Vers une nouvelle organisation des soins de 1ère ligne en Wallonie

27/09/22
Vers une nouvelle organisation des soins de 1ère ligne en Wallonie

En avril 2021, l’AviQ diffusait un questionnaire à destination des professionnels de soins de première ligne autour, entres autres, des offres de services, de la gouvernance et de l’E-santé. C’est dans le cadre des « Assises de la première ligne » ou encore « Proxisanté » qu’a été pensée cette démarche participative afin de repenser les services de soins et de santé en Wallonie. L’objectif ? Rendre les soins plus efficients et permettre l’accès aux soins à tous et toutes.

« Selon la Déclaration de Politique Régionale 2019-2024 du Gouvernement de Wallonie, une organisation territoriale de l’offre d’aide et de soins sera définie avec les acteurs de la santé à partir des zones de soins de première ligne réparties sur l’ensemble du territoire wallon. Une cohérence entre la première ligne et les soins spécialisés, dont les futurs réseaux hospitaliers et les soins de santé mentale, sera recherchée. Il sera tenu compte des dynamiques existantes (services intégrés de soins à domicile et réseaux multidisciplinaires locaux, cercles, etc.). » Ces lignes, que nous pouvons lire sur la plateforme Proxisanté, résument l’objectif de la démarche participative initiée par le gouvernement wallon pour repenser l’organisation des soins de santé dans le cadre de la réforme de l’organisation de la première ligne qui comprend les médecins généralistes, kiné, aides familiales, dentistes, psychologues, infirmières à domicile…

Organisée autour de trois phases (questionnaire en ligne suivi de deux salves d’ateliers), l’ensemble de cette recherche doit donner lieu en décembre 2022 à la présentation de propositions pour une nouvelle organisation des soins de premières ligne.

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Une enquête au long cours

L’un des objectifs du projet Proxisanté est de permettre une meilleure communication entre les professions de soin de première ligne. L’étude préalable au projet a démontré que le fonctionnement actuel se définit « en silo », c’est à dire enfermé sur soi. Améliorer cette situation pourrait permettre le développement d’un meilleur être au travail, un apport de soins plus efficients pour les patients et « atteindre le Saint Graal de l’accès aux soins à tou.te.s », nous confie Stéphanie Wilmet, la porte-parole de Christie Morreale, ministre de la santé.

Après plusieurs mises à l’arrêt, dû au Covid et donc à la mobilisation exceptionnelle des professionnel.le.s de la santé, l’analyse participative a été lancée en avril 2021 et est toujours en cours de réalisation. L’étude est menée au long cours selon trois temps distincts.

Les trois phases participatives ont débuté avec la consultation des professionnel.le.s via un questionnaire diffusé en ligne par l’AviQ. Les résultats font l’objet d’un approfondissement à l’occasion d’ateliers participatifs (juin et septembre 2022) afin de traduire les tendances des données du questionnaire en objectifs opérationnels. Ces derniers feront, ensuite, l’objet des propositions d’actions concrètes. Une plénière, prévue en décembre 2022, sera consacrée à un temps de discussion.

Un questionnaire qui pense large

Stephanie Wilmet précise : « Dans le cadre de la première étape, les questions ont été pensées en fonction de la réalité de chacune des professions et au travers de cinq axes : la communication, le financement, la gouvernance, les offres de services et l’E-santé. L’AviQ a récolté environ 1700 réponses. »

Ces axes ont été définis :

  1. La communication et l’organisation concernent l’articulation des « mécanismes et outils de communication afin d’assurer la fluidité de la transmission, l’accessibilité, la réception et le traitement de l’information entre les lignes de soins, les professionnel.le.s et vers les citoyen.ne.s. »
  2. Les réflexions autour des offres de services s’ancrent dans « la considération de l’augmentation des maladies chroniques ainsi qu’autour des enjeux de santé mentale et des enjeux sociopolitiques actuels. »
  3. « La gouvernance intègre les collaborations interprofessionnelles, ainsi que la prise en compte de la complexité des processus à agencer dans la coordination entre individus, acteur.rice.s et organisations de la santé . »
  4. La question épineuse du financement concerne la répartition des financements régionaux, les modes de paiement (à l’acte, à la capitation ou au forfait, par objectifs de qualité ou de performance, paiements à la pratique) qui peuvent être mis en place pour assurer l’accès au soin pour tou.te.s.
  5. Enfin, la thématique de l’e-santé, revient sur la transformation digitale des soins de santé et la nature et le contenu des informations utilisées.

