Logopédie à deux vitesses : "Supprimons les études en trois ans !"

Logopédie à deux vitesses:

L’UPLF et l’ASELF, les deux associations professionnelles de la logopédie, montent au créneau. Via une pétition qui a déjà recueilli plus de 10.000 signatures, elles déplorent une logopédie à deux vitesses et formulent trois revendications : la valorisation des compétences scientifiques et de l’expertise clinique des logopèdes, l’harmonisation au niveau master universitaire en cinq ans pour tous et la reconnaissance de la logopédie comme profession autonome. Décryptage avec Françoise Collard, logopède.

« Stop à la logopédie à deux vitesses ! Il est grand temps de procéder à l’harmonisation de la formation. Nous logopèdes, nous prônons un seul tronc d’études : le master universitaire en cinq ans pour tous », lance Françoise Collard, logopède qui a récemment signé une carte blanche dans les pages du journal Le Soir. Elle développe : « L’autre niveau de formation, le baccalauréat en trois ans, n’a pas lieu d’être. Il doit être supprimé, conformément aux recommandations internationales. Nous voulons revaloriser la profession, que l’on reconnaisse son importance, son degré d’expertise et ses compétences scientifiques et cliniques. Les logopèdes universitaires ont une vraie plus-value. Pourtant, dans les faits, ils sont victimes de discriminations, face aux détenteurs d’un baccalauréat. »

Une réforme législative a effet récemment mis le feu aux poudres : le décret concocté par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui prévoit l’engagement d’auxiliaires en logopédie dans les centres PMS œuvrant en troisième maternelle.

- [A lire] : Auxiliaires logopédiques dans les centres PMS : la grogne de l’UPLF

Payés au barème de bachelier

« Dans le cadre du pacte pour un enseignement d’excellence, il est prévu d’engager 170 logopèdes au sein des centres PMS. Ils auront une mission de repérage des situations problématiques. C’est une bonne idée. Mais le bât blesse au niveau du texte de loi. Il exclut de ces recrutements les logopèdes universitaires. Pour les initiateurs de la réforme, ces diplômés sont sur-qualifiés », déplore avec force Françoise Collard. Et de rajouter : « La Fédération Wallonie-Bruxelles empêche donc une partie des professionnels d’accéder à ces postes. Ce qui est pour nous profondément discriminatoire. Les associations professionnelles de la logopédie ont interpellé Marie-Martine Schyns, ministre de l’Education afin de changer la donne. Ils ont finalement abouti à un accord : ouvrir ces nouveaux postes aux universitaires. »

Mais, tout n’est pas rose pour autant : une discrimination et de taille subsiste. Les universitaires engagés dans ce cadre seront payés sur le barème bachelier. « Les logopèdes masterisés qui travaillent dans l’enseignement spécial sont rémunérés suivant le barème 501, soit au barème universitaire dans l’enseignement. Pourtant, toujours en Fédération Wallonie-Bruxelles, la ministre via son décret centré sur les centres PMS ouvre les postes à des universitaires qui toucheront un barème 301, soit bachelier. Comment un même employeur peut-il prôner deux systèmes de rémunération différents ? Comment peut-il sous-payer des professionnels qui ont un titre spécifique ? Tout cela est injuste. On ferme la porte à tous ces diplômés au lieu de les valoriser. Cela n’a aucun sens. »

Les logopèdes, via les associations professionnelles, plaident donc pour la suppression de la formation de bachelier. Pour eux, cela permettra de mettre enfin un terme à la logopédie à double vitesse mais aussi de jeter un coup de projecteur sur le haut niveau de compétences scientifiques et cliniques requis pour la profession.

- [A lire] : Élèves à besoins spécifiques : logopèdes, les grands oubliés du décret

Poser un diagnostic ? C’est refusé !

L’avant-projet d’arrêté du Gouvernement de la Communauté française concernant les aménagements raisonnables dans l’enseignement primaire ou secondaire ordinaire fait également grincer les dents de nombreux logopèdes. La raison de leur colère ? Ils ne sont pas repris dans la liste exhaustive des professions officiellement reconnues pour poser le diagnostic invoqué pour la mise en place des aménagements raisonnables. « En voilà une véritable aberration », s’indigne Françoise Collard. « Beaucoup de logopèdes collaborent dans des écoles. Ils ont de grandes connaissances dans les problèmes d’apprentissage. Et pourtant, on leur refuse de poser un diagnostic. Selon le législateur, cet acte ne peut être effectué que par des médecins, des neuropsychologues, des orthopédagogues cliniciens et/ou des psychologues. »

Pour l’UPLF et l’ASELF, cette disposition renie l’expertise des logopèdes. « Par leur formation et leur expertise, ils sont les plus qualifiés pour poser un diagnostic et formuler des demandes d’aménagements raisonnables pour les élèves à besoins spécifiques dans leur champ d’expertise (trouble développemental du langage, dyslexie, …) », rappellent les associations professionnelles d’une seule voix dans le texte accompagnant leur pétition. Elles plaident donc pour la reconnaissance des compétences scientifiques et l’expertise clinique des logopèdes. Et cela ne pourra pas se faire sans notamment intégrer les logopèdes au sein de la liste exhaustive des professions reconnues pour poser le diagnostic relatif à la mise en place des aménagements raisonnables.

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Dans la liste des professions autonomes…

La Fédération Wallonie-Bruxelles n’est pas la seule entité à procéder à des réformes qui mettent à mal la logopédie. Une mesure fédérale inquiète également grandement ces professionnels. La ministre fédérale sortante de la Santé, Maggie De Block, veut classifier les métiers en deux catégories : les professions autonomes ou celles de support. Les premiers assument la responsabilité des diagnostics et des traitements, tout en prescrivant aux seconds des actes techniques à exécuter.

« Nous souhaitons absolument être repris dans la liste des autonomes », note Françoise Collard. « Nous refusons d’être soumis à la décision d’autres professionnels. Nous voulons jouer un rôle central. » La liste des professions autonomes n’a pas encore été arrêtée. Pour les logopèdes, il est donc urgent d’enfoncer le clou. Leur pétition de plus de 10.000 signatures sera là pour rappeler aux politiques leurs trois revendications claires et précises : la valorisation des compétences scientifiques et de l’expertise clinique des logopèdes, l’harmonisation au niveau master universitaire en cinq ans pour tous et la reconnaissance de la logopédie comme profession autonome.

E.V.

Vous souhaitez signer la pétition ? C’est par ici !



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