Elle a créé sa crèche privée : "Mon conseil ? S’armer de patience !"

Elle a créé sa crèche privée:

En mai 2018, Jennifer Ducloy ouvrait officiellement sa maison d’enfants dans la région de Mons. Financement, rédaction d’un plan financier, démarches administratives, épreuves rencontrées, contacts avec l’ONE… : elle nous dit tout sur le processus de création de « Baby Chou », sa crèche privée. Une mine d’or pour ceux et celles qui souhaitent suivre les traces de la jeune femme et ouvrir un milieu d’accueil de l’enfance !

[DOSSIER]
- Tout savoir sur la réforme de l’accueil de la petite enfance
- Réforme accueil de la petite enfance : l’angoisse des crèches privées

« Je suis institutrice primaire de formation. J’ai travaillé quelques années dans ce domaine. À un moment donné, je n’étais toujours pas nommée, donc avec mes parents, on a brassé tout ce que je pouvais réentreprendre comme formation pour pouvoir avoir un avenir plus stable. Nous en sommes arrivés à la conclusion de lancer une maison d’enfants », raconte Jennifer Ducloy, jeune trentenaire pétillante qui officie à Ciply, dans la région montoise.

Elle rajoute : « Baby Chou est une maison d’enfants et non une crèche subventionnée par l’ONE. Je n’ai donc pas bénéficié d’aides financières pour me lancer. Mon projet de crèche privée a été financé presque entièrement sur fonds propres et aussi grâce à un petit emprunt à la banque. En revanche, il y a toujours un regard de l’ONE. Je suis autorisée par elle. Mais, le bâtiment, l’investissement aussi bien physique, moral et financier, c’était vraiment du personnel. Sans l’aide précieuse de mes parents, je n’aurais pas pu me lancer dans cette aventure exigeante à bien des niveaux… »

Un projet qui ne s’improvise pas…

La première étape pour la jeune Montoise a été de suivre une formation de directrice de maison d’enfants. Durant deux années, elle a suivi des cours du soir, à raison de deux fois par semaine. En parallèle, elle a pris contact avec l’ONE. « Dès les prémisses, j’ai souhaité obtenir un avis de sa part. Généralement, l’ONE souhaite qu’on lui présente un projet fini. Mais moi, je voulais avoir son feedback avant d’acheter le bâtiment de 300 mètres carrés et avant de faire plus de deux ans et demi de travaux ! J’avais besoin d’avoir l’aval de la coordinatrice de l’ONE avant de mettre en marche la machine. Et bonne nouvelle : pour elle, mon idée lui semblait cohérente. »

Tout en suivant sa formation, Jennifer Ducloy, rassurée, a donc commencé les travaux conséquents pour transformer un simple entrepôt en une accueillante crèche privée. Elle a aussi multiplié les lectures de brochures de l’ONE. « J’ai beaucoup travaillé en cavalier seul car entre ce qu’on apprend à l’école et ce qu’il faut réellement comme bagages pour pouvoir ouvrir une telle structure, il y a un monde de différence. La formation, elle prépare oui mais la réalité du terrain, c’est autre chose », prévient-elle, sans langue de bois. « Il y a énormément de normes à respecter au niveau de l’ONE mais aussi de l’AFSCA, des pompiers. Un exemple ? Il fallait respecter toutes les normes concernant les nouveaux bâtiments. Il fallait installer une Ventilation Mécanique Contrôlée pour renouveler l’air, des fils anti-feux, des plafonds résistants au feu… Autant d’éléments essentiels qu’il faut connaître. Il convient donc de vraiment bien se renseigner afin de s’assurer de répondre à toutes les exigences. »

Rayon démarche, elle a aussi dû rédiger un plan financier. « J’avais eu des cours de comptabilité dans ma formation mais j’ai eu besoin d’aide pour réaliser ce document. Je suis ainsi passée par l’UCM. Par contre, honnêtement, le plan financier, dans mon domaine, ne reflète pas du tout la réalité car vous ne savez pas, par exemple, si vous allez avoir, après six mois, les quatorze enfants prévus ou moins… Ni combien de jours ils vont venir… Deux jours ou cinq jours de présence hebdomadaire, ce n’est pas la même chose… Le prix est en effet forfaitaire dans les crèches privées. »

- [A lire sur monasbl.be] : 2 choix pour les crèches : l’ASBL ou la coopérative

Ne pas compter ses heures

À force de détermination et de rigueur, Jennifer Ducloy est finalement parvenue à concrétiser son joli projet. Baby Chou a ouvert officiellement ses portes en mai 2018. Aujourd’hui, un an et demi plus tard, 28 enfants, divisés en deux sections (les petits et les grands), sont pris en charge par la structure. De plus, l’équipe s’est agrandie. « J’ai trois employées : deux temps-plein et un mi-temps. J’ai aussi une stagiaire conventionnée. Et moi, je travaille également dans la section », décrit-elle.