Premiers résultats du questionnaire

Stephanie Wilmet pointe qu’au regard des résultats obtenus « les infirmier.ère.s sont perçu.e.s comme la profession la plus disponible pour intervenir à domicile. Corps de métier qui identifie des obstacles tels que le manque de prestataires, de clarté des rôles et responsabilités de chacun.e.s ainsi qu’une charge administrative. » Quand on aborde le manque de prestataires et donc de personnel de soins, la porte-parole précise : « La réponse à cette problématique ne relève malheureusement pas de nos compétences. Cependant, on peut déjà se réjouir de la levée des quotas des médecins généralistes en Wallonie, qui offre un réel souffle à la profession. »

Pour l’axe de communication et d’organisation le rapport écrit mentionne qu’« Un tiers des personnes interrogées, surtout des médecins généralistes et des infirmiers, aimerait travailler en groupe pour améliorer la prise en charge, un tiers pour favoriser la dynamique interprofessionnelle et un tiers pour une meilleur organisation administrative et financière. Tandis que les travailleurs dans le secteur de l’aide à la vie journalière pensent que l’inconvénient pour le travail en cabinet est lié aux difficultés d’organisation. »

Concernant les offres de services on peut voir qu’« une proportion non négligeable des répondants souhaiterait que les psychologues puissent être disponibles pour des consultations à domicile. » et que « Les professionnels qui souhaiteraient travailler en pratique de groupe le feraient pour les trois raisons principales suivantes : l’amélioration de la prise en charge, la dynamique interprofessionnelle et l’organisation administrative et financière. »

Les nombreuses données que traitent la thématique de la gouvernance démontrent que : « Les promoteurs de la territorialité pensent que la plupart voir tous les patients sont intéressés par bénéficier de plusieurs services dans un même lieu. » L’ensemble des catégories professionnelles pointent les même obstacles : le manque de prestataires et l’augmentation de la charge administrative. « Parmi les infirmiers, la concurrence entre prestataires est la deuxième obstacle plus cité (18%). »

La question du financement a été posé en lien avec les centre pluridisciplinaire. 25% des 438 répondants qui travaillent seul.e.s souhaiteraient travailler en centre pluridisciplinaire. Les principaux arguments en faveur d’une pratique de groupe sont : l’amélioration de la prise en charge, la dynamique interprofessionnelle et l’organisation administrative.

En ce qui concerne l’E-santé et le dossier patient partagé (dossier médical informatisé, prescriptions électroniques...) 35% des infirmier.ère.s, 31% des kinés, 29% des psychologues, 25% des autres paramédicaux, 17% des assistant.e.s sociaux.ales et 27% des aides à la vie journalière se disent à l’aise avec l’outil.
57% des infirmier.ère.s, 64% des kinés, 48% des psychologues, 60% des autres paramédicaux, 45% des assistant.e.s sociaux.ales et 32% des aides à la vie journalière auraient besoin d’un peu d’aide ou ne se sentent pas à l’aise mais sont intéressé.e.s.

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Ce qui ressort des ateliers

Il est ressorti des ateliers, qui ont eu lieu les 8, 11 et 18 juin 2022, que le maillage territorial doit être pensé en « découpage optimal pour permettre une réponse adéquate aux besoins de la population » en tenant compte de la différence de taille des territoire, de la concordance entre des pratiques des prestataires, « les objectifs de santé de la région » ainsi que des « déplacements du bénéficiaire et du prestataire » (notes tirées du Rapport complet des ateliers du mois de juin).

Concernant la gouvernance, c’est « l’orientation des lignes de soins vers les besoins des patient.e.s, leur inclusion dans les processus de décision mais aussi l’offre de services de la première ligne d’aide et de soins qui devrait partir des besoins du territoire » qui ont été au cœur des échanges. L’ensemble des participant.e.s se rejoigne « sur le fait que l’AVIQ doit jouer un rôle de régulateur, de soutien financier et administratif. » Ainsi il semble primordial que soit mis en place un « suivi du fonctionnement d’un territoire » afin que les résultats définis et attendus soient atteints.

La réflexion à propos des mécanismes et outils de communication disponibles a mis en lumière, entres autres, le fait de privilégier « un outil centralisé qui reprend toutes les informations nécessaires à la pratique de chacun » ainsi que la nécessité de connaître les autres professionnel.le.s pour permettre une meilleure communication.

L’atelier autour des offres de services rend compte de la nécessité de « considérer la santé mentale, la promotion de la santé, ainsi que l’ensemble du secteur de l’aide à la personne dans l’organisation de l’offre. De plus, la mise en place d’une coordination centralisée permettrait d’assurer la présence partielle ou sous forme de permanence de prestataires dans les zones en pénurie. »

Parmi les diverses points d’attention soulignés par les participant.e.s à propos de la juste répartition des financements régionaux, « passer d’un financement ponctuel à un financement récurrent et harmonisé entre les partenaires de la première ligne » a été souligné. Plusieurs acteur.rice.s du secteur de l’aide ont proposé de « limiter les financements « à l’acte » pour assurer une meilleure fluidité entre les acteurs (par exemple : permettre des réunions de concertations), permettre d’offrir plus de services au bénéficiaire et de limiter la pression sur le nombre de personnes à rencontrer pour être justement rémunéré. »

Enfin, autour de la thématique de l’E-santé, l’utilité pour l’usager des dossier électronique a été pointé, dans le sens où il doit être complet et disponible. « Tous les participants s’accordent pour dire que les patients devraient avoir la possibilité de limiter l’accès à son dossier. »

Les ateliers prévus au mois de septembre permettront de rendre concrètes les pistes de réflexion et « de formuler les objectifs afférents qui, au terme d’une analyse qualitative validée par le comité de pilotage, constitueront le substrat de base du rapport définitif qui sera présenté à la fin de l’année. »

A.Teyssandier



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