Inédit en Belgique : des bénévoles câlinent les bébés hospitalisés

Inédit en Belgique: des bénévoles câlinent les bébés hospitalisés

Offrir un moment de répit, une parenthèse de douceur aux bébés hospitalisés. Si l’initiative est répandue chez nos voisins français, elle est inédite dans nos contrées. Enfin était ! Car, depuis mars 2019, les bénévoles de l’asbl bruxelloise « les câlineurs de bébés » offrent leurs bras réconfortants aux bouts de choux qui séjournent à l’Hôpital Universitaire Des Enfants Reine Fabiola. Et l’association ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : elle espère pouvoir offrir ses services à d’autres institutions hospitalières.

« Tout le monde aime les bébés. Mais, nos bénévoles ne s’engagent pas uniquement pour se faire plaisir. Si elles offrent de leur temps, c’est avant tout pour fournir aux bambins hospitalisés un moment de répit », lance Mélanie McCluskey, secrétaire générale de l’asbl « les câlineurs de bébés ».

Elle rajoute : « Ces bébés sont constamment angoissés. Les infirmières sont des femmes exceptionnelles. Par contre, je ne vais pas vous apprendre la situation actuelle dans les hôpitaux… Elles doivent enchaîner les soins à un rythme soutenu et manquent donc de temps pour se poser seulement avec les bébés et les déstresser. C’est là que nous intervenons ! Grâce aux câlins, à ces moments de calme et de douceur, leur corps développent de la dopamine et de la sérotonine. Ces dernières vont leur transmettre un sentiment de bien-être et les relaxer. » Un vrai repos du cerveau !

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Rien n’a été laissé au hasard

L’aventure des câlineurs de bébés a débuté dans notre pays il y a deux ans… grâce à une vidéo relayée sur les réseaux sociaux. On y voyait un papy, originaire des USA, en train de cajoler un tout petit. « Ces images ont suscité un réel engouement. La scène était si mignonne ! En réaction, une internaute a créé la page les câlineurs de bébés – Belgique », raconte Mélanie McCluskey. « Après quelque temps d’existence, une des membres a proposé une rencontre afin de concrétiser l’initiative. Elle a regroupé 25 personnes toutes excitées de lancer ce projet en Belgique. »

Celle qui est consultante en management dans la vie poursuit : « Il y avait une énergie incroyable mais ça partait dans tous les sens. J’ai donc pris les rênes avec pour mission de structurer notre démarche. J’ai mis en place des groupes de travail centrés sur des thématiques : la communication et le marketing, comment démarcher les structures hospitalières, la création d’une charte déontologique… Au final, un noyau dur de 11 personnes s’est investi durablement dans le projet. » Parmi les fondatrices, beaucoup ont, d’une manière ou d’une autre, une expérience soit dans le milieu hospitalier, médical ou bien psychiatrique soit dans le milieu de la petite enfance ou de la préparation à l’accouchement.

Cet engagement a donné naissance en octobre 2018 à la création de l’asbl. Une étape symbolique ! « Nous n’avons rien voulu laisser au hasard en termes de formation, d’hygiène ou encore de psychologie. » Comment ne pas s’attacher aux bébés ? Comment ne pas créer des liens trop forts ? Comment envisager la relation avec les parents afin de ne pas se substituer à eux ou de les juger ? Ces questions, essentielles, ne quittent jamais l’esprit des volontaires de l’association.

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Une porte s’est ouverte…

Depuis mars 2019, « les câlineurs de bébés » offrent leurs services à l’Hôpital Universitaire Des Enfants Reine Fabiola à Bruxelles. « Il a fallu faire preuve de patience car le processus a été très long. Atteindre les structures décisionnaires ne se fait pas en un claquement de doigts. Il convient d’approcher le chef de service, le responsable des infirmières ou encore la personne en charge des bénévoles. »

