Quelques conseils pour éduquer son enfant à la sexualité

Quelques conseils pour éduquer son enfant à la sexualité

Sylvie Loumaye est psychologue et sexologue clinicienne dans la Région de Waremme. Suite à notre Dossier à la Une concernant l’EVRAS (Education à la vie relationnelle, affective et sexuelle), elle a tenu à nous partager sa réflexion.

Relire notre Dossier à la Une Réforme de la vie relationnelle, affective et sexuelle : comment parler d’amour à l’école ?

Un adulte éduque à la sexualité à chaque fois qu’il se positionne en présence d’un enfant ou d’un adolescent comme une personne sexuée (un homme ou une femme) qui exprime un message lié de près ou de loin à la sexualité. Ceci se fait à la fois en saisissant les petites opportunités de la vie quotidienne (par exemple : nommer les parties du corps de l’enfant en le lavant, lui dire qu’on ne touche pas le corps de l’autre sans son autorisation, respecter la pudeur de l’adolescent, désapprouver un fait d’actualité qui évoque une dérive sexuelle, embrasser son conjoint…) ainsi qu’à travers des moments plus significatifs et plus formels qui peuvent émerger lors d’étapes particulières (par exemple l’arrivée des règles, la 1ère soirée dansante, le départ en vie de kot, ...).

Les ados ont-il encore besoin d’une éducation sexuelle ? OUI

Dans un monde où la sexualité s’affiche à chaque coin de rue, est suggérée dans de nombreuses publicités, apparaît sur internet en un clic (à peine volontaire) le parent peut avoir le sentiment que leur ado est suffisamment informé. En effet, c’est un réel paradoxe sociétal car nous vivons dans une société où à la fois la sexualité se dévoile abondamment mais où par ailleurs, il manque de mots pour la nommer, de lieux d’échanges pour la réfléchir, la questionner…

Les parents sont-ils responsables de l’éducation sexuelle de leur enfant ? OUI

Oui, dans la mesure où ils s’en sentent capables. S’il est vrai que de nombreux acteurs gravitent autour du jeune et peuvent y collaborer : les professeurs, les éducateurs, les professionnels, les pairs, les médias… Les parents restent responsables du fait que leur enfant ait accès à une éducation sexuelle. Cependant, les parents imaginent parfois à tort qu’ils ne peuvent parler de sexualité sans évoquer la leur… ce qui est une fausse croyance, il est tout à fait possible et même très recommandé d’aborder la sexualité de façon générale (à quoi être attentif ? Comment se protéger ? Comment sentir qu’on est prêt ? Où trouver des infos valables ?) sans pour autant parler de sa sexualité actuelle ni de celle de ses débuts.

Je suis mal à l’aise d’aborder le thème de la sexualité avec de mon enfant

L’interdit de l’inceste ainsi que la façon dont le parent a lui-même été ou pas éduqué à la vie sexuelle, peuvent créer un malaise chez les parents et ceux-ci peuvent se sentir incapables de se prêter à ce rôle d’éducateur sexuel. Que faire ? Dans ce cas, les parents doivent veiller au fait que leur jeune, en prise à de nouvelles émotions et pulsions, ait accès à l’information le jour où ça lui sera nécessaire (laisser traîner des livres adaptés, donner les coordonnées des centres de planning familial, de sites d’éducation sexuelle, offrir une encyclopédie sexuelle, référer au parrain ou à la marraine,…)

Je suis étonné(e) des questions que mon enfant me pose.

Ça y est, la question tant redoutée vient de tomber… Votre enfant qui a bien grandi, vous demande comment on fait les bébés ou votre ado, avec ce nouveau look que vous n’appréciez que partiellement, vous demande comment on fait l’amour… que dire ?

Je ne sais que répondre.

Sachez qu’en matière de sexualité, ne pas dire, c’est dire… En effet, ne rien répondre, c’est répondre qu’on est mal à l’aise avec la question… et au jeune d’en déduire ce qu’il peut… Est-ce une question incongrue ? Non avenue ? Dégoûtante ? L’enfant se tournera alors vers d’autres sources d’informations (internet, pairs…) avec ce sentiment qu’il y a quelque chose d’inconvenant et de tabou et risque de ne plus évoquer aucune question sexuelle avec ses parents fut-ce pour les protéger ? Une « parade de sortie » pour le parent peut être de dire « J’ai bien entendu ta question et j’ai besoin d’y réfléchir pour te donner la réponse la plus adaptée » puis d’y revenir absolument même des semaines plus tard ! Une autre stratégie peut être de retourner à l’enfant des questions du genre « qu’est-ce qui fait que tu poses cette question ? » et « qu’est-ce que tu imagines ? » afin de rejoindre l’enfant au plus près de ses préoccupations.

