Les maisons de repos, ce nouveau business

Les maisons de repos, ce nouveau business

Le secteur des maisons de repos a connu une vague de rachats de petites entités qui ont intégré de grands groupes qui règnent sur le marché. Avec une recherche de rentabilité qui se fait parfois au détriment du confort des résidents et des conditions de travail du personnel.

Les maisons de repos ne sont plus simplement un service aux personnes mais sont devenues un véritable business au point que l’on parle même de « silver economy » (économie argentée). Depuis une douzaine d’années, des groupes parfois côté en Bourse achètent des petits indépendants. Une rentabilité assurée sur le long terme, un risque maîtrisé et des perspectives de croissance du fait du vieillissement de la population attirent également des investisseurs institutionnels et des fonds de pension.

Les petits indépendants beaucoup moins nombreux

Il y a 15 ans encore, les maisons de repos étaient surtout gérées par des kinés, des infirmières voire par des propriétaires soucieux de rentabiliser leur bien, avec des normes très relatives. Ces petits indépendants autrefois majoritaires ne dirigent aujourd’hui plus que la moitié des maisons de repos privées. En 2005, un accord dans le non marchand a fait passer les patients de maison de repos (MR) en maison de repos et de soins (MRS) avec des normes plus strictes nécessitant des investissements importants notamment en matière d’infrastructures. Là où un simple ascenseur suffisait pour permettre le déplacement des patients, il fallait désormais un ascenseur capable d’accueillir un lit médicalisé. « Des investissements lourds devenaient nécessaires, souligne Yves Hellendorff, secrétaire général pour le non marchand à la CNE, ce qui était impossible à financer pour les petits indépendants. Des groupes ont sauté sur l’occasion pour racheter des petites maisons de repos à un prix relativement intéressant. »

Les « big 4 » dominent le secteur

Aujourd’hui, le marché, puisque c’est bien cela dont il s’agit, compte quelque 86 groupes dominés par quatre gros acteurs. Armonea, née en 2008 de la fusion de deux entreprises familiales flamandes, dispose aujourd’hui de 84 implantations en Belgique, 35 en Espagne et 17 en Allemagne. L’entreprise héberge plus de 15.000 seniors et emploie 9.800 collaborateurs. Créée en France en 1989, Orpea entre en Bourse en 2002. Après l’Italie, la firme s’est implantée en Belgique, où elle dispose de 60 sites. Orpea est également présente en Suisse, Espagne, Allemagne, Autriche et Pologne. Au total, l’entreprise compte 775 sites qui totalisent 79.838 lits et emploie 43.000 personnes. Senior Assist compte 35 maisons de repos et 147 résidences service en Belgique et emploie 1.800 travailleurs pour 2.800 résidents. Senior Assist International est également présent aux Pays-Bas, en Turquie, au Pérou, au Brésil et au Chili. Senior Living Group possède, lui, 95 implantations en Belgique, compte 9.000 résidents et emploie 6.500 travailleurs.

La progression du privé se stabilise

Le processus de privatisation du secteur marque le pas depuis 2 ou 3 ans, les chiffres de 2017 étant quais identiques à ceux de 2015. Le commercial à but lucratif représente 67% des institutions à Bruxelles, 48% en Wallonie (où un moratoire valable jusqu’en 2020-2021 limite la part du privé à 50%) et 15% en Flandre, le reste se partageant entre le public (CPAS) et l’associatif (mutuelles, réseaux catholiques ...). « Il y a peu de mouvement, déclare-t-on chez Femarbel, la fédération du secteur des maisons de repos, et quand il y en a, c’est à l’intérieur du privé. » Ce rythme de croisière s’explique par le fait que les prix ont augmenté, mais aussi par certaines difficultés à occuper tous les lits. Ainsi, le taux d’occupation à Bruxelles se situe à 86% contre 95% en Wallonie et 94% en Flandre. Cette situation s’explique, selon Fermarbel, par un nombre important d’ouverture d’établissements dans la capitale entre 2007 et 2016 et une évolution démographique différente des deux autres Régions. En moyenne, les Bruxellois sont en effet plus « jeunes » que les Wallons et les Flamands.

Les conditions de travail peuvent être pénibles

Malgré la stabilisation, la montée en puissance du privé a entraîné une professionnalisation de la gestion et un meilleur respect des normes et, dans le même temps une uniformisation et standardisation du processus de gestion. « Il s’agit de gestion financière avant tout, précise Yves Hellendorff, qui ne laisse plus aucune marge de manœuvre à la direction locale ». Avec des conséquences sur le traitement des pensionnaires, mais aussi sur les conditions de travail du personnel. Les syndicats disent recevoir régulièrement des doléances de leurs affiliés qui sont parfois obligés de mettre les pensionnaires au lit dès 16 heures pour pallier le manque d’effectifs. Le coût de main d’œuvre représente 55 à 60% du chiffre d’affaires du secteur, c’est donc une variable d’ajustement très tentante pour les entreprises. Là où le nombre d’équivalents temps plein par lit affiche 0,78 pour le public et 0,56 pour l’associatif, il est à peine de 0,40 dans le privé. « On est à la norme et rien de plus que la norme, ajoute le secrétaire général, le moindre pépin et c’est la catastrophe, avec aucune capacité de réaction ». Et de citer l’exemple des produits d’entretien dont une dose strictement conforme à la norme est mise à disposition. S’il en a besoin davantage, le travailleur est prié de l’acheter lui-même.

Didier Béclard

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