Les volontaires ont débuté aux soins intensifs des tous petits. Comme leur travail a été très apprécié, l’hôpital leur a aussi ouvert la porte de l’unité néonatale et de la pédiatrie. « Par contre, nous limitons notre action aux enfants âgés de moins de 18 mois », prévient-elle. Pourquoi ? Car il existe déjà beaucoup d’associations qui s’occupent d’enfants dans les hôpitaux. Les câlineurs de bébés ont donc choisi de se concentrer uniquement sur les tout petits afin d’offrir un service complémentaire. Et il répond clairement à un besoin. « Une maman qui a d’autres enfants et qui vit à Charleroi ne pourra pas rester constamment avec son bébé hospitalisé. Nous sommes là pour prendre le relais. Par contre, nous sommes très attentifs à la relation maman/enfant. Pas question de se substituer. Nous ne faisons donc pas de peau à peau. C’est beaucoup trop intime. »

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Devenir volontaire ne s’improvise pas

Le groupe Facebook, à l’origine de l’aventure, est toujours actif. Aujourd’hui, il compte 1.000 membres. Autant de personnes qui souhaitent s’investir dans le projet. « Nous devons gérer les attentes et l’impatience des uns et des autres. S’engager dans notre asbl est exigeant », insiste la secrétaire générale. « On s’occupe de bébés fragiles, intubés, placés sous monitoring. De bébés abandonnés qui sont à l’hôpital en attendant d’être accueillis dans une pouponnière ou de bébés placés car leurs parents sont SDF, par exemple. Et puis parfois il faut gérer des décès… » Actuellement, le recrutement de bénévoles se fait uniquement dans l’entourage des membres de l’association. « Pour nous, la confiance et la fiabilité sont des maîtres-mots. Nous nous portons garantes auprès des institutions hospitalières du sérieux de nos bénévoles. »

Pour intégrer l’équipe, il convient en premier lieu de remplir une fiche de recrutement. La personne y est invitée à détailler ses motivations, le temps dont elle dispose… Ensuite il y a un entretien. « Le but est de sentir la personne », pointe-t-elle. « Parfois nous avons refusé des candidates. Pourquoi ? Certaines ne le faisaient pas pour les bonnes raisons. Pour combler un manque affectif, par exemple. D’autres n’ont pas été sélectionnées car elles allaient dépasser leurs missions en donnant des leçons de vie au personnel soignant ou bien aux parents. »

Et quid du profil des bénévoles ? Pas besoin d’avoir des enfants ou d’avoir une expérience professionnelle notamment dans le secteur de la petite enfance. Il n’y a pas de prérequis. L’important est la motivation. « Il y a aussi l’engagement dans le projet. Il convient de s’impliquer au moins deux demi-journées par mois. » Vous souhaitez intégrer l’équipe ? Il faudra un peu patienter ! « Pour l’instant, nous sommes limités à un seul hôpital. Il n’y a donc pas beaucoup de places. Par contre, dès qu’une nouvelle institution nous aura ouvert ses portes, on lancera un appel aux bénévoles. »

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Un projet : investir les pouponnières

L’aventure des « câlineurs de bébés » ne fait que commencer en Belgique. L’asbl souhaite en effet offrir ses services à d’autres institutions hospitalières. « Nous effectuons de nombreuses démarches. Ce n’est pas simple d’obtenir les autorisations. Mais on y croit ! Doucement mais surement. » Outre les hôpitaux, l’association espère aussi se rendre au sein des pouponnières de l’aide à la jeunesse. « On se rend compte qu’il y a une vraie demande », pointe Mélanie McCluskey. « Dans le futur, nous souhaitons aussi sortir de Bruxelles. Je pense à Charleroi qui a d’énormes besoins. »

L’asbl « Les câlineurs de bébés » n’en est qu’à ses premiers pas... Mais nul doute qu’au fil des prochains mois, prochaines années, elle grandira et s’épanouira. Parce que la présence de ces bénévoles réconforte les parents qui ne peuvent pas rester constamment à côté de leur bébé hospitalisé. Parce que leur action soulage le personnel soignant, débordé. Petite asbl deviendra assurément grande…

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E.V.



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