Mon enfant joue au docteur avec ses cousins, dois-je laisser faire ? OUI

Oui, votre enfant entre 3 et 8 ans est dans une phase d’exploration, de découverte et tel le petit Spirou, il part à l’aventure de l’inconnu du corps de l’autre (encore plus volontiers si c’est un copain du sexe opposé : comment est-ce donc fait sous la culotte ?) En tant qu’adulte, la seule précaution à prendre face à ce jeu est de vérifier que chaque enfant est d’accord d’y jouer et peut arrêter quand il le désire. Ce sont nos yeux d’adulte qui posent un regard sexuel sur de telles attitudes mais il n’en n’est rien pour l’enfant… Si vous en avez eu l’occasion, vous l’avez probablement aussi fait même si vous vous en rappelez peu ou pas (refoulement). Ce qui serait inacceptable par contre, c’est que ce genre de jeux de caresses se déroule entre un enfant non pubère et un ado pubère (ou à fortiori un adulte) car dans ce cas, l’ado utiliserait l’enfant dans un objectif différent qui n’est plus celui de la découverte mais celui de la satisfaction de ses propres pulsions sexuelles. Comme le simplifiait le professeur J-Y Hayez : «  les poils avec les poils et les non poils avec les non poils » !

Je veux protéger mon enfant d’un éventuel agresseur sexuel mais je ne veux pas l’effrayer non plus. Comment faire ?

Bien que les abuseurs et les violeurs ne courent pas les rues, il faut savoir que 20% des femmes seront un jour dans leur vie confrontée à un problème de type sexuel : attouchements, harcèlement, viol, abus sexuel intrafamilial… Très concrètement, si vous craignez que votre enfant soit victime d’un abuseur (ou dans une optique purement préventive) dites à votre enfant que les abuseurs sont des personnes très gentilles mais malades et qu’il est donc important de révéler l’abus afin de soigner la personne malade.

D’une façon plus générale, la politique de prévention des abus sexuels s’inscrit, comme toutes les autres (cigarettes, sectes, …) par une attitude de respect vis-à vis de l’enfant et de son corps, ce qui l’amènera lui-même à respecter son corps et à mettre des choses en place pour que celui-ci soit respecté. (Il doit aussi respecter le corps des autres bien entendu).

Jusqu’à quel âge puis-je me montrer nu face à mon enfant ? Le voir nu ?

Chaque famille a ses habitudes autour de la salle de bain et a sa propre notion de la définition du respect de la pudeur. En général, les parents ressentent à un moment qu’il y a un malaise et évitent de se laver sous le regard de leur progéniture ou de rentrer dans la salle de bain quand elle est occupée par la jeunesse ! Cependant, un repère donné par les sexologues est de ne plus exploser son corps aux regards de ses enfants à partir de 7 ans car si l’enfant voit le corps dénudé du parent du sexe opposé, il peut ressentir de l’excitation, ce qui n’est pas favorable en intrafamilial, et si il voit le corps dénudé du parent du même sexe, il peut se sentir complexé. Concernant les enfants, ce sont parfois eux qui d’eux-mêmes indiquent qu’ils ne veulent plus être vus par leurs parents, ce qui est toujours à respecter. Si l’enfant n’exprime rien, posez-vous la question de votre utilité dans cette salle de bain au moment où votre enfant s’y lave.

Mon enfant se masturbe devant la famille, comment réagir ?

Lorsqu’un enfant non pubère adopte ce genre d’attitude, il est dans la recherche et la découverte de sensations et du plaisir que peut lui donner son corps. Il est conseillé de ne pas condamner mais de recadrer en spécifiant que c’est un acte intime qui se fait dans un lieu intime comme sa chambre. Le même recadrage doit être fait pour les ados, qui en général l’ont déjà intégré, en prenant soin en tant que parent de ne jamais rentrer dans la chambre de votre ado en sa présence sans y être invité. (Frapper à la porte et attendre une réponse favorable avant d’y entrer est d’ailleurs aussi valable pour votre propre chambre conjugale !)

Mon enfant regarde des films pornographiques dans sa chambre. Dois-je réagir ?