En devenant directrice de maison d’enfants, elle a découvert l’ampleur des tâches administratives. Une confrontation qui n’a pas été de tout repos. « La première année, c’est compliqué. Il faut tout faire une première fois. Comme la déduction fiscale, par exemple. Il y a aussi des gros dossiers comme le règlement de travail. Sa conception a nécessité de grosses paires d’heures. Ici, j’ai encore tout un dossier à remplir pour l’inspection du travail. Cela prend un sacré temps. Je le fais sur mes heures personnelles, pas le choix. »

A son planning déjà bien chargé, il convient également de rajouter les tâches ménagères, l’entretien des locaux, de l’extérieur ou encore l’achat de matériels. « Je cours partout », avoue-t-elle. « Avant je faisais les repas aussi. Gérer une crèche prend énormément de temps. Oubliez les horaires de 8 à 16 heures. La fonction exige souplesse et flexibilité. Je sais quand j’arrive mais jamais quand je repars ! »

- [A lire] : Kokcinelo : a-t-on trouvé la solution au manque d’accueillantes d’enfants ?

Être épaulé financièrement et mentalement

Si Jennifer Ducloy ne devait donner qu’un seul et unique conseil aux personnes qui souhaitent embrasser la même carrière qu’elle, ce serait celui-là : s’armer de beaucoup de patience. Se lancer dans l’ouverture d’un milieu d’accueil de l’enfance n’est pas une mince affaire… Bien au contraire. « Si vous n’êtes pas bien épaulé, ce n’est juste pas possible... Financièrement déjà. Mentalement aussi. Je ne vais pas vous dire qu’il n’y a jamais eu des jours où je n’ai pas pété les plombs. Parfois, on a trop de choses à gérer, à penser. On se dit mon dieu comment vais-je faire ? L’ONE n’est pas très tendre non plus », pointe-t-elle. De la naissance du projet jusqu’à sa concrétisation, pas moins de trois personnes attachées à l’office se sont penchées sur son dossier. Trois personnes, trois visions différentes. « Il a fallu à chaque fois rechanger, remodeler », se souvient-elle. « Une des coordinatrices défendait la mise en place de deux sections avec les âges séparés, donc en gros des sections horizontales. Et puis quand je suis passée à la coordinatrice suivante, elle était pro verticale… Soit des sections avec tous âges confondus. La structure a donc changé, évolué au fil du temps et des avis de l’ONE... »

Autre épine dans le pied : la fondatrice de Baby Chou a obtenu l’autorisation d’ouvrir en deux fois. « A l’ouverture en mai 2018, je n’ai pu investir que le haut. L’ONE voulait attendre pour le rez-de-chaussée. Je n’ai donc pu accueillir que 17 enfants. Un an et demi plus tard, j’ai enfin bénéficié de son accord pour utiliser tout le bâtiment. Nous pouvons donc prendre en charge 28 bambins maintenant. Cette autorisation en deux fois m’a vraiment bloquée car je ne pouvais pas avoir le nombre d’enfants prévus, par manque de surfaces accessibles. Cela a eu des conséquences financières. »

Elle conclut : « Gérer un milieu d’accueil dans la petite enfance est clairement prenant mais c’est tellement gai aussi ! Le grand point positif de ce choix de carrière ? Vous n’avez plus quelqu’un au-dessus, vous êtes votre propre chef. Par contre, ce choix de carrière demande énormément de concessions, de boulot et il ne faut pas avoir peur de faire des heures. »

- [A lire] : Inédit en Belgique : des bénévoles câlinent les bébés hospitalisés

E.V.



Ajouter un commentaire à l'article





« Retour

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies.   J'accepte   En savoir plus