Revenir à l’hôpital après une pause : Cap Soins accompagne les infirmier·ère·s vers les soins
En Belgique francophone, des milliers d’infirmier·ère·s diplômé·e·s n’exercent plus dans les soins. Pour celles et ceux qui souhaitent revenir à l’hôpital sans reprendre un parcours classique, le projet Cap Soins propose un dispositif de réintégration encadré : contrat de travail, remise à niveau individualisée et accompagnement sur le terrain, avec une prise en charge financière. Un projet porté par le Fonds social des hôpitaux, via l’ASBL Febi. Rencontre avec les responsables du projet : Elodie Vandenbogaerde, infirmière chargée de projets, et Yolande Van Ackere, responsable du Fonds social des hôpitaux.
Diplômé·e en art infirmier, vous avez appris à soigner, à travailler en équipe, à faire face à l’urgence. Puis, à un moment de votre parcours, vous avez quitté l’hôpital. Aujourd’hui, l’idée d’un retour fait parfois son chemin, accompagnée de questions, de doutes ou d’un besoin de remise à niveau.
Avec Cap Soins, le Fonds social des hôpitaux propose une autre manière de reprendre une activité infirmière à l’hôpital, dans un cadre encadré et sécurisant. Les responsables du projet en expliquent la genèse et les réponses concrètes qu’il apporte.
Lire aussi : Enquête - Et si les hôpitaux "magnétiques" étaient la clé face à la pénurie infirmière ?
Des infirmier·ère·s diplômé·e·s mais hors des soins : un enjeu pour l’hôpital
Le Guide Social : Pourquoi le retour des infirmier·ère·s vers l’hôpital est-il devenu un enjeu aujourd’hui ?
Yolande VanAckere : Le Fond Social des Hôpitaux soutient depuis de nombreuses années la reprise d’études vers la profession infirmière des travailleur·se·s du secteur hospitalier, en leur offrant le remboursement des frais d’inscription et l’octroi des congé de formation supplémentaires.
Aujourd’hui, il souhaite élargir ce soutien auprès des personnes intéressées par les soins mais ayant quitté le secteur pour diverses raisons.
Ce projet permet d’être dans un accompagnement personnalisé qui remet la personne au centre de sa profession. Il montre également l’intérêt des interlocuteurs sociaux du secteur hospitalier, à savoir les fédérations des employeurs et les représentants syndicaux, pour le bien-être des travailleur·euse·s.
Le Guide Social : Les chiffres montrent un écart important entre infirmier·ère·s diplômé·e·s et actif·ve·s dans les soins. Que révèlent-ils concrètement ?
Elodie Vandenbogaerde : Le rapport "Infirmiers sur le marché du travail 2022" indique qu’en Belgique francophone, 91.903 professionnel.le.s sont habilité.e.s à exercer en tant qu’infirmier.ère, alors que seuls 52.123 sont actuellement actif.ve.s dans les soins de santé.
Cette situation met en évidence qu’un nombre important d’infirmier.ère.s qualifié.e.s ont choisi d’exercer dans un autre secteur ou ne sont plus actif.ve.s.
Yolande VanAckere : Ce constat nous a mené à créer un groupe de travail réunissant partenaires sociaux, employeurs et écoles afin d’élaborer différentes pistes de réflexions et d’actions. Cette démarche a suscité un vif intérêt de toutes parts car elle rassemble ces différents acteurs autour d’une approche centrée sur la personne et son parcours.
Pourquoi les infirmier·ère·s s’éloignent… et pourquoi ils·elles pourraient revenir
Le Guide Social : Derrière ces chiffres, quelles réalités poussent les infirmier·ère·s à s’éloigner, parfois durablement, de l’hôpital ?