Interdire n’est certainement pas une solution, d’ailleurs à 12 ans, 50% des enfants ont visualisé au moins une fois un support pornographique et l’accès à internet ainsi que l’industrie très rentable du sexe facilitent les accès gratuits sur le web. L’attitude idéale est d’expliquer à votre jeune que la pornographie peut être intéressante pour l’excitation mais pas pour l’éducation. Ce qu’il peut y voir est certes très excitant mais n’est pas la réalité. Dans la vraie vie, les corps ne sont pas parfaits, les pénis ne font pas 20 centimètres de long, les pénétrations ne durent pas 30 minutes, les femmes ne sont pas disposées à pratiquer toutes les pratiques, l’orgasme n’est pas toujours au rendez-vous, … Eveillez l’esprit de votre enfant à la critique cinématographique : ce sont des acteurs payés pour jouer des rôles avec des séances coupées… Tout ce contenu porno peut être très complexant !

Par ailleurs, donnez-lui des références de sites d’éducation sexuelle qui lui permettront de compenser sa mésinformation tels que doctossimo.be ou onsexprime.be ou educationsensuelle.com où il pourra visualiser des témoignages de spécialistes ou de pairs. Dans la même veine, offrez à votre ado une encyclopédie sexuelle dans laquelle il trouvera des informations correctes pour construire sa représentation de la sexualité.

Et si notre enfant nous surprend en train de faire l’amour, que faire ?

Si votre enfant vous a surpris en train de faire l’amour, vous lui avez sans doute, presque par réflexe, intimer l’ordre de sortir du « lieu sacré » d’une façon inhabituelle qui a dû l’étonner ou effrayer. Que faire ? L’idéal est de pouvoir retourner vers lui (de préférence le parent du même sexe que l’enfant ou le parent qui se sent capable d’une telle démarche) afin de mettre des mots sur ce qu’il aura vu et ressenti par votre réaction. Ne rien dire c’est le laisser libre cours à son imagination fertile… Si rien n’est dit, c’est surement grave : Papa faisait-il mal à maman ? De plus, le genre de bruit qu’il a éventuellement entendu (et qui l’a peut-être même attiré) ne peut qu’évoquer l’agression, voir la mort dans la tête de l’enfant.

Que lui dire ?

Bon, ok, vous êtes convaincu qu’il faut aller trouver votre enfant mais que lui dire ? L’idéal est de partir de ce qu’il imagine en fonction de son âge et de sa maturité et de lui expliquer que ce qu’il a vu, c’est de la sexualité qui est un jeu d’adultes. Rappelez-lui également que votre chambre est un lieu privé qu’on ne peut pénétrer sans y être invité. Enfin, de votre côté, redoublez de vigilance pour protéger votre intimité. (A défaut d’une clef, un petit verrou peut s’avérer très utile !)

Si je parle de sexualité avec mon enfant, je vais lui mettre ça en tête !

Certains parents craignent de solliciter leur ado s’ils lui parlent de sexualité (par exemple de contraception). Cette croyance est fausse et est le résultat d’un mécanisme de défense… Si le jeune pense à faire l’amour, c’est lié à son vécu personnel et l’information que vous pourriez lui donner facilitera l’accès à la sexualité car elle diminuera l’angoisse et l’anxiété sans pour autant l’inciter.

A quel âge un jeune peut-il faire l’amour ?

En Belgique, le législateur a instauré la majorité sexuelle à 16 ans, c’est donc l’âge à partir duquel la loi présuppose qu’un ado est suffisamment mature pour décider ou non d’accéder à un rapport sexuel. Cet âge de référence peut donner un repère aux parents, bien qu’il ne soit pas un gage de réussite ou d’échec puisque chaque histoire est différente et unique. L’âge moyen du premier rapport sexuel est néanmoins à 17 ans, cet âge n’a pas beaucoup progressé depuis 30 ans.

Ma fille de 19 ans en est à son 6ème partenaire sexuel…

Il est vrai qu’une chose qui a, quand à elle, bien évolué est la multiplication des partenaires sexuels.

A quoi voir qu’un jeune est prêt à faire l’amour ?

Mon enfant est-il amoureux ? En effet, les sentiments facilitent et subliment les premiers rapports sexuels.
Mon enfant a-t-il toute la liberté de faire ce choix sans aucune pression ? (pairs…)
Mon enfant utilisera-t-il une protection contre les infections sexuellement transmissibles et les grossesses non désirées ?

La première fois, on ne l’oublie jamais !

