Education non sexiste à la crèche : "L'accompagnement des enfants dans leur jeu fera la différence"

Education non sexiste à la crèche:

La halte-accueil L’Aquarelle lutte contre les stéréotypes de genre pour que les enfants puissent s’épanouir librement. Le point avec Hélène Detroz, coordinatrice de l’ASBL le Ballon Rouge.

Hélène Detroz est coordinatrice à la crèche l’Aquarelle. C’est par hasard qu’elle est devenue formatrice en éducation non sexiste, pour à son tour former les autres membres de l’équipe. ‘’J’ai été formée à l’éducation non sexiste et j’ai continué à me servir de ces outils dans ma pratique professionnelle, dans l’éducation permanente. Depuis, je suis sensible à la thématique… ’’

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Vers une éducation non sexiste

‘’ L’Aquarelle est née des mamans qui voulaient suivre des cours de français à la maison mosaïque de Laeken, mais qui n’y arrivaient pas avec la présence des enfants au quotidien. Elles ont été soutenues par l’association Vie Féminine, un mouvement féministe, et ont réussi à obtenir des subsides pour financer le projet. Par la suite, le projet a été repris par le Ballon Rouge et aujourd’hui, l’équipe se compose de 5 ETP puéricultrices et peut accueillir jusqu’à 24 enfants.

Le projet d’éducation non sexiste vient de la FSMI, la Fédération des Services Maternels et Infantiles dont l’ASBL le Ballon Rouge fait partie. Il y a 16 ans, la FSMI a créé tout un programme de formation et de sensibilisation à l’éducation non sexiste pour le personnel. Des premières personnes ont été formées pour ensuite en former d’autres dans toutes les ASBL de la FSMI, ça s’est construit en pyramide.’’

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L’accompagnement est fondamental

‘’ Quasi toutes les crèches mettent à disposition des enfants toutes sortes de jeux catalogués pour fille ou pour garçon. Mais ce qui fait la différence à l’Aquarelle, c’est dans la manière dont on accompagne les enfants dans leur jeu. On essaie de ne pas arriver avec des stéréotypes genrés sur les objets. Par exemple, si un enfant joue avec une poupée, on évitera de lui dire qu’il fera une bonne maman, et on lui demandera plutôt ce qu’il fait avec. On fera également des commentaires si on trouve du contenu sexiste dans les livres.

Par ailleurs, la sensibilisation se fait également dans l’accompagnement des enfants dans leurs émotions. On les aide à trouver les mots justes sur ce qu’ils vivent, sans projeter sur eux ce qu’on pense qu’ils devraient ressentir.’’

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Une démarche pour développer son plein potentiel

‘’Lorsqu’on discute avec les parents des enfants, la question du genre n’est pas toujours présente. Ils s’inquiètent plutôt de la ‘’normalité’’ de leur enfant.

Cette démarche d’accompagnement non sexiste est un des points d’attention qu’on a par rapport aux enfants et aux parents. On fait en sorte que chacun puisse se sentir accueilli et avancer au mieux dans la société. Et on fait attention à ne pas renforcer les rôles parentaux déjà bien déterminés par le genre pour laisser la place à toute façon d’être parent…’’

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Les stéréotypes de genre sont omniprésents…

‘’ On ne peut pas effacer le monde dans lequel on vit. La lutte contre les stéréotypes sexistes rejoint très fort d’autres luttes, comme le racisme ou le consumérisme. En effet, on ne peut pas avoir un regard plutôt féministe sans s’intéresser à la façon dont on consomme. Par exemple, on peut acheter dans un magasin de jouet une cabane style château fort ou une cabane de princesse. Or, le besoin fondamental de l’enfant est surtout d’avoir un endroit cocon où se cacher en cas de besoin. Ainsi, faut-il lui acheter une cabane ou juste lui offrir cet espace de répit ?

Mais il ne faut pas non plus culpabiliser les moments où nous ne sommes pas parfaits, surtout que la société en attend beaucoup de nous. La formatrice qui nous avait formés à l’époque, Joelle Mouvet, nous disait que même si on n’arrivait pas à aller jusqu’au sommet, une autre personne s’appuierait sur notre travail pour aller plus loin.’’

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Se former reste le meilleur moyen pour se déconstruire

‘’ Chacun a son propre chemin pour déconstruire les stéréotypes liés au genre. Certaines personnes sont plus à l’aise avec la lecture, d’autres avec des vidéos… Et bien sûr les formations que je donne via le RIEPP, le réseau des Initiatives Enfants-Parents-Professionnels, sont un bon moyen pour se sensibiliser au sujet.

J’ai déjà fait beaucoup d’animations sur l’éducation non sexiste. Les exercices consistent à aller chercher, même dans notre inconscient, tous les stéréotypes qui colorent malgré nous notre façon d’intervenir en tant qu’adulte auprès des enfants. On analyse également des livres, des jeux… Ce sont de petites interventions qui font la différence, car même si les enfants ne sont pas encore tout à fait conscients du sexe qu’on leur attribue, ce qu’on fait va indirectement dans leur inconscient. On n’en finit jamais avec cette thématique-là.’’

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Et pour affronter le sexisme dans la vie de tous les jours…

’’ Se sensibiliser aux stéréotypes du genre est important non seulement pour faire un travail de qualité en éducation non sexiste, mais également dans tous les autres domaines de la vie. Dans le monde que je défendrais, il y aurait de la place pour toutes les façons de se sentir homme et femme… Et je dirai même qu’on valoriserait toutes les valeurs, y compris l’empathie, le partage et la coopération…’’



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