Logopèdes : vers la fin d’une formation à deux vitesses ?

Logopèdes: vers la fin d'une formation à deux vitesses ?

Le 5 novembre, en séance de la commission de l’Enseignement supérieur du parlement de la Communauté française, a été abordée la question de la réforme de la formation de logopède. Face à un avis récent du conseil d’administration de l’ARES soulignant l’urgence de modifier cette formation à deux vitesses, le gouvernement se montre hésitant.

[DOSSIER]
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Les associations et professionnels sont mobilisés pour lutter contre une « logopédie à deux vitesses ». Pour accéder à cette profession, deux chemins sont actuellement possibles : soit un bachelier en trois ans par une haute-école, soit un master en cinq ans proposé par une université. Or même si ces deux formations amènent à exercer sous le même statut professionnel, en réalité l’existence de deux différents cursus crée de nombreuses disparités entre les professionnels. La députée Alda Greoli (cdH) a donc questionné Valérie Glatigny (photo), ministre de l’Enseignement supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles, quant à une potentielle réforme de la formation de logopède.

Un avis alertant

Dans un entretien au Guide social en juin dernier, la logopède, Françoise Collard, nous faisait déjà part de son incompréhension face notamment à la réforme gouvernementale prévoyant la création de 170 postes de logopèdes au sein des centres PMS : « Cette mesure exclut de ces recrutements les logopèdes universitaires. Pour les initiateurs de la réforme, ces diplômés sont surqualifiés. La Fédération Wallonie-Bruxelles empêche donc une partie des professionnels d’accéder à ces postes. Tout cela est injuste. On ferme la porte à tous ces diplômés au lieu de les valoriser. Cela n’a aucun sens. »

Ce témoignage révèle les discriminations opérées à l’encontre des logopèdes détenteurs d’un master. L’avis du conseil d’administration de l’Académie de recherche et d’enseignement supérieur (ARES), publié le 8 octobre dernier, soulève d’autres problèmes. Problèmes que la député cdH a relayés en commission : « Dans son avis, l’ARES pointe la méconnaissance des futurs étudiants et des patients sur l’existence de cette double formation, les différentes logiques pédagogiques de ces cursus, ainsi que les difficultés de mobilité professionnelle, singulièrement dans l’espace francophone (spécialement en France, en Suisse ou au Québec où seul le master est reconnu). »

Cet ensemble de critiques a donc amené Alda Greoli à interpeller Valérie Glatigny afin de savoir si une réforme de la formation de logopède était prévue dans l’agenda du gouvernement. La députée humaniste lui a aussi demandé si, dans le cadre de l’avis rendu, l’ARES avait concerté les professionnels potentiellement impactés par une réforme.

La lenteur des négociations

Dans sa réponse, la ministre de l’Enseignement supérieure a souligné la nécessité de remédier à cette situation et dans le cadre d’une réforme de consulter l’ensemble des acteurs concernés. La mandataire politique a aussi annoncé la création, par le SPF Santé publique, d’un groupe de travail spécifique pour relancer au niveau fédéral un débat avec les différentes parties touchées par la problématique : « Ce groupe de travail, qui n’a pas encore démarré ses travaux, a pour objectif de réfléchir à l’actualisation de la législation au regard de l’évolution du métier ainsi que des critères minimaux de qualification pour pouvoir exercer en tant que logopède en Belgique. »

Peu convaincue de cette réponse, Alda Greoli a fait part de ses craintes face à la lenteur des négociations non encore débutées. La députée presse le gouvernement de prendre position rapidement sous peine pour les logopèdes de se retrouver dans la même situation d’incertitude que les infirmiers auparavant.

Ainsi, l’élue propose d’élargir le groupe de travail pour qu’il puisse se concerter avec les professionnels et les fédérations représentatives concernées. De plus, elle invite la ministre à « prendre position au sein du comité interministériel de la Santé avec les autorités du nord du pays, pour prendre les mesures qui permettront de ne pas entraver la libre circulation des logopèdes, francophones ou néerlandophones, à l’intérieur de nos frontières. »

Selon la députée, supprimer le bachelier de logopède devient d’autant plus urgent que cette formation « à double vitesse » impacte à la fois les étudiants mais aussi l’ensemble de la population du point de vue de la santé publique.

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A.T.



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