Maisons de repos : comment lutter contre la logique marchande ?

Maisons de repos: comment lutter contre la logique marchande ?

Loin des dérives de la silver économie, plusieurs associations de travailleurs, d’organes publics, réfléchissent aux lendemains du secteur des aînés. Plaidant pour remodeler la vision de la santé à destination des seniors, de nombreuses alternatives prennent place dans le débat public. Face à la montée des prix, aux manques de moyens et de personnels, de plus en plus de personnes se tournent vers d’autres établissements. Entre habitats communautaires et centres de jour, petit tour d’horizon de ces alternatives qui ont la côte auprès des seniors mais aussi des travailleurs.

[DOSSIER]
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Selon l’INAMI, le nombre de personnes vivant dans les maisons de repos a grimpé de 369% en comparaison des années 1990. Or, ce chiffre loin de s’atténuer pose la question de l’accompagnement sociétal que nous souhaitons pour nos aînés. Mais, pendant que la population vieillit, les maisons de repos changent de visages. Loin est le temps des petites structures familiales, c’est maintenant l’heure aux grands groupes privés portés par la silver économie. C’est le cas de la société Orpea qui possède plusieurs centaines de maisons de repos dans le monde, dont 58 en Belgique. Cette entreprise cotée en bourse depuis 2012 est l’un des géants du secteur, avec plus de 2.72 milliards d’euros en bourse pour l’année 2016.

« Ils investissent dans les aînés comme dans du pétrole »

Dans la lignée d’un management américain, tout repose sur la communication, mais il ne faut pas se fier aux sourires des aides-soignantes visibles sur le site. « On fait du mieux qu’on peut, mais on n’a pas le temps de faire correctement nos tâches », confie anonymement une travailleuse du groupe Orpea. Plusieurs arrêts de travail viennent consolider cette thèse en plus de la grande vague des blouses blanches qui a lieu en Belgique depuis des mois. Une logique marchande qui s’installe durablement dans le secteur des maisons de repos et de soins comme le laisse entendre cette aide-soignante : « Les grands groupes investissent dans les personnes âgées comme dans du pétrole. Tout ce qui compte, c’est l’argent et non les soins. Les directeurs ne sont plus choisis pour leur vision sociale et la stratégie des groupes n’est clairement pas dans cette optique, non plus  ».

Cette logique qui est globale en Europe a été propulsée encore plus en Belgique via la loi Peeters, qui met en place l’instauration de la semaine de 45 heures de travail ainsi que la fameuse flexibilité « accrue », propre à la logique libérale, pour les travailleurs à temps partiel. Cette loi touche en plein cœur le métier d’aide-soignant selon cette même travailleuse « Il y a beaucoup de temps partiel effectivement. Des changements d’horaires surviennent donc n’importe quand il est donc impossible pour eux d’organiser leur vie de famille ou les autres activités salariales. Le gouvernement n’entend pas la voix des travailleurs précaires ».

À l’image du combat des aides-soignantes et des employés d’Orpea, la société civile s’organise pour trouver des alternatives à cette logique marchande.

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Rester à domicile

Rester chez soi le plus longtemps possible reste la solution la plus plébiscitée et la plus cohérente pour bon nombres de personnes. Cependant, cette solution dépend bien évidemment du degré d’indépendance, de l’état de la personne, des soins devant être apportés ainsi que de son entourage. En Belgique, la Fédération de l’Aide et des Soins à Domicile possède neuf structures Aide et Soins à Domicile. Celles-ci regroupent, à Bruxelles et en Wallonie, environ 4.500 travailleurs en 2018. Les différents services octroyés ont bénéficié à 65.365 personnes durant cette même année.

Habiter une résidence-services

Cette solution est souvent proposée aux personnes seules ou en couple étant encore valides. Elle permet de garder son autonomie tout en bénéficiant des services d’une maison de repos (entretien, repas, activités, soins). Les résidences-services sont néanmoins plus chères que les maisons de repos classiques. Dans l’idée, il s’agit d’habiter dans un studio proche d’une maison de repos.

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L’habitat kangourou

Il s’agit d’une cohabitation entre un senior qui emménage au rez-de chaussée d’une maison et un ménage ou une jeune famille qui habite les étages supérieurs. Cependant, bien que cette alternative soit une bonne idée, il faut faire attention aux dérives dans un sens comme dans l’autre. De plus, les contraintes juridiques et administratives posent un réel obstacle au développement d’un tel système à grande échelle.

La logique marchande des maisons de repos et de soins semble de moins en moins populaire. De nombreux acteurs et travailleurs appellent à repenser l’accompagnement de nos aînés pour ne plus concevoir la vieillesse comme un marché juteux.

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B.T.



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