Elodie Vandenbogaerde : Chaque histoire est unique et chaque infirmier·ère ayant quitté la profession l’a fait pour des raisons qui lui sont propres. Toutefois, certains situations très concrètes, telle que l’organisation familiale (par exemple : des enfants en bas âge et l’absence ou l’insuffisance de relais familiaux) peut jouer un rôle dans ce choix de changement/pause de carrière. En outre, le financement insuffisant des hôpitaux limite leur capacité à investir notamment dans l’accompagnement des nouveaux engagés et dans la formation des chefs d’équipe qui ont pourtant un rôle clé dans la mise en place d’une dynamique d’équipe sereine, cohésive et propice à la fidélisation.
Quelle que soit la décision prise à un moment donné de sa vie, nous souhaitions faire passer le message qu’il est possible de réintégrer le secteur des soins dans de bonnes conditions avec un réel accompagnement sur mesure
Le Guide Social : Une fois éloigné·e du terrain, qu’est-ce qui rend le retour aux soins particulièrement difficile ?
Elodie Vandenbogaerde : Actuellement, il n’existe pas d’étude sur la question. Néanmoins, nous avons identifié un frein : il n’existe aucune obligation de formation continue pour maintenir la validité du diplôme d’infirmier.ère, même après plusieurs années d’inactivité. Cette situation peut constituer un frein au retour à l’emploi, dans la mesure où de nombreux professionnel.le.s se sentent dépassé.e.s par les évolutions du secteur (matériel, protocoles, rythmes de travail, etc.).
Lire aussi : Études en soins infirmiers : ce que vit la nouvelle génération d’infirmiers
Le contrat de 6 mois, pierre angulaire du dispositif
Le Guide Social : Face à ces freins, comment Cap Soins facilite-t-il concrètement le retour des infirmier·ère·s à l’hôpital ?
Yolande VanAckere : Concrètement, nous proposons :
- Un contrat de travail de maximum 6 mois dans un hôpital relevant de la Commission Paritaire 330 en région Wallonne.
- Une remise à niveau individualisée, basée sur les acquis et les besoins de l’infirmier·ère et construite en collaboration avec l’école et l’hôpital.
- Le remboursement des frais d’inscription selon le programme établi avec l’école
- Un accompagnement sur le lieu de travail pour faciliter l’intégration professionnelle, incluant la présence d’un·e mentor issu du service dans lequel la personne a été engagée.
Le Guide Social : Pourquoi le choix d’un contrat de six mois est-il central dans ce dispositif de réintégration ?
Yolande VanAckere : 6 mois, c’est l’occasion pour l’infirmier·ère réintégrant le secteur hospitalier et le service l’engageant, d’apprendre à collaborer à un rythme adéquat.
Pour l’employeur c’est un soutien financier permettant d’accompagner la personne dans les meilleures conditions : en lui offrant un mentorat sur le lieu de travail et en la libérant afin qu’elle puisse suivre sa remise à niveau.
Pour l’infirmier·ère, il s’agit d’une sécurité financière lui permettant d’aborder ce retour de manière plus sereine.
Entre formation et terrain : un retour progressif aux soins, accompagné et individualisé
Le Guide Social : Comment s’articule concrètement la remise à niveau entre l’école, l’hôpital et le terrain ?
Elodie Vandenbogaerde : L’infirmier·ère est engagée par l’hôpital au sein d’un service. Ensuite il·elle rencontre l’école de son choix qui va prendre en compte son parcours, ses besoins actuels et le service dans lequel il·elle a été engagé·e pour construire un programme de remise à niveau individualisé.
La personne exerce ensuite son activité au sein du service avec un accompagnement adapté, tout en effectuant des retours vers l’école sur le déroulement de sa réintégration. Le programme peut être ajusté si nécessaire, en fonction de l’évolution de la situation et des besoins identifiés.
Le Guide Social : Parlez-nous aussi du rôle joué par le mentor.
Elodie Vandenbogaerde : Le mentor accompagne l’infirmier·ère dans un retour progressif vers les soins. Dans un premier temps, il·elle travaille en duo avec elle de manière rapprochée, puis lui confie progressivement davantage de responsabilités. Le mentor reste également disponible comme personne de référence en cas de questions ou d’inquiétudes.