Vous vous rappelez certainement de votre 1er rapport sexuel… En effet, cette première fois va le plus souvent rester dans la mémoire. Quand un adulte regarde sa vie sexuelle dans le rétroviseur, il se rappelle normalement comment s’est passé son 1er rapport sexuel, avec qui ? Où ? Ce qu’il a ressenti ? Ce qu’il en a pensé ? Il n’est pas rare que cette première expérience puisse faire « ancrage » et laisser une empreinte qui peut orienter la suite de la vie sexuelle, ça vaut donc la peine d’en prendre soin ! L’âge n’est finalement que peu déterminant dans la réussite du vécu du 1er rapport.

Dois-je accepter que le petit copain ou la petite copine passe la nuit sous mon toit ?

Mon ado me demande si son amoureux(se) peut venir dormir à la maison… Oui, vous avez bien entendu, votre ado vous demande de ramener un(e) presque inconnu(e) sous votre toit ! Qu’en penser ?
Face à une telle demande, certains parents adoptent des positions par principe : celles-ci peuvent se situer d’une extrémité « JAMAIS sous mon toit » à l’autre « Je préfère chez moi qu’ailleurs ». Ces positions très affirmées et qui s’appliquent à toutes les circonstances et à chaque enfant témoignent d’une certaine rigidité parentale qui le protège de se remettre en question en prenant en compte les paramètres liés à la demande.

Pourtant, en tant que parents, face à une telle demande, vous pouvez vous dire :

- Que votre ado vous fait vraiment confiance et qu’il imagine que vous êtes capables d’ouverture (sinon, il attendrait votre absence ou irait ailleurs)
- Qu’il va bien au niveau de son évolution psycho-sexuelle : S’il a un(e) amoureux(se) c’est qu’il a un certain capital confiance, qu’il est capable de séduction, de sentiments et d’un certain engagement affectif et sexuel.
- Alors, quels sont les points d’attention qui peuvent orienter la position du parent ?
- Votre enfant se sent-il prêt d’après les critères évoqués ici plus haut ? Vous pouvez également comparer l’âge de votre enfant à un âge de référence moyen (pour rappel 17 ans) même si celui-ci n’est un gage ni de réussite, ni d’échec.
- Que pensez-vous du/ de la partenaire ? (en comparaison avec les autres pairs potentiels) Ne soyez pas dans l’attente du prince charmant qui n’existe pas !
- Que pensez-vous de la relation que vivent les 2 tourtereaux ? Il y a-t-il ouverture ? dialogue ? respect ?
- Précisez que si vous êtes d’accord qu’une sexualité se vive sous votre toit, celle-ci doit se vivre uniquement dans l’intimité de la chambre de votre enfant (dans ce lieu, vous pouvez considérer qu’il est chez lui)
- Indiquez à votre enfant qu’en cas de problème, il pourra vous en parler : douleurs, échec de la contraception…

A défaut de pouvoir vous positionner aussi clairement que ce qui est proposé ici, vous pouvez tolérer c.à.d. ne rien faire pour mais ne rien faire contre. Un exemple parmi d’autres pourrait être de vous absenter de la maison quelques heures quand votre ado y est avec son amoureux/se.

Ne perdez pas de vue qu’en matière de sexualité, l’interdiction peut amener à certaines dérives en vue de contourner l’interdit : par exemple : des pratiques anales afin de conserver la virginité, des avortements liées aux grossesses non désirées à cause de l’absence de contraception,… et que tout cela risque de se vivre dans des lieux inadaptés tels que WC de dancing, voiture, …

L’attitude idéale est de permettre l’accès à la sexualité en faisant passer des valeurs et en instaurant des limites.

Relire notre Dossier à la Une Réforme de la vie relationnelle, affective et sexuelle : comment parler d’amour à l’école ?

Si vous aussi, vous désirez partager votre réflexion, contactez nous par email (emilie@axiloo.com), ou rendez vous sur notre Forum pour animer le débat.



Commentaires - 1 message
  • Bonjour,
    Mon garçon de 8 ans me raconte depuis la rentrée de septembre qu'un de ses condisciples leur parle à la cantine d'une manière qui le dégoutte ainsi que ses copains des choses en rapport avec la sexualité et aussi de ses "exploits sexuels" : il aurait mis une capote etç etç rnJe m'inquiète surtout pour cet enfant qui part ds la vie avec une vision qui me semble "traumatisante "et qui sera certainement marqué par cela voir devenir un obsédé du sexe.rnA qui en parler ?mon garçon en a parlé à la surveillante de la cantine qui se retranche en disant n'avoir rien entendu .rn

    Labrousse samedi 2 janvier 2016 17:00

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