires à la « survie des services ambulatoires agréés en 2023 », à savoir un montant de 949.507, 37 euros.

Ainsi les demandes exprimées par la Fédération se résument en trois points :

  1. Une aide urgente pour 2023.
  2. L’indexation des subventions facultatives et leur intégration dans l’agrément : « Par exemple, aujourd’hui, elles financent trois projets spécifiques pour les jeunes depuis plus de quatre ans. »
  3. La révision du décret et de son financement.

« Le tronc commun est nécessaire »

Lors de son intervention au parlement wallon, la ministre Christie Morreale soulignait : « Dans l’immédiat, c’est surtout la continuité des soins qu’il faut maintenir. [Face aux fonctionnements différents d’un service à l’autre] (ndlr) l’objectif est de faire un inventaire de l’ensemble des services […] pour voir s’il est possible d’avoir une sorte de tronc commun de l’agrément. » Ce à quoi répond Pascale Hensgens : « Ce tronc commun est nécessaire et on le souhaite depuis des années. Il doit passer par des indicateurs que l’on a travaillés toute l’année passée, comme nous l’avions déjà fait sous la législature précédente. Nos propositions ont été communiquées à l’Aviq et nous espérons, comme le Cabinet de la Ministre vient de l’annoncer, qu’elles seront rapidement remises en travail ».

A. Teyssandier



Commentaires - 1 message
  • J'ai aimé lire l'article qui permet de prendre conscience que la problématique des assuétudes reste trop éloignée du monde politique. Alors que ces services ont une réelle utilité publique, il est temps que toutes les personnes qui gouvernent ce pays arrêtent de mettre des oeillères et reconsidérent leur façon de voir leur pays...

    David Michot expert du vécu lundi 15 mai 2023 12:57

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