Fautes médicales : "La prévention auprès des prestataires de soins est cruciale"

Fautes médicales:

Depuis plus de 20 ans, PREMISSE accompagne les victimes d’une erreur médicale. Mais, l’asbl a plus d’une corde à son arc. Au fil des années, elle a ainsi diversifié, étoffé ses services afin de coller au mieux aux besoins de ses usagers. Outre la mise en place de groupes de parole destinés aux victimes, elle mène également un travail de prévention essentiel auprès des futurs médecins et infirmiers. De plus, grÍ¢ce aux éléments précieux récoltés sur le terrain, elle réalise un travail de lobbying auprès des mandataires politiques afin de faire entendre la voix et les intérêts des patients.

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La mission centrale de PREMISSE est, depuis sa création en 1996, d’accompagner les citoyens qui pensent être victimes d’une erreur médicale. Mais, l’asbl ne se borne pas uniquement à traiter les symptômes, non. Bien au contraire. Elle mène également un ambitieux combat pour éradiquer totalement cette maladie qui ne faiblit malheureusement pas au fil des années. « Nous travaillons en amont de manière à aborder l’aspect préventif », explique Rachida Essannarhi, la directrice. « Nous collaborons avec des hautes-écoles de nursing et avec des facultés de médecine dont notamment celle de Namur où nous donnons des cours aux futurs diplômés. Nous proposons un volet théorique et un autre pratique. Le volet théorique aborde la loi relative aux droits du patient que souvent les étudiants connaissent très peu. L’aspect pratique est, quant à lui, abordé sous l’angle d’études de cas. Notre association traite près de 350 dossiers par an. Nous disposons donc de nombreux exemples de situations concrètes vécues par des patients. »

Un autre élément essentiel sur lequel travaille l’association bruxelloise est l’aspect communicationnel entre, tout d’abord, le praticien et le soigné mais également de soignant à soignant. « Le milieu hospitalier est très hiérarchisé et pyramidal. Il faut lutter contre cette situation car tout le monde à sa place, du patient à l’infirmier ainsi qu’au médecin. Ils sont complémentaires », analyse-t-elle, avant de rajouter : « Ce système extrêmement hiérarchisé peut entraîner des problèmes dans la prise en charge du patient. » Des fautes peuvent, en effet, survenir si le message passe mal entre les différents intervenants. Imaginez également les conséquences si une infirmière, par exemple, n’ose pas dire, par peur d’aller à la confrontation, au chirurgien qu’elle n’est pas d’accord avec la prescription qui a été faite ou avec le dosage indiqué… Ce silence pourra avoir des terribles conséquences sur le patient.

L’effet « blouse blanche » peut aussi avoir des effets dévastateurs. Ce dernier fait que les patients osent rarement tenir tête à des professionnels de la santé. « Cette situation perdure encore, même s’il y a énormément de changements quand même », poursuit la directrice. « Depuis la création de la loi sur les droits des patients, en 2002, pas mal de choses ont évolué dans le bon sens. Aujourd’hui, une partie de la population sait qu’elle a des droits et entend bien les faire respecter. Mais il reste du chemin à parcourir avant que tous les patients soient réellement conscients de tous leurs droits. Et j’irai même plus loin : il y a des prestataires de soins qui ne sont pas au courant de ce que les patients sont en droit d’exiger ou quelles sont leurs obligations à leur égard ! »

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Libérer la parole et s’entraider

PREMISSE aide les victimes d’une erreur médicale à obtenir des informations, des explications, à constituer un dossier complet pour leur permettre d’effectuer certaines démarches si elles le souhaitent. Mais, l’asbl propose également une série de services connexes afin de soutenir de manière globale ses usagers. « Nous travaillons sur tous les aspects entourant de près ou de loin les erreurs médicales. Au fil des années, notre asbl a étoffé ses services afin de répondre aux demandes et besoins. Car, les fautes médicales sont l’élément qui fait que les patients arrivent chez nous mais à côté de cela, il y a d’autres problématiques qui sont là et qui se rajoutent. Si on veut vraiment que la personne sorte de cette position de mal-être, il faut vraiment prendre les problématiques dans leur globalité. »

Pour se faire, elle organise notamment des groupes de parole. Une manière pour les victimes qui en ressentiraient le besoin de pouvoir rencontrer d’autres personnes qui ont, elles aussi, été confrontées à une faute médicale. « Elles se sentent beaucoup mieux après avoir libéré leur parole et exprimé leur ressenti. Cette initiative leur permet aussi de pouvoir échanger sur ce qu’elles ont vécu, sur les épreuves, les difficultés auxquelles elles ont dû faire face », précise Rachida Essannarhi. « On se rend compte que ces groupes de parole leur apportent énormément. Ils leur permettent même de se conseiller mutuellement. Un échange très intéressant ! »

Notons encore qu’une psychologue offre ses services au sein de PREMISSE. De plus, si des personnes ont des demandes particulières qui sont en lien indirectement avec l’erreur médicale, le service psycho-social est là pour les orienter, les aiguiller.

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Défendre les intérêts des patients encore et toujours

Forte d’une expérience de 24 ans au contact des patients, l’association jouit aujourd’hui d’une crédibilité certaine dans le secteur de la santé. Cette position lui permet de mener du lobbying et de défendre auprès des mandataires politiques les intérêts, les demandes et les besoins de son public. « Grâce aux précieuses informations que les patients nous transmettent, nous pouvons détecter les problématiques à mettre en évidence auprès des pouvoirs publics, des autorités politiques, de manière à ce que les législations soient adaptées, modifiées », explique la responsable de la structure.

L’association surveille également de très près l’actualité du secteur. En ce moment, elle suit, par exemple, avec attention le mouvement de grogne des blouses blanches. Car, évidemment, les conditions de travail dénoncées par les professionnels de la santé ont un impact sur le patient et donc sur l’apparition d’erreurs médicales. « Cela nous inquiète fortement », avoue la directrice. « On se rend compte qu’il y a vraiment un ras-le-bol qui se fait sentir de la part du corps médical sur le manque de moyens mis à disposition et sur le sous-effectif qui devient vraiment alarmant. Il y a donc une charge plus importante qui pèse sur les infirmiers et infirmières, sur les médecins ou encore les chirurgiens. Ces professionnels consacrent beaucoup moins de temps aux patients, ils font tout dans l’urgence. Ils se retrouvent à devoir gérer un nombre conséquent de patients. » Et de conclure : « Cette situation peut entraîner effectivement des manquements par rapport aux patients. Finalement, ce sont les premières victimes de tout cela ! »

Il reste du pain sur la planche pour garantir aux patients l’accès à des soins de santé de qualité. L’asbl Premisse poursuit donc le combat !

E.V.



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