La "transe", nouvel outil thérapeutique ?

La

Le CHU de Liège a lancé une étude visant à faire de la “transe” une pratique utilisée à des fins thérapeutiques. Mais de quoi s’agit-il exactement ?

La transe suscite depuis peu l’attention de la science en tant qu’”état modifié de conscience”. Corine Sombrun, ethno-musicienne, a fait la première l’expérience de la transe en Mongolie et les recherches scientifiques à ce sujet se sont multipliées depuis. Elle assiste à une cérémonie chamanique en 2001 dans le cadre d’un reportage pour la BBC et expérimente elle-même le phénomène. Elle perd alors le contrôle de son corps et croit alors sur le moment se transformer en loup en poussant des cris. Le chaman mongol lui confie ensuite qu’elle a été choisie par les esprits, ce qui expliquerait sa réaction. Elle suivra ensuite une initiation au chamanisme pendant huit ans et retournera fréquemment en Mongolie. Malgré son scepticisme au départ, une conviction va ressortir de ses incursions en Orient : la transe est un état particulier du cerveau. Mais qu’en dit la science ?

“Elle a eu comme démarche de s’associer avec des scientifiques pour comprendre ce qu’il se passait dans son cerveau quand elle était en état de transe”, déclare à la RTBF Audrey Vanhaudenhuyse, une neuropsychologue qui participe à l’étude menée au CHU Liège. Les scientifiques ont ensuite comparé l’activité du cerveau de Corine Sombrun lorsqu’elle est en transe et lorsqu’elle ne l’est pas. Et Audrey Vanhaudenhuyse de confirmer : “le cerveau fonctionne différemment en état de transe”.

Il s’agit en réalité d’une transe “cognitive” car “décontextualisée de tout rituel”, d’après la neuropsychologue. “La majorité des gens ont accès à cet état de conscience altérée. Mais il y a des sensibilités différentes, qui font que chaque personne va vivre la chose plus intensément ou non”, poursuit-elle.

Des vertus thérapeutiques ?

Les chercheurs du CHU de Liège vont comparer pendant une durée annoncée de quatre ans les effets de l’hypnose, de la méditation et de la transe sur environ cent patients ayant été atteints d’un cancer. Audrey Vanhaudenhuyse précise d’entrée que “l’état subjectif de la personne en transe est encore différent (des deux autres). Il est vraiment très intense et très particulier”. Qui de mieux qu’elle pour en parler puisqu’elle a déjà vécu le phénomène : “En transe, notre perception de l’environnement est amplifiée. On peut percevoir des choses qu’on ne voit pas toujours à l’œil nu. Notre conscience de soi est modifiée. On a l’impression d’être plus en connexion avec les gens à côté de nous, avec la nature, le monde. (…) Par rapport à l’hypnose, qui est très calme, la transe cognitive est très corporelle. Elle va passer par beaucoup de mouvements, de chants, de cris”. Cependant, même s’il y a quelques généralités, chacun a sa propre expérience de la transe.

- Lire aussi : L’hypnose, un formidable outil pour le travailleur social

Comment entrer en transe ?

Les chercheurs collaborent directement avec Corine Sombrun pour faire entrer les patients en état de transe. L’ethno-musicienne est chargée de créer des bandes sonores à faire écouter aux patients : “Avec l’aide de deux ingénieurs du son, Corine Sombrun a extrait des sons de tambours mongols. Elle les a accompagnés de certains de ses propres chants, enregistrés en transe. On a créé des boucles sonores”, détaille Audrey Vanhaudenhuyse. “La toute première fois, on dit au patient d’écouter les sons, et de laisser venir ce qui va apparaître. Ces sons vont provoquer en lui des sensations corporelles particulières, des moments spontanés. Le patient apprendra petit à petit à reconnaître ces mouvements et ces sensations. Les formateurs vont lui apprendre à auto-induire la transe en les amplifiant, en faisant des vocalisations, en criant, en chantant et en bougeant. C’est le mouvement qui installe l’état”.

Les objectifs à terme

Pour la neuropsychologue Audrey Vanhaudenhuyse, l’étude a pour but de proposer aux gens différents outils pour aller mieux : “chacun pourrait trouver la méthode qui lui correspond, en fonction de sa pathologie et de sa sensibilité". Le neurologue et chercheur FNRS Steven Laureys déplore de son côté la méfiance de ses collègues sur le sujet : “Beaucoup de mes collègues médecins ont des a priori pas nécessairement positifs là-dessus. Certains considèrent que c’est un peu ésotérique. Je le regrette. Je prescris moi-même l’hypnose et la méditation à mes patients (…) Certains me disent trouver dommage qu’ils aient dû attendre leur burn-out pour découvrir ces techniques”.



Ajouter un commentaire à l'article





« Retour

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies.   J'accepte   En savoir plus