Cet accompagnement est essentiel pour permettre à la personne de reprendre ses marques avec une pression moindre que si elle démarrait directement dans le service. Le mentor connait sa situation et prend en considération le temps d’adaptation nécessaire pour reprendre confiance en ses compétences et vivre ce retour dans un cadre apaisé.
Le Guide Social : Comment les hôpitaux accueillent-ils ce type de retour progressif dans leurs équipes ?
Yolande VanAckere : Plutôt positivement. Nous avons des hôpitaux candidats qui sont prêts à accueillir des infirmier·ère·s dès aujourd’hui. Le projet mis en place répond à un besoin reconnu chez eux et le dispositif proposé leur semble cohérent et réalisable.
Lire aussi : Les soins palliatifs, une autre manière de soigner : et si vous y travailliez ?
Un bénéfice partagé pour les professionnel·le·s, les équipes et le secteur
Le Guide Social : Au-delà des parcours individuels, quels effets espérez-vous pour les équipes et le secteur hospitalier ?
Yolande VanAckere et Elodie Vandenbogaerde : Envoyer un signal positif ! Il est possible de revenir vers le secteur hospitalier même si les aléas de la vie vous en ont éloigné. Les vécus individuels enrichissent les équipes ; accueillir ces personnes dans de bonnes conditions permet d’augmenter la qualité des soins et de réduire la pression dans les équipes. De plus, les employeurs sont preneurs et accueillent avec élan un programme leur permettant de réintégrer sereinement des infirmier·ère·s qui s’étaient éloigné·e·s du secteur.
Le Guide Social : À une infirmier·ère qui hésite encore à revenir à l’hôpital, quel message souhaitez-vous adresser ?
Elodie Vandenbogaerde : Si vous vous intéressez au soin à la personne mais que vous avez quitté la profession – que ce soit pour des raisons liées à l’organisation familiale, à une expérience professionnelle difficile ou pour toute autre raison- il est possible de revenir dans de bonnes conditions vers ce métier pour lequel vous avez été formé·e.
Les enfants ont grandi, le contexte d’exercice peut être différent, … Revenir avec le soutien d’un employeur attentif, d’une école soutenante et de FeBi qui allège la charge financière tant pour vous que pour l’employeur, est une manière de réintégrer le secteur des soins de santé en tenant compte de votre parcours et de renouer un lien de confiance avec le secteur hospitalier.
Propos recueillis par Emilie Vleminckx, rédactrice en chef
Cap Soins : modalités pratiques
À qui s’adresse Cap Soins ?
Le projet s’adresse aux personnes diplômées en tant qu’infirmier·ère qui n’exercent plus actuellement dans le secteur hospitalier.
Dans quel cadre peut-on être engagé·e ?
L’engagement se fait au sein d’un hôpital relevant de la Commission paritaire 330 en Wallonie, après approbation du Fonds social des Hôpitaux. Le contrat proposé est d’une durée maximale de six mois, afin de permettre un retour progressif et encadré dans la pratique hospitalière.
Qu’en est-il du financement de la remise à niveau ?
La remise à niveau est entièrement prise en charge dans le cadre du projet. « L’objectif est que la remise à niveau ne soit ni à la charge de la personne, ni de l’hôpital », souligne Yolande Van Ackere. Les frais d’inscription sont remboursés selon le programme établi avec l’école, en lien avec l’hôpital.
Comment obtenir des informations ou se porter candidat·e ?
Les personnes intéressées peuvent :
- consulter le site internet Cap Soins
- ou contacter directement le Fonds social des Hôpitaux par e-mail : formation-fshp@fe-bi.org.
Un projet appelé à évoluer ?
Cap Soins est actuellement déployé sous la forme d’un projet pilote. « Nous évaluerons les résultats du projet pilote Cap Soins avec attention », explique Yolande Van Ackere. « Si les enseignements tirés s’avèrent positifs, nous espérons qu’ils pourront nourrir une réflexion sur une éventuelle extension ou adaptation à d’autres régions ou secteurs. »
Ajouter un commentaire à l'article